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Décryptage

Comment intégrer une école d'art ? Illustration à l'ENSAAMA

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L'ENSAAMA-Olivier-de-Serres, avec ses formations allant de la MANAA au master, demeure l'une des grandes références de l'enseignement des arts appliqués, toutes disciplines confondues. // © Elisabeth Schneider
L'ENSAAMA-Olivier-de-Serres, avec ses formations allant de la MANAA au master, demeure l'une des grandes références de l'enseignement des arts appliqués, toutes disciplines confondues. // © Elisabeth Schneider

Le chemin pour intégrer une école d'art est souvent jugé opaque par les étudiants. L'école supérieure d'arts appliqués ENSAAMA nous dévoile les coulisses de ce processus complexe. Pour les élèves mais aussi pour les établissements.

Noémie*, jean, baskets et portfolio sous le bras, attend devant les locaux de l'ENSAAMA, jeudi 18 mai 2017. À quelques minutes de passer devant un jury d'enseignants, la lycéenne en terminale arts appliqués est sortie "prendre l'air, sentant l'angoisse grimper". "À l'intérieur, l'ambiance est un peu stressante. Tout le monde attend dans les couloirs, se raconte comment s'est passé son entretien", confie la jeune fille, qui appréhende un peu l'exercice et ne sait pas trop à quoi s'attendre. 

L'ENSAAMA fait partie des sept écoles supérieures d'arts appliqués (ESAA) qui recrutent via la plate-forme APB. De la réception des dossiers à l'analyse des candidatures en passant par une rencontre avec les élèves, l'école nous décrypte la procédure d'admission de ses futurs étudiants.

Qu'est-ce qu'une école supérieure d'art appliqués ?

L'ENSAAMA – anciennement appelée Olivier de Serres – fait partie des sept écoles supérieures d'arts appliqués (Boulle, Duperré, Estienne à Paris, l'ESAAT à Roubaix, La Martinière-Diderot à Lyon et Alain Colas à Nevers). Ces écoles publiques, et donc gratuites, proposent des formations très sélectives dans le domaine du graphisme et du design de niveau bac à bac+5 : l'année de mise à niveau (MANAA) accessible après le baccalauréat, le BTS, le DMA (diplôme des métiers d'art) et le DSAA (diplôme supérieur d'arts appliqués). 

Étape 1 - Réception du flot de candidatures

Attention, grosse machine. L'école ENSAAMA reçoit pas moins de 10.000 candidatures pour ses formations : 4.000 pour l'année de mise à niveau et 6.000 pour ses BTS et DMA. "Le taux de pression" diffère selon les diplômes ainsi que suivant les spécialités. En MANAA, la sélectivité est importante puisque la formation ne compte que 90 places. 

L'école a dû créer son propre logiciel en interne pour gérer au mieux la masse de dossiers réceptionnés via APB. "Pour chaque candidat nous avons entre 8 à 10 pièces à examiner", précise Mariette Dupont, directrice adjointe de l'établissement. La procédure est aujourd'hui bien huilée. Pour la MANAA, 18 binômes de professeurs sont constitués et se partagent l'analyse des dossiers pendant trois semaines en avril. Pour les BTS et DMA, un jury de deux ou trois enseignants est constitué par spécialité. 

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Étape 2 - Analyse du dossier à la loupe

S'ensuit un examen à la loupe des candidatures. Chaque enseignant inscrit sur une fiche d'évaluation une lettre A, B, C ou D suivant son point de vue sur le dossier de l'élève. Les deux avis sont ensuite confrontés au sein du jury. "Ce regard croisé permet d'avoir une analyse complémentaire même si, dans la pratique, on se rend compte que les professeurs en arrivent souvent aux mêmes conclusions", observe Laurent Scordino-Mazanec, le directeur de l'ENSAAMA. Effectivement, à côté du nom du candidat sur la fiche d'évaluation, les lettres A ou B vont souvent de pair. 

"Aucun dossier n'est écarté. Le niveau scolaire est important car il faut savoir assumer la charge de travail mais nous cherchons aussi une personnalité", assure le proviseur. Ce qui fait la différence ? "La qualité de la lettre de motivation qui permet de voir la sensibilité artistique ou les appréciations des professeurs et les enseignements optionnels qui donnent à voir la capacité de l'élève à s'engager", détaille-t-il. L'école regarde aussi la progression entre la 1re et la terminale, les épreuves anticipées du baccalauréat et "l'harmonisation" des résultats scolaires. "Nous préférons un élève qui a des notes correctes dans l'ensemble des matières à quelqu'un qui a de grands écarts selon les disciplines", précise Laurent Scordino-Mazanec.

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Étape 3 - Une première sélection des dossiers

Les dossiers sont ensuite redistribués entre les professeurs pour finaliser et arrêter un premier classement. "Nous limitons ainsi le risque que de bonnes candidatures nous échappent. L'an passé, pour la MANAA, nous sommes descendus au 245e rang  pour 120 places. Nous prévoyons une liste longue car nous ne savons pas comment l'élève a classé l'école dans ses vœux APB", relate le proviseur. "Parfois, les candidatures sont de si bon niveau que la sélection ne s'opère que dans les A", ajoute-t-il. Une attention particulière est accordée aux élèves de baccalauréat professionnel qui demandent une MANAA alors qu'ils peuvent aller directement en BTS. "Cela montre une vraie détermination, une volonté. Ils réussissent mieux après une année de mise à niveau", détaille Laurent Scordino-Mazanec. 

