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Le banc d'essai des écoles de cinéma d'animation 2017 : les préférées des pros

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À ArtFx, le cursus animation 3D, en quatrième et cinquième année, fait la part belle à la maîtrise des logiciels comme Maya. // © David Richard/Transit pour l'Etudiant
À ArtFx, le cursus animation 3D, en quatrième et cinquième année, fait la part belle à la maîtrise des logiciels comme Maya. // © David Richard/Transit pour l'Etudiant

Quelles sont les meilleures écoles de cinéma d'animation selon les professionnels ? Dans lesquelles recrutent-ils en priorité ? Notre enquête vous les révèle, en vous donnant tous les éléments pour les comparer avec vos propres critères.

Le rêve est accessible ! Selon les organisations professionnelles, l'animation connaît une période de plein emploi et la moitié des entreprises du secteur du jeu vidéo vont recruter en 2017. L'Etudiant a sollicité les employeurs afin de vous révéler quelles sont leurs formations préférées.

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Les écoles de cinéma d'animation préférées des pros

Écoles Nombre de points Nombre de citations
Gobelins-l’École de l’image, Paris 68 16
Supinfocom-Rubika, Valenciennes 38 9
Mopa, Arles 32 7
École Émile-Cohl, Lyon 31 9
ESMA, Lyon 30 7
EMCA, Angoulême 23 7
ArtFx, Montpellier 22 6
École Georges-Méliès, Orly 18 5
École Pivaut, Nantes 16 5
ATI (université Paris 8), Saint-Denis 12 3

Les Gobelins et Rubika sont les écoles préférées des professionnels. Ci-dessus le top 10 des écoles les plus citées en animation.

Les Gobelins très loin devant

L'"École de l'image", qui forme aussi bien à la photographie qu'au cinéma d'animation, est citée par l'ensemble des professionnels que nous avons interrogés... alors même que certains d'entre eux ne parviennent pas à attirer les diplômés de cette institution quinquagénaire convoitée par les grands studios américains comme Pixar ! Cette anecdote en dit long sur la réputation mondiale des Gobelins. 

L'école parisienne profite d'une excellente notoriété en termes de 2D et d'animation pure (mise en mouvement des personnages et décors). "Pour un employeur, engager un diplômé de cette institution est un gage de sécurité. On peut être sûr qu'il va être à la hauteur", confie Jean-Charles Kerninon, superviseur général du studio généraliste Brunch Studio. Cette suprématie des Gobelins en matière d'animation pure tient à la singularité du cursus, selon Quentin Auger, directeur R&D de Studio 100 Animation. "Pour apprendre à décomposer un mouvement, il faut se consacrer à cette tâche pendant au moins deux ans. 

Les Gobelins est la seule école à proposer une telle formation", fait-il remarquer. Une pédagogie qui porte ses fruits. Pour se faire une idée de la qualité d'une école, Florent Mounier, le cofondateur du studio 2d3D Animations, visionne les films de fin d'études, le travail qui résume toutes les compétences acquises. "Aux Gobelins, tous les films, sans exception, sont à la fois achevés et beaux. On peut ne pas aimer le scénario, mais il n'y a absolument rien à redire du côté de l'esthétisme", note-t-il. 

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Supinfocom-Rubika et Mopa, les deux sœurs jumelles 

Jadis regroupées au sein de Supinfocom, les deux écoles sont citées en première place par cinq professionnels. "Rubika forme de très bons graphistes 3D orientés cinéma d'animation", résume Jean-Charles Kerninon de Brunch Studio. 

Dans le domaine de l'animation, le bouche-à-oreille joue un rôle déterminant au moment des recrutements. Les animateurs que nous avons sollicités évoquent les avantages du réseau professionnel de Supinfocom-Rubika Valenciennes, dont le corps professoral est quasiment constitué d'intervenants du monde professionnel. Entre mars et avril, à l'occasion des Portfolio Days, les étudiants de cinquième année présentent leur film de fin d'études à des animateurs aguerris. "Cela leur permet d'évoquer leur parcours, projets artistiques ou professionnels et parfois même de faire naître une collaboration", énumère Florent Mounier du studio 2d3D Animations. Les professionnels saluent également la pertinence du campus indien de cette école, à l'heure où beaucoup de jeunes animateurs français débutent leur carrière à l'étranger. 

