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Festival de Cannes : les écoles de cinéma et d’audiovisuel qui remportent la palme

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L'ENS Louis-Lumière recrute sur concours très sélectif mais est reconnue par tous les professionnels du secteur. // © Mat Jacob/Tendance Floue pour l'Etudiant
L'ENS Louis-Lumière recrute sur concours très sélectif mais est reconnue par tous les professionnels du secteur. // © Mat Jacob/Tendance Floue pour l'Etudiant

Celles et ceux qui “percent” dans le secteur de la télévision et du cinéma sont les plus motivés, les plus tenaces et les mieux formés. Il est donc préférable de mettre toutes les chances de son côté en intégrant une formation renommée et adaptée à son projet professionnel. Ce dossier réalisé en partenariat avec “Le Film français” a pour but de vous y aider.

Le cinéma et l'audiovisuel génèrent plus de 340.000 emplois en France, selon le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée). Les écoles du secteur, qui sont à la fois pratiques et proches du monde professionnel, s'adaptent à ces changements en créant des nouvelles filières.

Les formations en audiovisuel et en cinéma les plus réputées, selon les pros du secteur :

- La Fémis : une approche artistique
-Louis-Lumière : l'image d'abord !
- 3iS : technique et pratique
- CEEA : le scénario de A à Z
- CinéFabrique : une pédagogie innovante
- CLCF : du sur-mesure
- École de la Cité : le cinéma pour tous
- ESEC : un solide réseau pro
- ESRA : l'école de la polyvalence
- INA Sup : un environnement favorable

Afin de mesurer la réputation des écoles de cinéma et d'audiovisuel, nous avons interrogé plusieurs réalisateurs et producteurs du secteur, ainsi que les responsables de formation. Le résultat est sans appel : "Il n'y a véritablement que deux écoles de cinéma en France : la Fémis et Louis-Lumière", lance Loïc Berthézène, directeur de production chez Auteurs associés. L'ensemble des professionnels que nous avons questionnés s'entend pour dire que ces deux établissements publics, respectivement créés il y a 73 et 90 ans, arrivent très loin devant toutes les autres formations (ici classées par ordre alphabétique) et le BTS audiovisuel. Gros plans sur les spécificités de chacune d'entre elles.

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La Fémis : une approche artistique

La Fémis propose plusieurs formations initiales d'une durée variable de 1 à 4 ans. Le concours général comporte 5 épreuves réparties sur près de 5 mois (comme la réalisation d'une scène ou la rédaction d'un synopsis de film). Une sélection hors norme auquel la réalisatrice, Claire Simon, a consacré un documentaire, "Le Concours", sorti en février 2017. Les places sont chères : seuls 38 des 1.048 candidats inscrits ont été admis pour l'année scolaire 2016-2017. La majorité (55 %) est issue d'un cursus universitaire. Les autres proviennent de la classe préparatoire Ciné-Sup du lycée Guist'hau, à Nantes (44), de Sciences po Paris, d'écoles de cinéma, ainsi que d'établissements d'art et de technique.

Les étudiants admis sont formés par plus de 500 professionnels en activité, dans des conditions exceptionnelles : 4 plateaux de tournage, 30 salles de montage, deux magasins de matériel et de maintenance. "La Fémis a intégré l'idée que le producteur est avant tout un artiste, alors que les autres écoles se concentrent sur la gestion", compare Fabrice Préel-Cléach, producteur chez Offshore (et notamment du film "Keeper", sorti en 2016). Une approche commune à toutes les formations proposées et qui s'observe dès le concours d'entrée. "Pour l'analyse filmique, par exemple, on cherche moins à détecter des références ou des connaissances techniques qu'un regard et une sensibilité artistiques", confie Nathalie Coste-Cerdan, la directrice de l'école.

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Louis-Lumière : l’image d’abord !

Cette école publique reconnue par l'ensemble des professionnels de l'audiovisuel et du cinéma dispense un cursus en 3 ans sanctionné par un diplôme conférant le grade de master. Le recrutement se fait à bac+2 via un concours très sélectif mais ouvert à tous les profils. Chacune des trois sections (son, cinéma, photographie) offre 16 places.

Les étudiants sont encadrés par des intervenants extérieurs ou des enseignants permanents (universitaires ou anciens professionnels). Ils suivent des cours de théorie des arts et esthétique, anglais audiovisuel, montage, optique, électricité, sensitométrie (réaction de la matière à la lumière), le plus souvent dans des laboratoires dédiés. Le cursus s'achève par la réalisation d'un mémoire comportant une partie théorique écrite et un travail pratique (réalisation d'un court-métrage de fiction, par exemple).

