1. Concours de Polytechnique : à la recherche des perles rares durant les oraux
Reportage

Concours de Polytechnique : à la recherche des perles rares durant les oraux

Envoyer cet article à un ami
Jad, candidat, démarre son exercice de physique lors de son oral à Polytechnique. // © Jérémy Barande - Ecole polytechnique
Jad, candidat, démarre son exercice de physique lors de son oral à Polytechnique. // © Jérémy Barande - Ecole polytechnique

Durant huit semaines, l'X se met en ordre de bataille pour accueillir ses quelque 850 candidats admissibles, répartis par filière de classe prépa. Sept jours intenses d'oraux les attendent, entre exercices de maths et de physique, analyse de textes et visite médicale. Un seul objectif : convaincre les jurés, afin d'accéder au cycle ingénieur de la célèbre école.

Mardi, 11 heures. Le calme règne dans le grand hall de l’ENSTA ParisTech. Deux étudiants chuchotent près de l’accueil. Trois autres sont installés un peu plus loin sur des tables, sans se regarder. Seul le bruit de quelques pas et des pages de cahier tournées rompt le silence. Le stress est palpable. Rien d’étonnant, puisqu’une partie des oraux du concours Polytechnique se tient ici. Plusieurs candidats, les yeux rivés sur leurs fiches, préfèrent ne pas nous répondre.

Lire aussi : Au coeur de Polytechnique : l'école de l'excellence

Un concours très sélectif

Rien de plus normal : ce concours demeure très sélectif, avec 4.700 candidatures – principalement des élèves de prépa en classe étoilée – pour seulement 415 places.

Les candidats, regroupés par filière de CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles), arrivent le lundi matin pour une présentation en amphi. Ils repartent le dimanche soir, après une semaine intensive d'oraux. "L'objectif de l'accueil du lundi matin est de les mettre à l'aise et de répondre à leurs questions. Nous diffusons des vidéos pour présenter l'univers de l'X, puis nous laissons nos étudiants leur parler. Ils reçoivent aussi toutes les consignes et informations nécessaires pour les épreuves à venir", détaille Michel Gonin, le directeur du concours.

Parmi les sujets qui suscitent le plus de questions : le statut militaire des élèves de l'école, qui inquiète certains, et l'importance de la recherche, pour ceux qui pourraient être également tentés par une école normale supérieure.

Chaque semaine, pendant près de deux mois, des candidats sont accueillis pour leurs oraux. Cette fois, ils sont environ 250. Au programme : des entretiens en maths, en physique, en chimie, en français, en langues, une analyse de documents scientifiques, mais aussi une visite médicale obligatoire, qui rappelle l'importance du sport dans le cursus polytechnicien.

Contresens sur le texte

Les élèves de prépa en filière MP (maths physique) se succèdent dans les petites classes mises à disposition par l'ENSTA ParisTech pour le concours. Ce matin, le français et les langues sont à l'honneur. Dans l'une des salles du premier étage, une examinatrice – l'une des 90 mobilisés par les oraux –, professeure de littérature d'une université francilienne, ouvre la porte à une candidate. Cette dernière a reçu un extrait du "Journal" de Henri-Frédéric Amiel, écrivain suisse du XIXe siècle. Après trente minutes de préparation, elle doit présenter le texte pendant un quart d'heure et répondre aux questions posées.

La candidate sort un peu déçue de sa prestation. "Je ne suis pas très forte en français de façon générale. Ce n'est pas évident de gérer son stress. J'ai peur d'avoir fait un contresens sur le texte", soupire-t-elle avant de filer à son épreuve suivante.

Un bon candidat prend des initiatives

L'examinatrice de français explique qu'un bon candidat est avant tout une personne prenant des initiatives. "C'est quelqu'un qui propose des pistes de réflexion, qui affronte le texte et met en avant ses idées. L'attitude compte aussi, bien entendu. C'est un plus si l'élève est ouvert, prêt à accepter une erreur et agréable", souligne-t-elle.