Mopa (Motion Picture in Arles) forme, quant à elle, en cinq ans, des réalisateurs numériques au sens large, capables de créer un film d'animation de A à Z. "C'est bien simple, ils savent quasiment tout faire", précise Thomas Giusiano, cofondateur du studio Tu Nous ZA Pas Vus. Avant de donner quelques exemples : écrire un scénario original, dessiner un story-board ou des personnages et même capter des sons à la manière d'un sound designer (designer sonore). De nombreuses compétences qui, selon ce spécialiste, ouvrent les portes à un grand nombre de métiers. Seul bémol, le licenciement contesté de Julien Deparis, à la tête de l'école depuis 2015 et responsable pédagogique quelques années auparavant. D'après certains professionnels, ce changement de direction pourrait avoir une incidence sur les intervenants, la relation avec les entreprises et la pédagogie.

École Émile-Cohl, rigueur et "patte artistique" 

L'école Émile-Cohl et l'ESMA (École supérieure des métiers artistiques), très proches en nombre de points, mais très différentes sur le plan pédagogique, ferment le top cinq. L'illustration (le dessin à la main) est fortement ancrée dans l'ADN d'Émile-Cohl, établissement par lequel est passé Claude Barras (réalisateur du film d'animation, "Ma vie de Courgette", César du meilleur film d'animation en 2017). Cet établissement lyonnais propose une formation d'une durée de cinq ans, avec une spécialisation à partir de la quatrième année en jeu vidéo, dessin animé ou édition-multimédia. 

Les cours de dessin (illustration, modèle vivant ou infographie) sont dispensés en atelier. "Les diplômés créent des univers absolument géniaux et singuliers", fait remarquer Anthony Combeau, directeur du studio 2 Minutes d'Angoulême. Un avis que partage Cécile Hergaux-Essame, directrice de production du studio Cube Creative : "Ils ont ce qu'on appelle une "patte artistique", un sens de la créativité cadré par une véritable rigueur professionnelle."

L'ESMA, à Lyon, Montpellier, Nantes, Toulouse, pour sa part, est "l'école qui monte". "Avec les Gobelins et Supinfocom-Rubika, elle fait partie des établissements français les plus réputés à l'étranger", tient à préciser Emmanuel Linot, cofondateur du studio SolidAnim. Avant de rappeler que trois courts-métrages de fin d'études, réalisés par des étudiants de la promotion 2016, ont été sélectionnés aux Oscars dans la catégorie effets spéciaux (VFX) 2017, dont l'un d'eux a obtenu le prix. 

L'établissement joue notamment la carte de l'international. Le cycle en quatre ans intitulé chef de projet 3D et effets spéciaux est ainsi entièrement dispensé en anglais sur le campus lyonnais. "Nous collaborons régulièrement avec des réalisateurs ou des clients étrangers. Cette compétence linguistique est pour nous très importante", précise Carole Toledo, directrice du studio TeamTO, qui compte 175 animateurs 3D.

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L'EMCA, la fabrique de profils atypiques 

Les recruteurs apprécient la liberté de ton de l'EMCA (École des métiers du cinéma d'animation), une formation en trois ans, avec une spécialisation en 2D ou 3D à partir de la deuxième année, qui encourage l'originalité et la singularité. "L'EMCA offre une pédagogie proche de celle des écoles des beaux-arts, note Carole Toledo de TeamTO. Les étudiants acquièrent de nombreuses connaissances et apprennent des techniques très variées, telles que le mime, l'anatomie ou encore l'animation papier." 

Située à Angoulême, l'école forme des profils ouverts et différents. "Celles et ceux qui en sont issus ne cherchent pas à imiter les grands studios comme Disney. Ils ont leur propre sensibilité et manière de dessiner les personnages", remarque Didier Henry, le directeur du studio Blue Spirit.

