Insertion des diplômés des grandes écoles : la reprise est là, mais…
Si tous les feux sont au vert sur le marché de l’emploi pour les jeunes diplômés des grandes écoles, les indicateurs ne retrouvent pas les niveaux d’avant la crise. Revue de détail de l’insertion professionnelle des promotions 2010 et 2009 des écoles d’ingénieurs et des écoles de commerce.
Les études statistiques viennent corroborer ce que tous les analystes pressentaient. La reprise économique est bel et bien là. Et l’entrée dans la vie active des jeunes diplômés des grandes écoles s’en trouve facilitée. Telles sont en tout cas les conclusions convergentes des 2 rapports qui viennent de paraître : la 22e enquête socio-économique des Ingénieurs et scientifiques de France (CNISF) et la 19e enquête sur l’insertion des jeunes diplômés de la CGE (Conférence des grandes écoles). Néanmoins, les indicateurs restent en deçà des niveaux d’avant 2008.
Des taux d’emploi en nette progression Selon la CGE, 68% des diplômés 2010 des grandes écoles (68% des ingénieurs et 72% des managers) sont en activité professionnelle au 1er janvier 2011. Des chiffres en hausse de 8 à 8 points par rapport à l’enquête précédente. Mais les promotions 2008 et 2007 étaient mieux loties : elles atteignaient respectivement 70% et 75% des diplômés. Depuis 2006, les taux d’emploi des ingénieurs et des managers ont tendance à se confondre, avec un très léger avantage aux ingénieurs.
Début 2011, 13% des jeunes diplômés sont encore en recherche d’emploi. Ils étaient 19% l’année dernière à la même époque. À l’inverse, les poursuites d’études baissent de 16% à 13% en 1 an. Preuve que la décision de poursuivre ou non ses études est influencée par la conjoncture économique.
Près de 8 diplômés sur 10 ont trouvé leur emploi en moins de 2 mois, dont 40% dès la sortie de l’école. Le taux de CDI (contrat à durée indéterminée) est lui aussi en hausse pour atteindre 76% cette année. À noter : la proportion de CDI a tendance à diminuer sur le long terme. Elle n’a plus jamais atteint le niveau de 2002 avec 85% de jeunes embauchés en CDI. La proportion de cadres atteint 88%.
Les secteurs et les fonctions en vogue > Côté jeunes diplômés ingénieurs
Externalisation des activités oblige, la part des bureaux d’études et des sociétés de conseil ne cesse de croître dans les secteurs d’emploi des jeunes ingénieurs. Elle est passée de 10% en 2007 à 18% en 2010 et fait de ces derniers le 1er secteur (et de loin) des ingénieurs. L’énergie, qui a bien résisté à la crise avec 12% des embauches de jeunes ingénieurs 2009, est redescendue à 8% cette année. À l’inverse, les embauches dans les transports repartent à la hausse.
Selon l’enquête du CNISF, 1 jeune ingénieur sur 2 commence dans des fonctions d’études, de recherche ou de conception. Et, contrairement aux idées reçues, les jeunes ingénieurs qui débutent dans la finance le font dans des fonctions liées aux systèmes d’information, donc dans des métiers propres aux ingénieurs.
> Côté jeunes diplômés en commerce
Même tendance du côté des managers. Les bureaux d’études et sociétés de conseil ont embauché en masse des diplômés d’écoles de commerce cette année. Ils sont 15% à avoir commencé dans ce secteur en 2010 contre 8% en 2009. De ce fait, les emplois régressent dans les autres secteurs, excepté dans celui des industries agro-alimentaires. Malgré tout, la banque et les assurances restent leur premier secteur pourvoyeur d’emplois. Côté fonction exercée, 5 départements concentrent les 3/4 des emplois : administration-gestion-finance-comptabilité, marketing, commercial-vente, études-conseil et audit.
Des rémunérations, entre stabilité et légère hausseLes rémunérations sont en hausse par rapport aux précédentes enquêtes : 33.060 € brut hors primes pour les managers en 2010 contre 31.830 € l’année précédente ; 32.050 € pour les ingénieurs, contre 31.540 €. Avec les primes et les autres avantages, les salaires annuels moyens peuvent grimper de 2.000 € à 4.000 €. Ordinateur portable et intéressement restent les premiers avantages octroyés. Mais, selon la CGE, sur une plus longue période, l’évolution des salaires est en baisse en euros constants.