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Environ 400 candidats postulent chaque année à la section cinéma. Parmi les 16 étudiants admis dans cette spécialité en 2016, 10 sont passés par l'université (et notamment un cursus en cinéma), 5 sont issus d'une classe préparatoire (scientifique surtout), 4 ont un diplôme technique comme un BTS (brevet de technicien supérieur) audiovisuel et 3 ont préalablement opté pour une école de cinéma ou d'ingénieurs. Un total supérieur à 16, certains d'entre eux étant titulaires de deux diplômes. "Les jeunes diplômés de cette école sont d'excellents techniciens. Sur un plateau, ils sont rigoureux et ils savent exactement ce qu'ils ont à faire en fonction des attentes du réalisateur", affirme Paul Schmitt, chargé de développement chez Banijay Studios France. L'école est notamment réputée pour former d'excellents professionnels de l'image : assistant et directeur de la photo, chef opérateur, cadreur, étalonneur.

3iS : technique et pratique

Les locaux et les moyens techniques mis à disposition des étudiants sont indéniablement les atouts de cette école, créée en 1989. 3iS possède deux sites, à Bordeaux (33) et en région parisienne. Le campus d'Élancourt (78) s'étend sur plus de 10.000 mètres carrés. Il abrite notamment quatre plateaux de tournage, une salle de projection d'une capacité de 300 places et 40 salles de montage. 3iS est également l'une des rares écoles à disposer d'un studio de motion capture, composé de 32 caméras capables de repérer les marqueurs sur les comédiens en mouvement.

L'école délivre un Bachelor en 3 ans. Après une première année de tronc commun, les étudiants choisissent l'une des 8 spécialisations proposées : assistant de réalisation et scripte, image, journalisme audiovisuel (JRI [journaliste reporter d'images]), metteur en image, metteur en scène, montage, production, scénariste. Chacune d'entre elles accueille entre 15 et 30 étudiants.

"Notre pédagogie met l'accent sur la pratique", garantit Emmanuel Carré, le directeur pédagogique de l'école. Les étudiants réalisent une production par semestre, pendant 3 ans, du reportage court sur un métier artisanal au film de fin d'études qui a valeur de carte de visite. En deuxième année, ils réalisent 4 séries de 4 épisodes chacune. Les postes tournent, afin "d'acquérir une vision globale de la chaîne de création et de l'implication de chaque corps de métier", explique-t-il.

CEEA : le scénario de A à Z

"Le CEEA [Conservatoire européen d'écriture audiovisuelle] n'est pas une école comme les autres", prévient Marc Fitoussi, réalisateur de "Maman à tort" (2016). Cette association à but non lucratif, créée en 1996, forme, en 2 ans, des scénaristes à l'aise avec tous les formats, de la série TV au long-métrage de cinéma, en passant par le film d'animation. "Le CEEA n'a rien à envier au département scénario de la Fémis", compare Paul Schmitt, chargé de développement fiction chez Banijay Studios France (Versailles pour Canal+).

"Encadrés par des scénaristes professionnels, les étudiants intègrent les contraintes des différents formats tout en cultivant leur patte, leur univers personnel", précise Patrick Vanetti, le directeur de l'école. La formation mêle apprentissage théorique (par groupe de 12 élèves) et application pratique, à travers trois ateliers d'écriture (de 4 à 6 étudiants) par trimestre.

CinéFabrique : une pédagogie innovante

"L'initiative est encore très jeune, mais je parierais volontiers sur les élèves que j'y ai rencontrés", lance Jean des Forêts, producteur chez Petit Film ("Grave", 2016) à propos de la CinéFabrique. À peine ouverte (septembre 2015), l'école lyonnaise, gratuite, séduit déjà de nombreux jeunes, titulaires ou non du bac. Ils étaient plus de 1.000 (pour 30 places) à s'être présentés au concours d'entrée en 2017. CinéFabrique compte deux studios de tournage, deux auditoriums de mixage et 25 salles de montage.

L'enseignement théorique est assuré par des enseignants-chercheurs de l'université Lumière-Lyon 2, avec laquelle l'école a signé une convention de partenariat. Les cours pratiques sont, quant à eux, dispensés par des professionnels reconnus, tels que Laurent Cantet, les frères Dardenne ou encore Claire Burger.

L'école a fait le choix d'un cursus en 3 ans et d'une "pédagogie expérimentale et innovante" basée sur l'ouverture au monde et aux autres disciplines que le cinéma : le programme intègre notamment des cours de danse et de cuisine. Tout au long de la formation, les 5 départements – scénario, production, image, son et montage – et les 3 promotions créent plusieurs projets communs.

