1. Au cœur de l'École nationale de météorologie de Toulouse
Reportage

Au cœur de l'École nationale de météorologie de Toulouse

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La météopole, campus 
de l’ENM de Toulouse, 
abrite en son sein une tour d’observation, un parc instrumental (avec des capteurs météo) ainsi que des services de Météo France. // © Christian Bellavia pour l'Etudiant
La météopole, campus 
de l’ENM de Toulouse, 
abrite en son sein une tour d’observation, un parc instrumental (avec des capteurs météo) ainsi que des services de Météo France. // © Christian Bellavia pour l'Etudiant

Dans cette école d’ingénieurs pas tout à fait comme les autres, les étudiants apprennent à observer le ciel et à établir des prévisions météorologiques. Visite guidée de l’École nationale de météorologie, à Toulouse (31), établissement spécialisé, à l’ambiance familiale.

"Ne vous en faites pas, ça va se dégager d’ici une heure." Malgré les nuages grisâtres qui envahissent le ciel toulousain depuis le lever du soleil, l’optimisme et l’attente d’une belle journée sont de mise. Nous sommes au bon endroit pour faire confiance à nos interlocuteurs ! Bienvenue à l’ENM (École nationale de la météorologie), située à quelques kilomètres au sud-ouest de Toulouse, au cœur de la météopole, campus abritant une tour d’observation, un parc instrumental et des services de Météo France. Ici, cohabitent élèves-ingénieurs, militaires et fonctionnaires, qui apprennent les bases de la météorologie.

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Cours de chimie atmosphérique

Ce matin, les étudiants de deuxième année du cycle ingénieur ont rendez-vous à 8 h 30 pour un cours de chimie atmosphérique. Toute la promotion, soit une trentaine d’élèves, s’installe dans la salle, alors que Virginie Marécal, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), spécialisée dans la modélisation en physico-chimie atmosphérique, prépare le rétroprojecteur. La leçon du matin : trous d’ozone en Antarctique, vortex polaires, masses d’air… La classe est studieuse et prend des notes.

Haut niveau en physique exigé

Cette école recrute principalement ses étudiants dans des classes préparatoires PSI (physique et sciences de l’ingénieur), PC (physique-chimie) et MP (mathématiques-physique). Elle est très sélective. "Les titulaires d’une licence de maths ou de physique peuvent postuler. Mais nous ne prenons pas de titulaires d’un DUT [diplôme universitaire de technologie] ou d’un BTS [brevet de technicien supérieur], comme certaines écoles d’ingénieurs. Ici, il faut un niveau élevé en physique", explique Didier Reboux, le directeur adjoint.

Virginie Marécal, chercheuse en physique et chimie atmosphérique au CNRS, anime un cours sur les trous d’ozone, les vortex polaires et les masses d’air. // © Christian Bellavia / Divergence pour l'Étudiant
Virginie Marécal, chercheuse en physique et chimie atmosphérique au CNRS, anime un cours sur les trous d’ozone, les vortex polaires et les masses d’air. // © Christian Bellavia / Divergence pour l'Étudiant

Nous retrouvons ensuite les deuxième année pour des TP (travaux pratiques) d’informatique, consacrés à Internet. Les élèves y apprennent les bases du code pour concevoir un site sur la thématique de leur choix. Audrey a créé le sien sur la ville de Toulouse. Sur un écran, l’étudiante ajoute des balises, sur l’autre, elle conserve un aperçu du site. "L’informatique représente environ un quart de l’ensemble des cours, avec l’apprentissage de la programmation et des langages classiques, sous forme de projets, en groupe ou individuellement", précise Claudine Guéguen, enseignante.

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Comprendre les mouvements des océans

Dans leur cursus, les futurs ingénieurs météorologues apprendront également à utiliser des instruments de mesure, à l’aide d’une pédagogie active, et par ce biais, aborderont les bases de la physique atmosphérique. "Cette discipline est nécessaire pour comprendre les mouvements des océans, les échanges entre les différentes parties du monde et les thermodynamiques", explique William Ohayon, enseignant en météorologie, climat et statistiques. "Ensuite, ils apprendront à construire des modèles informatiques qui permettront d’anticiper les mouvements atmosphériques et d’établir ainsi des prévisions. Il faut des modèles bien construits et de bonnes connaissances pour donner un sens aux résultats."

Cartes, bulletins météo et anglais

Au programme : la prévision évidemment, via des visualisations de cartes et de bulletins de vigilance, ainsi que des cours de langues étrangères. L’anglais est obligatoire, au moins deux heures de cours par semaine. "Nous proposons des séances présentielles, du tutorat et du e-learning. La seconde langue est facultative. Un tiers des promotions suivent des cours d’allemand ou d’espagnol", déclare Marie-Noëlle Bonnifassy, responsable du département. Il est demandé aux étudiants de valider une certification externe, tels le TOEFL (Test of English as a Foreign Language) ou le TOEIC (Test of English for International Communication), avec un niveau B2 obligatoire.