Du côté des Ingénieurs et scientifiques de France, les salaires sont relativement stables depuis 5 ans. "L’effort consenti en 2008 pour attirer les débutants ne s’est pas renouvelé en 2009-2010. Les budgets ont été orientés vers la rétention des talents et la prime à l’expérience" (analyse des auteurs de l’enquête). Les sociétés de services sont le secteur qui paie le moins et offre le moins de développement de carrière, selon les chiffres du CNISF. De même, les profils d’experts et de chefs de projets sont les moins rémunérateurs. Seules les responsabilités stratégiques, hiérarchiques, financières et internationales sont valorisées.
Les rémunérations sont devenues d’ailleurs le 1er facteur d’attractivité d’une entreprise pour les jeunes diplômés, selon le CNISF. Avant la crise, les jeunes ingénieurs mettaient en tête l’intérêt du travail.
Promotion 2009 : promotion sacrifiéeLa promotion 2009 a pris la crise de plein fouet, comme le démontrent les 2 enquêtes citées précédemment. Selon la CGE, au 1er juillet 2011, 77% des diplômés 2009 sont en activité. Ils étaient 84% avant la crise de septembre 2008. La proportion de diplômés 2009 actifs est ainsi la plus faible depuis 2004. Ce qui fait dire à Bernard Ramanantsoa, président de la commission aval de la CGE et directeur d'HEC Paris : "Il est légitime de s’interroger sur la situation de la promotion 2009. Ceux-ci se sont trouvés dans un contexte défavorable lors de leur entrée dans le monde du travail. Il faudra veiller à ce que ce difficile démarrage ne les poursuive pas tout au long de leur carrière."
Une inquiétude confirmée par les chiffres des Ingénieurs et scientifiques de France. 7% des ingénieurs 2009 étaient encore à la recherche d’un emploi en avril 2011, 7% poursuivaient des études et 14% n’avaient pas le statut de cadre.
De plus en plus de premier emploi à l’étranger 13% des jeunes diplômés des grandes écoles de commerce commencent leur carrière à l’étranger selon la CGE, 21% des ingénieurs de moins de 30 ans pour le CNISF. Un tiers de ces emplois se trouvent en Suisse, la moitié en Europe (dont 13% au Royaume-Uni), 5,7% aux États-Unis et 5,2% en Chine.
En France, les emplois en province dépassent ceux de la région parisienne pour la 2e année consécutive.
Où sont les femmes ? La reprise économique a plus profité aux hommes qu’aux femmes. Entre 2010 et 2011, la part de jeunes diplômées à la recherche d’emploi est passée de 21,3% à 16,4% quand celle des jeunes diplômés est passée de 18,3% à 11,2% cette année. Les filles sont également 2 fois plus nombreuses en CDD (contrat à durée déterminée). Et elles sont toujours moins bien payées que les hommes, même en début de carrière : 31.150 € brut annuel hors primes pour une femme, 32.840 € pour un homme. Bernard Ramanantsoa, président de la commission aval de la CGE et directeur d'HEC Paris, tempère malgré tout : "Les femmes vont souvent vers des fonctions ou des secteurs moins rémunérateurs. À entreprise égale, on ne retrouve pas les mêmes écarts."
Pire, l’enquête 2009 des Ingénieurs et scientifiques de France marquait un écart de salaires entre hommes et femmes de 2,6% chez les débutants. Ce dernier passe à 5% en 2010 pour un salaire médian brut annuel de 33.000 €.
Le stage, un passeport vers l’emploi Le stage de fin d’études reste un tremplin pour trouver un emploi. Plus d’un tiers des diplômés des grandes écoles ont trouvé leur job actuel grâce à lui. Viennent ensuite les sites Internet (25%), les relations personnelles (8%) et les candidatures spontanées (8%).
À noter : l’insertion facilitée des diplômés qui sont passés par la voie de l’apprentissage. Ils représentent aujourd’hui 11% des ingénieurs de moins de 30 ans, selon le CNISF. Dans la promotion 2010, 7% des diplômés-apprentis étaient à la recherche d’emploi au moment de l’enquête contre 11% pour les autres. "L’entrée dans la vie active est facilitée et l’exercice de responsabilité plus immédiat", note Gérard Duwat.
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Sylvie Lecherbonnier
Juin 2011
Juin 2011











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