Autre point très bien vu des correcteurs : des exemples originaux. "Les candidats nous citent toujours les mêmes : 'Madame Bovary', 'Les Liaisons dangereuses'… Au contraire, d'autres exemples sont intéressants, en dehors des classiques ! Si le candidat a été voir une exposition récemment et en parle, cela montre son ouverture d'esprit. Idem pour un film ou une série, ou même une BD ou un manga, à condition que cela soit pertinent vis-à-vis du texte", ajoute l'examinatrice.

Un dialogue avec le correcteur

À ses côtés, un collègue de physique hoche la tête. "Le bon candidat combine trois points forts : une bonne connaissance académique, un esprit critique et un recul pris par rapport aux exercices. La pire attitude est le mutisme, lorsque l'élève se bloque, s'enferme dans son raisonnement, n'ose pas revenir dessus et arrête d'échanger. Un oral est un dialogue avant tout, il ne faut pas hésiter à dialoguer avec le correcteur", déclare-t-il.

Le fait d'avoir un ou plusieurs exercices n'est pas révélateur d'un succès ou d'un échec. En revanche, si les questions deviennent de plus en plus pointues et s'éloignent du programme au fil de l'oral, c'est bon signe, d'après l'examinateur.

Justement, le candidat suivant à passer face à lui se retrouve dans ce cas de figure. Jad, élève en MP à Sainte-Geneviève à Versailles (78), pose son badge et sa convocation. Il est 13 heures. "C'est parti pour cinquante minutes de physique", lance le professeur, en traçant un système à trois niveaux au tableau. Au candidat d'introduire les paramètres. Il semble calme, répond aux questions posées et enchaîne calculs et équations. Le dernier exercice grimpe en difficulté, sans le faire vaciller.

Jad sort plutôt satisfait, mais sans triomphalisme. "J'avais bien révisé. Il me reste six oraux, dont les maths. J'ai passé la chimie ce matin, mais je suis tombé sur une dissolution, que je n'avais pas autant révisé que le reste du programme. La physique s'est mieux passée", estime l'étudiant. Après le concours de l'X, il lui restera les entretiens pour Centrale, mais c'est bien Polytechnique qui le fait rêver. Ensuite, Jad prévoit des vacances entre amis pour souffler. "Enfin, je n'aurai pas reçu mes résultats, donc je risque d'être encore un peu stressé", tempère-t-il.

Se montrer imaginatif et autonome

À quelques salles de là, dans le même couloir, les oraux de mathématiques s'enchaînent. L'enjeu est important pour les élèves de prépa MP : les deux oraux de maths comptent pour 32 points, alors que la physique en représente 20, la chimie 9 et le français 8. L'examinateur juge trois choses : "la maîtrise du contenu, la capacité à résoudre un problème et à se montrer imaginatif et autonome, mais aussi [l'aptitude] à échanger". Installé dans sa salle, il assure tout faire pour mettre à l'aise les élèves.

Lorsqu'Adrien entre, il est en effet bien accueilli. Le correcteur lui parle calmement, lance quelques blagues et semble le détendre. Le candidat, au tableau, se lance dans une fonction décrite par l'enseignant et remplit le tableau d'équations durant ses cinquante minutes d'oral. À la sortie, il ne sait pas vraiment quoi penser de sa performance… "C'était mon premier oral. Je n'ai pas brillé, mais j'ai fait des choses. J'ai l'analyse de documents scientifiques demain, cela devrait être plus simple pour moi."

Dernière épreuve pour tous les candidats : patienter jusqu'au 26 juillet 2017, date de la publication des résultats.

Les chiffres clés du concours 2016

- 4.775 candidats inscrits, 851 admissibles.
- 405 admis.
- 309 des admis sont de région parisienne, les autres de province.
- 69 admis sont des filles.
- 54 sont boursiers.
- 136 candidats internationaux admis, pour 1.081 dossiers.

Les BCPST peuvent désormais candidater

Depuis cette session 2017, les élèves de classe préparatoire BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre) peuvent s'inscrire au concours de Polytechnique.
Mais la sélection est rude : sur les 475 candidats cette année, 30 seront admissibles, pour 10 places offertes dans le cycle polytechnicien.