CLCF : du sur-mesure

Créé en 1963 à Paris, le CLCF (Conservatoire libre du cinéma français) présente deux particularités. En premier lieu, les étudiants ne se spécialisent qu'en troisième et dernière année, quelle que soit l'option choisie : assistant réalisateur, directeur de production, monteur, scénariste ou scripte. Ensuite, le CLCF permet à ses étudiants d'aménager leur emploi du temps dès la deuxième année afin de réaliser des stages, des projets cinématographiques, ou pour travailler en vue de financer leurs études. Les élèves qui optent pour cette option ont cours tous les samedis et tous les soirs entre 18 h 30 et 21 h 45.

Le recrutement se fait à partir du niveau bac, via un concours qui ne comporte pas de test technique ou pratique. "Pour la première année, il n'est pas indispensable de savoir se servir d'une caméra, précise Juliette Leiby, la directrice de l'établissement. L'étudiant qui s'est renseigné sur les métiers du cinéma, qui a une solide culture cinématographique et qui est motivé a toutes ses chances."

École de la Cité : le cinéma pour tous

Créée par Luc Besson, cette école de cinéma et de télévision est relativement récente (2012). "Il y a de fortes chances pour qu'elle fasse parler d'elle dans les années à venir", indique Jean-Sébastien Bouilloux, producteur chez JLA ("Camping Paradis", série diffusée sur TF1). Parmi ses atouts, citons son implantation au sein de la Cité du cinéma (Saint-Denis, 93). Cette "Hollywood-sur-Seine" de 62.000 mètres carrés compte 9 plateaux de tournage. Un lieu unique en Europe, où les jeunes apprenants croisent les professionnels accomplis. "Des films y sont tournés en permanence, explique Isabelle Agid, vice-présidente de l'École de la cité. C'est l'endroit où il faut être pour comprendre comment se crée un film de A à Z, faire des stages et étoffer son réseau professionnel."

Association de loi 1901, l'établissement se donne pour mission de "supprimer les barrières financières, sociales et scolaires qui empêchent certains jeunes d'accéder aux études cinématographiques". L'enseignement est gratuit. Les étudiants s'acquittent uniquement, en tout début de cursus, des frais de scolarité d'un montant de 200 €. Aucun diplôme n'est requis et 55 % des étudiants ont le niveau bac.

L'école est ouverte à tous les profils, mais pas à tous les candidats. Chaque année, seuls 60 des 4.000 postulants intègrent l'une des deux formations en 2 ans (auteur-scénariste ou réalisateur). "Lorsque, au final, deux candidatures se valent, notre choix se porte toujours sur le jeune qui ne peut pas étudier sans la gratuité", assure Isabelle Agid.

ESEC : un solide réseau pro

"Dans ce milieu, le diplôme a une valeur symbolique. Ce qui compte, c'est le réseau et l'expérience professionnelle, indique Jérôme Enrico, le directeur de l'ESEC (École supérieure d'études cinématographiques), qui dispense un cursus en 2 ans. Notre corps enseignant se compose donc exclusivement de professionnels, et les élèves doivent obligatoirement réaliser un stage d'au moins 1 mois." L'école parisienne se charge de trouver un stage à ses étudiants, selon la spécialisation choisie (documentaire ; montage, trucage, effets spéciaux ; production et distribution ; réalisation ; scénario) et les affinités de chacun.

Sur 250 candidats, entre 120 et 130 sont admis à l'ESEC tous les ans. L'école propose une année préparatoire facultative, au terme de laquelle les étudiants peuvent automatiquement intégrer le premier cycle.

Lire aussi : Les métiers de l'audiovisuel et du cinéma

ESRA : l’école de la polyvalence

La force de l'ESRA (École supérieure de réalisation audiovisuelle) résulte notamment de son réseau d'anciens diplômés, riche de 6.000 contacts. 220 élèves sur 600 candidats sont reçus chaque année dans le cursus cinéma et audiovisuel de l'ESRA Paris, qui débouche sur un diplôme visé par l'État. Notez que l'école possède deux autres campus français, à Rennes (35) et Nice (06).

Créée en 1972, l'ESRA est une école postbac en 3 ans. Les deux premières années, généralistes, passent en revue l'ensemble des métiers de l'audiovisuel et du cinéma. "Le tronc commun forme des étudiants polyvalents qui peuvent ensuite candidater à un large panel de stages et de métiers", précise David Azoulay, le directeur général du groupe ESRA. Les débouchés sont variés, de la réalisation de films à celle de web-séries.

