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Décryptage

Écoles d'art : comment réussir votre rentrée en première année

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À l'ESAD de Saint-Etienne, épreuve de dessin. // © S.Binoux
À l'ESAD de Saint-Etienne, épreuve de dessin. // © S.Binoux

Nouvel élève en école d'art ? Préparez-vous à découvrir un univers inédit ! Une plus grande liberté à apprivoiser, des projets plus professionnels à mener et à exposer aux critiques... Voici ce qu'il faut savoir sur la première année.

"En arrivant à l'école, on est généralement assez surpris, c’est totalement différent du cursus scolaire", témoigne Esther, 27 ans, diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Un rendez-vous individuel avec des professeurs, beaucoup de travail en ateliers, peu de cours en amphi… Autant de nouveautés qui ont marqué l'étudiante lors de sa première année en école d'art.

Les qualités, selon elle, pour réussir et s’épanouir dans ce cursus ? De la curiosité, de l’autonomie et le goût du travail à plusieurs. "Il faut aussi s’accrocher car la première année est assez difficile."

Compliquée la première année ? 

En école d'art, "on demande aux élèves de devenir beaucoup plus autonomes", confirme Vanessa Farnot, responsable pédagogique à Lisaa. L'exigence augmente d'un cran par rapport à la MANAA (mise à niveau en arts appliqués) ou à la prépa. "C'est là que les élèves apprennent les bases de leur métier. Cette année n'est pas gagnée à chaque fois. Certains redoublent", observe l'enseignante.

Rassurez-vous, rien d'insurmontable ! "Par rapport, au lycée, c’est la MANAA qui représente la vraie rupture. En année de mise à niveau, on est déjà dans le grand bain : intensité du travail, découverte de nouvelles matières, travail en groupe…", relativise Raphaël Lefeuvre, professeur-coordonnateur du DSAA design typographie à l'école Estienne

Astuce : renseignez-vous bien sur l'école

Le directeur de l'ESAG Penninghen, Gilles Poplin, conseille aux futurs étudiants de bien se renseigner sur l'établissement avant de l'intégrer. "Aller aux portes ouvertes, aux réunions d'information, rencontrer les élèves, voir les travaux produits... Cela permet de bien se préparer et de dédramatiser", constate-t-il. Même conseil de la part de Didier Semin, directeur des études des Beaux-Arts de Paris : "Il ne faut pas rater la première semaine de formation où l'on présente les professeurs et on propose une visite de l'école."

Une grande liberté à apprivoiser

Même si toutes les écoles d'art sont différentes, attendez-vous donc à davantage de liberté. "Ce qui déroute le plus les élèves lorsqu'ils arrivent. Elle est très appréciée par certains, mais d'autres sont parfois déstabilisés surtout lorsqu'ils viennent d'une année assez cadrée", insiste Didier Semin, directeur des études des Beaux-Arts de Paris

Qui dit liberté, dit aussi beaucoup de temps libre ! À l'ESAG Penninghen, par exemple, les élèves ont environ 25 heures de cours par semaine. "Si la sensibilité compte beaucoup dans les matières artistiques, elles nécessitent également pas mal de travail personnel pour pouvoir progresser et avancer", prévient le directeur Gilles Poplin. 

Touchez du doigt la réalité du métier

En école d'art, vous allez doucement vous dirigez vers votre futur métier. "Les élèves sont plus libres d'un point de vue créatif, mais plus cadrés d'un point de vue professionnel. Les contraintes techniques des sujets sont plus nombreuses, les projets demandés sont plus professionnels", relate Vanessa Farnot.
Un point de vue partagé par Raphaël Lefeuvre, de l'école Estienne. "Ce qui change radicalement en BTS (brevet de technicien supérieur) et en DMA (diplôme des métiers d'art) : c'est la spécialité. Les élèves sont en contact avec des professionnels qui vont leur parler du point de vue de l'expert, avec un vocabulaire spécifique, une méthode... La pratique est très proche de l'exercice professionnel aujourd'hui. On touche du doigt la réalité."

Les étudiants de l'école Estienne ont un atelier de typographie à leur disposition. Le matériel fourni par les écoles est souvent gage d'excellence.

Un sujet = une commande

Organisez-vous face à ces nouvelles exigences. "Le planning n'est plus défini étape par étape. Il y a des dates butoirs, mais c'est à l'élève d'organiser son temps à l'intérieur", explique Raphaël Lefeuvre. "Chaque sujet est une commande et l'année va très vite", ajoute Vanessa Farnot. Comme en MANAA, il va falloir "vous habituer à respecter les contraintes professionnelles et à travailler en groupe". Ce qui n'est pas si simple. "Les élèves commencent à avoir leur style, leurs envies... Il va falloir composer et être à l'écoute des autres", insiste l'enseignante de l'école Lisaa.

Mettez en valeur votre travail 

Ce contact avec les professionnels se traduira par des stages durant votre première année. "Il y en a deux en BTS et DMA. Un premier qui relève davantage de l'immersion, un autre plus pratique où les étudiants sont mis en condition", précise Raphaël Lefeuvre. Ce sera à vous de trouver votre établissement d'accueil. 

D'autre part, pensez à soigner votre portfolio. "C'est une étape importante à ne pas rater car la concurrence est rude !", prévient le professeur. Ses recommandations : faire attention à sa présentation, inclure vos projets de première année, de MANAA mais aussi des projets plus personnels qui témoignent de vos centres d'intérêt, comme par exemple la pratique régulière de la photographie. 

Exposer votre travail aux critiques deviendra bien vite une habitude.
"Au début, montrer son travail aux autres peut paraître déstabilisant, mais cela fait partie de l'apprentissage. On développe petit à petit son sens critique", note Gilles Poplin. 

Faites-vous confiance !

Cette première année vous demandera donc beaucoup d'investissement personnel. "Il y a deux points essentiels pour réussir : l'engagement et l'assiduité. Tout ne tombe pas du ciel, souligne le directeur de l'ESAG Penninghen. Quand on rentre dans ce type de professions, le temps n'a plus de prise. C'est dur, mais il ne faut pas se décourager. On ne fait pas une œuvre en six mois."

Son conseil : se faire confiance et ne pas se mésestimer. "Il y a tout le temps quelque chose de positif : il faut entretenir cela, recommande Gilles Poplin. Cette première année est celle où les élèves évoluent le plus. La courbe de progression est exponentielle !"

Choisir son atelier aux Beaux-Arts de Paris : un "rituel initiatique"

Si vous intégrez l'École supérieure des beaux-arts de Paris, un "rituel" bien particulier vous attend : choisir un atelier et vous faire accepter par l'artiste. "Ce n'est pas parce qu'un élève est entré à l'école qu'il a sa place d'office dans l'atelier de son choix. Il y a un nouvel examen, informel, pour se faire admettre par l'artiste. Celui-ci est souverain. C'est une règle à laquelle nous tenons beaucoup", explique Didier Semin, directeur des études. 

Ne vous découragez pas ! À la fin du premier semestre, la quasi-totalité des élèves ont une place en atelier. "Un collectif est là pour les guider. Ses membres rencontrent les étudiants plusieurs fois pour les aider dans les problèmes qu'ils rencontrent", précise Didier Semin. Un conseil : ne pas avoir d'idée préconçue en arrivant et présenter sa demande à plusieurs professeurs, même si on connaît moins leur travail.