ArtFx et l'École Georges-Méliès pour la technique 

"ArtFx privilégie la technique plutôt que les compétences artistiques", résume Thomas Giusiano de Tu Nous ZA Pas Vus. L'école montpelliéraine des effets visuels (une explosion dans un film d'action, par exemple), délivre un enseignement très poussé des logiciels utilisés par les professionnels de l'animation, tels After Effects ou Maya. 

Les étudiants doivent réaliser un court-métrage en quatrième et cinquième année. Des caméras dernier cri et un studio de prise de vues avec fond vert sont notamment mis à leur disposition. "Le résultat est généralement époustouflant. Du grand spectacle !", s'enthousiasme Thomas Giusiano. "À ma connaissance, ArtFx est la seule école à proposer cet exercice quasiment indispensable pour travailler dans les effets spéciaux", ajoute Jean-Jacques ­Benhamou, responsable RH chez Mac Guff

"Méliès a la particularité d'inculquer une culture générale de l'image", précise Cécile Hergaux-Essame du studio Cube Creative. La formation en quatre ans, intitulée "artisan de l'image animée", forme de futurs professionnels du cinéma d'animation et des effets visuels... ainsi que des spécialistes en architecture, aéronautique et imagerie médicale. Les employeurs ont noté le nombre et la renommée des partenariats professionnels de cette école située à Orly : une vingtaine, dont Mac Guff et Ubisoft. "Il n'est pas rare que des projets collaboratifs naissent de ces échanges entre étudiants et animateurs", observe Emmanuel Linot de SolidAnim.

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Pivaut, pour le coup de crayon 

Comme pour l'École Émile-Cohl, les professionnels de l'animation apprécient la maîtrise du dessin et de la couleur des diplômés de Pivaut, à Nantes. "Pour moi, un bon animateur a un bon coup de crayon. Le dessin permet de comprendre le mouvement", explique Camille Wiplier, directrice du studio Xilam, spécialisé dans les longs-métrages en 2D. 

ATI (Arts et technologies de l'image), l'école publique de l'université Vincennes-Saint-Denis, est principalement plébiscitée pour la double compétence de ses diplômés. "Ce parcours forme des "pipeline TD", que l'on pourrait traduire par développeurs-graphistes", explique Quentin Auger de Studio 100 Animation. Ces profils polyvalents capables de faire le lien entre deux professions sont peu nombreux et, donc, très demandés !

Les écoles étrangères préférées des pros

Nombre de lauréats par école, de 2014 à 2016, du Festival international du film d'animation d'Annecy.

Écoles Total
University of Southern California (États-Unis) 8
Royal College of Art (Royaume-Uni) 8
Hochschule Luzern (Lucerne University of Applied Sciences and Arts) (Suisse) 7
National Film and Television School (Royaume-Uni) 7
Bezalel Academy of Art and Design (Israël) 5
Tama Art University (Japon) 5
Korean Academy of Film Arts (Corée du Sud) 5
Centro Sperimentale di Cinematografia-Scuola Nazionale di Cinema (Italie) 4
École nationale supérieure des arts visuels de la Cambre (Belgique) 4
Filmakademie Baden-Württemberg (Allemagne) 4
Moholy-Nagy University of Art and Design (Hongrie) 4
Graduate School of Film and New Media, Tokyo University of the Arts (Japon) 4

La Poudrière, une place à part 

Située à Valence (26), La Poudrière occupe la onzième place de notre classement, ex æquo avec LISAA. "Cette association à but non lucratif forme des réalisateurs de films d'animation. Elle est à part dans le paysage des écoles d'animation françaises", prévient Marc Dhrami, directeur des opérations France de Gaumont Animation. Le cursus de deux ans (inscrit au RNCP, Répertoire national des certifications professionnelles, niveau I, bac+5) vient couronner une première formation (de deux ou trois ans) ou une pratique professionnelle de l'animation. Chaque promotion compte une dizaine d'étudiants seulement. Encadrés par des professionnels en activité (réalisateurs, scénaristes, chefs opérateurs, monteurs et même musiciens), ces derniers doivent réaliser des exercices et des projets personnels ou collectifs en prenant en compte des contraintes économiques, juridiques et logistiques. Le programme intègre aussi des cours d'écriture de dialogue, de dessin, de montage et de direction d'acteurs.