1. Devenir tatoueur : ça s’apprend ?

Devenir tatoueur : ça s’apprend ?

Envoyer cet article à un ami

Vous rêvez de manier l’aiguille et d’exprimer votre fibre artistique à même la peau ? Si le métier de tatoueur est accessible – pas de formation académique obligatoire –, il impose néanmoins de faire vos preuves sur le terrain. Explications.

Tatoueur Alexis Legrand // ©Lydie LECARPENTIER/REALa pratique est indispensable pour devenir un bon tatoueur. // © Lydie Lecarpentier/REA

Selon le SNAT (syndicat national des artistes-tatoueurs), il y a entre 3.000 et 4.000 tatoueurs en France. Une profession qui a explosé, mais pour laquelle il n'existe pas encore de formation reconnue.

Le pré-requis : une formation courte à l'hygiène

Avant d'espérer devenir tatoueur, vous devez suivre une formation à l'hygiène de 21 heures. Sans condition de diplôme, son tarif varie entre 400 et 800 € selon les organismes. L'attestation de formation vous permet d'ouvrir un atelier ou de vous présenter auprès d'un tatoueur. La liste des organismes habilités à proposer cette formation est disponible sur le site du ministère de la Santé

Nécessaires mais pas suffisantes : des compétences en dessin

Comme il n'existe pas de diplôme requis, vous pouvez devenir tatoueur du jour au lendemain. "Je m'étais lancé dans un CAP Art du bois option sculpture ornemaniste avant de bifurquer vers le tatouage", raconte ainsi Eddie, 28 ans, tatoueur au salon Bellus Stigma, à Gaillac (81).

Cependant, des compétences en dessin restent appréciables. "La classe de mise à niveau en arts appliqués (MANAA) peut vous faire acquérir des techniques, tout comme les années de préparation aux écoles d'art", cite Joanna Jaczynska, conseillère d'orientation au CIO Médiacom à Paris. Attention, être doué en dessin ne suffit pas à devenir un bon tatoueur : "Pour être à l'aise, il faut quatre ans de pratique quotidienne !", prévient Patrick, tatoueur chez Art Corpus, à Paris.

Quelques formations spécialisées mais non reconnues

Quelques organismes permettent d'apprendre le métier de tatoueur. "Après la formation à l'hygiène, on apprend à l'aspirant tatoueur à recevoir son client, à développer sa dextérité et au bout de quelques semaines d'exercice, il passe à la pratique", explique Nelson Domingues, directeur de l'École Française de Tatouage, située à Paris. Des savoir-faire utiles pour exercer, même si de telles formations ne sont ni répertoriées ni reconnues par le SNAT. Actuellement, le syndicat juge que "l'offre est limitée, coûteuse, et n'offre aucune véritable garantie sur les compétences du formateur".

Passage quasi-obligé : apprendre le métier auprès d'un pro

La formation auprès d'un professionnel est le parcours conseillé par le syndicat et les tatoueurs. Pendant plusieurs mois, un tatoueur vous accueille dans son salon et vous apprenez le métier, la gestion d'un salon et de la clientèle. "C'est la meilleure voie pour progresser rapidement", explique Loren, tatoueur au Magic Circus à Paris.

Comme les tatoueurs reçoivent beaucoup de demandes, il est conseillé d'envoyer une candidature et de se présenter au salon avec un book (exemples de dessins réalisés par exemple...). "Renseignez-vous aussi sur les réalisations du tatoueur", préconise Karine Grenouille, du SNAT.

Une fois intégré au salon, ne vous attendez à prendre de suite l'aiguille en main. Vous débuterez par certaines tâches qui font partie du quotidien : dessin, stérilisation du matériel, accueil du client, préparation des postes de travail, nettoyage, etc. "L'apprenti ne tatouera pas avant les trois premiers mois", avertit Loren, qui encadre des jeunes recrues.

Si vous choisissez la formation auprès des pros, soyez aussi conscient des risques. "Vous ne signez pas de contrat d'apprentissage. La collaboration n'a pas de durée fixe et peut donc s'arrêter du jour au lendemain, avertit Nelson Domingues. Quant à la rémunération, elle est au bon vouloir du tatoueur."

Une alternative : apprendre en autodidacte

De nombreux tatoueurs reconnus ont débuté en autodidacte, mais cette voie est moins recommandée par la profession. Commencer le tatouage implique le financement de la formation obligatoire à l'hygiène, l'aménagement d'un studio normalisé et l'investissement dans un équipement professionnel. "Ce coût est lourd à assumer lorsqu'on ne peut pas débuter dans une structure professionnelle", constate Karine Grenouille.

Par ailleurs, les machines professionnelles coûtent cher et les kits à bas prix sont de mauvaise qualité. "Acheter une machine à 150 € et la tester sur ses amis pour comprendre comment elle fonctionne, c'est très dangereux", avertit Nelson Domingues. Bref, mieux vaut ne pas se lancer seul si vous n'avez pas acquis les bases et que personne ne peut vous montrer que vous faites fausse route. "Vous risquez de répéter des erreurs pendant des années sans même vous en apercevoir", avertit Karine Grenouille.

Quel que soit le parcours choisi, vous devez à terme pouvoir "analyser la technique des confrères et faire votre autocritique", avertit Loren. Pour devenir un vrai tatoueur, soyez humble, patient et ayez du recul sur votre propre potentiel.