Les résultats de cette phase de sélection des dossiers pour la MANAA sont renseignés dans APB. "Le logiciel va ensuite mouliner et mettre en adéquation les souhaits des élèves et les réponses des écoles. Puis proposer aux étudiants la formation qui se rapproche le plus de leur premier vœu", décrit Mariette Dupont. 

APB et les écoles d'art, comment ça marche ? 

Il n'y a pas que les écoles d'arts appliqués qui recrutent via APB. Huit autres écoles supérieures d'art, publiques, accessibles sur concours, y sont également présentes. Pour postuler, il faut en faire la demande sur le site Admission-postbac (jusqu'à 24 candidatures sont possibles) du 20 janvier au 20 mars. C'est aussi sur cette plate-forme que vous aurez à charger les documents spécifiques demandés (CV, lettre de motivation...). Vous avez ensuite la possibilité de modifier l’ordre de préférence de vos vœux jusqu’au 31 mai. Le détail de la procédure est disponible ici

Sachez qu'un grand nombre d'écoles d'art ne sont pas accessibles sur APB. Elles ont chacune leur propre mode d'admission comme l'ENSAD, les Gobelins, l'ENSCI-Les ateliers...

Étape 4 - Un échange très rapide avec des professeurs...

Pour les BTS et DMA, le processus d'admission n'est pas encore terminé. "La seule différence est qu'après l'examen des dossiers, des élèves sont conviés à une rencontre avec le jury. Nous voulons être sûrs que l'étudiant ne se trompe pas de filière", souligne le directeur.

Une dernière étape à laquelle a participé Léonie, jeudi 18 mai. La jeune fille, cheveux ras et casque audio autour du cou, souhaite intégrer le DMA Métal mais craint que son entretien se soit mal passé. "Les membres du jury étaient vraiment gentils mais ils m'ont interrogé sur des termes techniques que je ne connaissais pas", soupire la lycéenne qui arrive expressément de l'est de la France. Le principe de cette entrevue est le même pour tous : dix minutes de présentation de ses projets artistiques et cinq minutes d'échanges avec un jury. 

"C'est super speed", témoigne Eugénie. La lycéenne, dont les mèches roses encadrent un visage couvert de tâches de rousseur, fume une cigarette devant l'établissement. "Le plus stressant est d'attendre dans les couloirs. Par accident, on peut apercevoir les travaux des élèves. Forcément, on se compare...", raconte la jeune femme qui aimerait rejoindre le BTS design graphique. De son côté, la rencontre s'est plutôt bien passée. "J'ai pu présenter ma démarche, mes projets. Les enseignants m'ont interrogé sur mes références en matière de design." Aucune surprise ? "Je ne m'attendais pas à ce que ça aille si vite." Eugénie conseille donc de bien se préparer pour être le plus synthétique possible. 

De son côté, Florianne, rodée à l'exercice, prodigue également ses conseils. "C'est la deuxième année que je passe des entretiens et j'enchaîne le cinquième ce mois-ci." De son expérience, elle retire un enseignement : "être prêt à se dévoiler dès les premières minutes." "C'est toujours très rapide. Il faut montrer sa personnalité et sa motivation tout de suite. Et aller rapidement à l'essentiel permet aussi de conserver un temps d'échanges avec le jury. Il faut également savoir gérer le stress qui monte dans les couloirs. Il y a toujours du retard. Beaucoup de monde qui patiente. Ça n'aide pas..." 

Étape 5 - ... Pour repérer les plus motivés

"Ce n'est pas un entretien de sélection, insiste le directeur de l'ENSAAMA, mais de motivation et d'orientation". Néanmoins, pour certaines formations comme design graphique, les places sont chères : 1.500 demandes pour 60 places. 400 étudiants ont été conviés à la rencontre avec le jury. "L'entretien n'est pas là pour piéger les élèves. C'est un échange qui nous permet de mieux les cerner et qui leur donne l'occasion d'affiner leur choix d'orientation. Nous nous assurons que l'étudiant se dirige vers la bonne filière ou la bonne section", explique Laurent Maffre, enseignant en design de communication espace et volume. "Nous essayons d'en savoir plus sur les intentions des étudiants. Nous cherchons avant tout de la motivation. Pourquoi souhaitent-ils intégrer notre école plutôt qu'une autre ? Quel est leur projet d'orientation ? Leurs souhaits de poursuite d'études ?", précise Paul Benoit, professeur en design graphique. 

Le jury recherche également "une personnalité, du caractère". Les professeurs conseillent de bien choisir les projets à présenter. "Nous apprécions que les étudiants opèrent un choix en fonction de la section à laquelle il se destine, confirme Laurent Maffre. L'étudiant ne doit pas hésiter à enrichir sa présentation de projets personnels, porteurs de son identité", conseille le directeur de l'ENSAAMA. 

Après les entretiens, les professeurs du jury affinent leur classement des candidatures. L'établissement tient à relativiser le poids de cet entretien. "Pour une spécialité à 24 places, nous avons par exemple reçu l'an passé 425 dossiers. Sur ces candidatures, nous avons sélectionné 125 élèves pour l'entretien. Sur les 13 places destinées aux baccalauréats généraux nous garderons 45 dossiers. Plus que l'entretien, l'enjeu est dans le dossier, insiste le directeur. Avec un bon dossier, bien préparé, de la personnalité et de la motivation, c'est plus l'étudiant qui choisit l'école." "C'est lui qui reste maître des choses", complète Paul Benoit.

Les étudiants ont en effet jusqu'au 31 mai pour réajuster leur rang de vœux dans APB, en fonction de leurs entretiens ou des résultats aux concours. 

*Les prénoms des étudiants ont été modifiés.