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Reportage

Écoles de mode : le défilé, "point d'orgue" de la formation

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Le défilé 2017 de l'atelier Chardon-Savard. // © Laura Taillandier
Le défilé 2017 de l'atelier Chardon-Savard. // © Laura Taillandier

Le défilé est une étape incontournable du cursus en école de mode. Entre sens de l'organisation, savoir-faire technique et esprit d'équipe, cet exercice intense demande un fort investissement aux étudiants. Qui pourtant en redemandent ! Illustration lors de l'édition 2017 de l'atelier Chardon-Savard.

Dans les coulisses du défilé de l'atelier Chardon-Savard, l'ambiance est plutôt sereine, jeudi 27 avril 2017. À quelques minutes d'allumer les projecteurs sous les toits des docks, les élèves de l'école examinent les mannequins et procèdent aux dernières retouches. Bientôt, leurs créations défileront devant les 750 proches et professionnels qui attendent derrière l'épais rideau bleu.

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La chambre à air, une matière première convoitée

Le stress ? Armel, en première année, le balaye d'un revers de main. "Ce n'est pas constructif !" En revanche, on lit de l'impatience dans les yeux de cet étudiant de 20 ans : celle de voir aboutir plusieurs mois de travail intense. "Nous avons passé environ quatre mois à préparer ce défilé en passant par plusieurs grandes étapes", illustre-t-il. Une fois le thème tiré au sort et les groupes formés, les élèves se sont lancés dans la première phase, "la plus importante, celle de la recherche". "Nous avons rassemblé toutes nos idées : des images qui nous inspiraient, des textures, des tissus...", détaille l'étudiant. 

Les élèves ont fait des recherches iconographiques, multiplié les expositions et se sont mis à la récup. "Nous avons fait les poubelles des magasins de vélos pour récupérer toutes leurs vieilles chambres à air. Notre matière première...", précise Alexis, étudiant de première année, aux faux airs de Jack Sparrow. 

La création : l'étape "la plus intense"

Puis, est venu le temps du "visionnage" au cours duquel les élèves ont présenté leurs idées. Objectif : faire un premier tri. "Nous avons exposé notre "moodboard", nos échantillons de matières, détaillé toutes nos idées qu'elles soient musicales, architecturales...", liste Armel. Troisième étape : la réalisation d'un prototype en toile. "C'est une phase importante qui permet de voir si ce que l'on a en tête est réalisable. Il y a toujours des contraintes techniques auxquelles on ne pense pas lors du dessin à plat. Les conseils des professeurs de modélisme et de couture nous ont permis de passer ce cap", complète Maxime, en deuxième année.

Enfin, les étudiants ont démarré la dernière étape, celle de la création. "C'est la période la plus intense. On bosse à l'école, chez nous... C'est aussi l'étape la plus intéressante parce que nos idées prennent enfin forme", sourit l'étudiant de 21 ans qui souhaite à terme lancer sa propre marque.

Défilé de l'atelier Chardon-SavardAvant de se lancer dans la réalisation des vêtements, les élèves ont réalisé des prototypes en toile. //
© Laura Taillandier

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Savoir jouer collectif !

Au-delà de la création, les étudiants auront dû se frotter à toutes les facettes de l'organisation d'un défilé, comme le casting. "Nous avons dû d'abord réfléchir aux types de mannequins que nous souhaitions pour que l'ensemble soit cohérent. Puis nous avons procédé au casting parmi les élèves de l'école, notre entourage mais aussi dans la rue, les transports, sur les réseaux sociaux...", décrit Armel. L'élève se réjouit d'avoir "découvert tous les corps de métiers nécessaires à la réalisation d'un défilé". "C'est une immense fourmilière. Il y a ceux qui s'occupent de la musique, de la lumière, de la communication..."

Le défilé, ici, est une affaire collective. "Comme nous travaillons en groupe, il faut créer une entente entre toutes nos personnalités pour avoir une unité. Il faut savoir être humble", commente Maxime. "Le travail en groupe n'est pas toujours facile. Chacun veut voir son idée se concrétiser mais il faut s'entendre sur un projet. Cela demande un grand sens de la communication", note Alexis. Au final, les professeurs évalueront cette capacité à travailler à plusieurs. "Nous ne notons pas les créations mais l'attitude des étudiants, leur investissement, s'ils ont su dépasser les obstacles...", explique Emmanuelle Donnard, directrice pédagogique.

Savoir être méthodique et organisé

Le défilé aura permis aux étudiants d'affiner leur projet professionnel. "On apprend énormément sur nos points forts ou nos points faibles. Certains vont se révéler très bons en technique avec un profil plus modéliste quand d'autres seront plus forts en design, en dessin ou même dans l'organisation", observe Alexis. Pour réussir son premier défilé, mieux vaut d'ailleurs "être méthodique et très organisé pour ne pas se laisser dépasser".

"Il faut savoir rebondir face aux imprévus et se mettre dans le bain dès le départ", conseille Armel. Et à Alexis de donner le dernier conseil : "Il faut toujours persévérer ! On peut être déçu en cours de route lorsque l'on prépare un défilé mais il ne faut pas lâcher. On est toujours surpris par le résultat final".

"Toujours un imprévu"

Dans les coulisses, la cadence s'accélère. Les étudiants s'affairent à gérer les derniers imprévus. Certains s'occupent des coiffures, d'autres font des retouches de maquillage ou essaient des chaussures entre les portants qui débordent de vêtements tout autour de la salle. "Il y a toujours un imprévu comme un mannequin qui te plante. Généralement, on court au supermarché du coin pour faire une course de dernière minute", s'amuse Jessica. 

19 h. La musique se lance accompagnée des premiers mannequins. Le défilé, "c'est le point d'orgue de l'année scolaire pour les étudiants", souligne la directrice de l'atelier, Christine Leiritz. "Ce sont un peu nos partiels à nous", glisse Jessica dans un sourire.