En cours de physique atmosphérique, 
les étudiants visualisent les échanges entre 
les différentes parties 
du monde et anticipent 
les mouvements 
des océans et 
les thermodynamiques. // © Christian Bellavia / Divergence pour l'Étudiant
En cours de physique atmosphérique, les étudiants visualisent les échanges entre 
les différentes parties 
du monde et anticipent 
les mouvements 
des océans et 
les thermodynamiques. // © Christian Bellavia / Divergence pour l'Étudiant

Direction la salle d’observation, avec une vue à 180 degrés sur le ciel. "Les étudiants viennent observer le ciel et utiliser le parc instrumental pour travailler sur des données réelles. Ils lisent ainsi la température et la pression via les instruments, et doivent aussi s’entraîner à la reconnaissance du temps, de la visibilité et des nuages", précise Arnaud Méquignon, responsable du département instrumentalisation, mesures et observation.

Observation des nuages et vuvuzela

Nos prévisionnistes de ce matin avaient raison : les nuages ont disparu, laissant un beau ciel bleu. "Nous avons une belle visibilité, à plus de deux kilomètres, avec seulement quelques altocumulus", analyse l’enseignant. Les étudiants notent leurs observations sur le logiciel spécialisé et dans leur carnet rouge, pour en garder une trace papier.

Tout à coup, un grand bourdonnement retentit dans la salle. Les étudiants et les professeurs éclatent de rire. Ils expliquent que ce son est typique de l’ENM. En réalité, c’est un professeur qui annonce la pause de midi par un coup de vuvuzela. Et ce tous les midis depuis la Coupe du monde de football de 2010, qui s’est déroulée en Afrique du Sud. "Quand il est absent, on le sait tout de suite", dit en riant une étudiante. L’enseignant, qui appartient au département instrumentalisation, mesures et observation, explique simplement l’origine de ce coup d’éclat quotidien. "J’en jouais régulièrement à l’école et, un jour, le directeur est venu me voir et m’a dit : 'OK pour la vuvuzela, mais une seule fois par jour.' Et c’est resté !", raconte-t-il, sérieusement. "Selon le vent, le son résonne plus ou moins dans la station", conclut Isabelle Beau, la directrice des études. Même là, la météo joue un rôle !

Un fort esprit maison

Dans cette petite école, aux quelque 200 élèves, l’ambiance est bonne. À la cantine, Jean-Marc Bonnet, le directeur, évoque "une atmosphère familiale" et un "fort esprit maison". "Les étudiants-ingénieurs font partie intégrante de la communauté, nous nous adressons à eux comme à de futurs collègues", lance-t-il. Un sentiment partagé par les étudiants.

Salle d’observation avec vue à 180 degrés sur le ciel. Les étudiants y travaillent sur 
des données réelles. Ils observent, mesurent et… prévoient la pluie ou le beau temps. // © Christian Bellavia / Divergence pour l'Étudiant
Salle d’observation avec vue à 180 degrés sur le ciel. Les étudiants y travaillent sur 
des données réelles. Ils observent, mesurent et… prévoient la pluie ou le beau temps. // © Christian Bellavia / Divergence pour l'Étudiant

"Tout le monde se connaît, étudiants, professeurs, personnels administratifs… C’est vraiment une ambiance sympa", confirme Dimitri, en première année et président de l’AEENM, l’association étudiante de l’école. BD, billard, cinéma, mécanique, musique, ping-pong… sont les principales activités proposées. Il y en a pour tous les goûts. En début d’après-midi, les étudiants peuvent se retrouver au bar avant de reprendre les cours.

Après le diplôme, un tiers des ingénieurs continue en thèse, un autre tiers s’oriente vers les métiers de la météo (météorologue, climatologue, technicien d’exploitation…) et le reste vers d’autres secteurs, tels que le traitement des données. Le directeur de l’école analyse le parcours de ses étudiants ainsi : "Ce sont de vrais passionnés. On ne vient pas par hasard dans cette école." Et parmi les diplômés de l’ENM, quelques voix familières sortent du lot : celle de Joël Collado et maintenant celle d’Élodie Callac, présentateurs météo de Radio France. Plus d’un métier sont possibles après cette école !

Entrer à l’École nationale de la météorologieLe cycle ingénieur en trois ans. L’ENM recrute sur concours des élèves issus de classes préparatoires aux grandes écoles (filières MP, PC et PSI) et des étudiants titulaires d’une licence scientifique et d’une première année de master, ainsi que des fonctionnaires. L’école offre des places pour les élèves de la prépa des INP Toulouse.Le cycle technicien en deux ans. L’ENM recrute sur concours externe des bacheliers dans les spécialités : exploitation et instruments et installations, et sur concours interne des fonctionnaires ou des agents publics de l’État.