En troisième année, les étudiants ont le choix entre trois options techniques (image ; montage, effets spéciaux ; production) ou de réalisation (cinéma, séries télé, télévision). Le cursus s'achève par la création d'un long projet spécifique à l'option. Pour le cursus séries télé, par exemple : une bible (scénario) et le pilote (premier épisode) d'une série tournée avec deux caméras.

INA Sup : un environnement favorable

Cette école publique est située dans les locaux de l'INA (Institut national de l'audiovisuel), à Bry-sur-Marne (94), l'établissement chargé d'archiver les productions radiophoniques et audiovisuelles françaises. "Les étudiants baignent dans l'environnement INA. Ils profitent d'un réseau professionnel constitué de centaines de techniciens, ingénieurs du son, monteurs, réalisateurs, producteurs et archivistes", explique Dominique Gratiot, responsable pédagogique du deuxième cycle. Ces professionnels interviennent dans les formations pour enseigner la production de documentaires ou encore la conservation du patrimoine audiovisuel. Les cours d'histoire, de droit et d'économie de l'audiovisuel sont, quant à eux, assurés par des universitaires. "Le réseau professionnel est très important dans le monde de l'audiovisuel, d'autant plus que beaucoup de jeunes diplômés débutent leur carrière en tant qu'intermittents", constate Pierre Michel, responsable pédagogique du premier cycle.

L'INA Sup forme à tous les supports et à l'ensemble des métiers de l'audiovisuel, de la production à la diffusion. On dénombre pas moins de 15 formations, du BTS (brevet de technicien supérieur) au master, dont un cursus quasiment unique en France formant en 1 an au métier de documentaliste multimédia.

Université : la culture, et aussi la pratique

"Apprendre à écrire un scénario, raconter une histoire, analyser une image, réfléchir autour d'un concept, rédiger un synopsis en vue de le proposer à un producteur : tout cela est aussi indispensable que les connaissances techniques", explique Jean-Sébastien Bouilloux, producteur chez JLA, à propos des filières universitaires théoriques en cinéma et audiovisuel. Un avis que partage François Kraus, producteur chez Les Films du kiosque ("Five", 2016) : "L'université est un bon moyen pour apprendre l'histoire du septième art et acquérir une solide culture cinématographique."
Mais la fac offre également des formations techniques. Citons notamment la filière audiovisuelle de l'université de Valenciennes (69). La licence est généraliste, le master offre trois parcours formant aux métiers de la technique, de la production ou de la postproduction et des effets spéciaux. Ces deux cursus n'incluent quasiment pas de cours en amphi.
Citons également l'ESAV, l'École supérieure d'audiovisuel. Cet établissement interne à l'université Toulouse-Jean-Jaurès (31) est sélectif (33 places par an ouvertes aux titulaires d'un bac+2). Il est équipé de salles de montage et de plateaux de tournage, et est donc entièrement orienté vers l'exécution (200 films y sont réalisés chaque année).
Si l'université permet de s'insérer sur le marché de l'emploi, elle est aussi la voie royale pour intégrer les meilleures écoles de cinéma. Chaque année, entre 50 et 70 % des admis à la Fémis sont issus d'un cursus universitaire.

Le BTS audiovisuel : un cursus technique

"Comme son nom l'indique, le BTS [brevet de technicien supérieur] est plus technique qu'artistique. Les étudiants passent beaucoup de temps sur les machines : caméras, régies son et autres bancs de montage", tient à préciser Thierry Roul, proviseur du LISA (lycée de l'image et du son d'Angoulême, 16). "On forme, en 2 ans, des cadreurs, des monteurs et des preneurs de son", ajoute Malika Anton, coordinatrice pédagogique du BTS audiovisuel du lycée Léonard-de-Vinci, à Villefontaine (38).
Le BTS audiovisuel se décline en 5 options : gestion de la production, métiers de l'image, montage et postproduction, métiers du son, technique d'ingénierie et exploitation des équipements. 8 semaines de stage sont obligatoires pour valider le diplôme et environ un tiers des cours sont dédiés à la pratique.
Au lycée Léonard-de-Vinci de Villefontaine, par exemple, les étudiants de deuxième année ont 6 semaines pour réaliser un projet en groupe, tels qu'une mini-fiction ou un magazine d'information, impliquant les 5 options.
L'option image de LISA accueille seulement 12 des 1.200 candidats qui se présentent chaque année. "Le BTS audiovisuel est un cursus sélectif qui vise une employabilité rapide", précise Thierry Roule. Et d'ajouter : "50 % des diplômés font toutefois le choix de poursuivre leur scolarité." La licence professionnelle emporte leur préférence. Elle leur permet d'entrer dans le moule des études universitaires (licence-master-doctorat) avant de se lancer sur le marché du travail.