1. Journalisme : premières semaines à l’École W, la petite sœur du CFJ
Reportage

Journalisme : premières semaines à l’École W, la petite sœur du CFJ

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Du concret, du concret et encore du concret : à l'École W, les étudiants mettent la main à la pâte. // © CReaFeed
Du concret, du concret et encore du concret : à l'École W, les étudiants mettent la main à la pâte. // © CReaFeed

Créée par le CFJ (Centre de formation des journalistes) de Paris, l’École W veut former les jeunes directement après le bac aux nouveaux métiers de l’information, de la communication et de la création multimédia. Elle accueille depuis mi-octobre 2016 sa première promotion. Reportage.

Ne demandez pas aux élèves de l'École W s'ils passent un examen. "Ici, on parle plutôt de projet ou de flash mission", sourit Jade, l'une des 70 recrues de cette nouvelle formation multimédia. En effet, en cette fin novembre, dans ses locaux de l'est parisien, on ne voit pas de tables rangées les unes derrière les autres, ni de candidats pressés de noircir des copies doubles. Quelques étudiants scrutent leur ordinateur portable, d'autres discutent en petits groupes.

Après 15 jours de cours d'anglais et de culture générale, toute la promotion est conviée à valider les connaissances acquises. Mais c'est à travers de petits travaux de recherche que cela se joue. Par exemple, Jade, 19 ans, doit identifier quatre sources en ligne pour expliquer ce qu'est le data journalisme pendant que l'un de ses camarades planche sur la présentation d'un documentaire consacré au gaz de schiste. "Nous pouvons très bien nous entraider sachant que nous travaillons sur des thèmes différents et qu'il faut bien gérer son temps", explique-t-elle. À 10 h, le lendemain matin, – soit 24 heures précises après la distribution des sujets – tous devront rendre leurs écrits et détailler leur démarche devant un jury.

Lire aussi : L’École W, pour former en trois ans aux "métiers qui n’existent pas encore"

Fini les cours magistraux

Au-delà des examens, ce sont en fait tous les codes scolaires que l'École W veut faire bouger, avec une pédagogie pensée pour être au plus près des exigences du monde professionnel. Alors que les écoles du Web nées ces dernières années forment plutôt des développeurs ou des pros du marketing Web, ici, l'accent est mis sur les contenus et la communication numériques. En trois ans, le cursus postbac, adossé au CFJ (Centre de formation des journalistes), l'une des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession, vise des postes en rédaction Web et en community management ou des poursuites d'études vers l'information ou les industries culturelles.

Reste que W doit faire face, comme ses consœurs, à un univers qui évolue à vitesse grand V. Dans ces conditions, l'enjeu est d'apprendre aux élèves à apprendre. Les technologies du Web, le design ou l'étude du monde contemporain ne sont donc pas abordés sous forme de blocs d'enseignements indépendants mais de projets. "Les dix premiers jours, on a dû rédiger un rapport collectif sur les métiers du numérique et, là, je viens de rendre un travail autour d'un livre sur le foot et la politique. Au lieu de faire une fiche de lecture classique, on me demandait de me mettre à la place de l'auteur et d'analyser sa méthode d'enquête", raconte Paul, 18 ans. Ce passionné d'actualité est ravi d'entrer dans le vif du sujet aussitôt après son bac ES. Après deux mois en fac de lettres et un service civique, Louise, 19 ans, apprécie elle aussi d'avoir tourné la page des cours magistraux. "Au départ, c'est un peu déstabilisant, mais c'est aussi motivant d'avoir quelque chose à produire, résume-t-elle. Les journées s'organisent autour de partages d'expérience et les profs sont là pour guider les débats plutôt que de livrer des leçons toutes faites."

"La force du travail en équipe"

Pour prendre la parole en public et profiter de chaque session, encore faut-il avoir bien préparé les sujets en amont. Passé par une préparation à Sciences po et une année de licence en histoire, Nathan, 20 ans, juge la charge de travail "équivalente" à ce qu'il a connu en prépa. "Mais l'ambiance est très différente. En un mois, j'ai vraiment mesuré la force du travail en équipe. Si on se répartit bien les tâches, on peut traiter beaucoup d'informations dans des délais serrés. Bien sûr, tout le monde n'est pas toujours satisfait du rôle qui lui est attribué, mais on a fait plusieurs fois le point avec une formatrice sur la manière de s'organiser." Un jour, Nathan a pu monter un atelier autour de logiciels comme Photoshop avec un camarade. "Je n'ai pas encore d'idée précise de ce que je veux faire, mais j'aimerais allier l'événementiel et le numérique. Lors d'un job étudiant en tant qu'hôte d'accueil sur des salons, j'ai rencontré des agences de communication et c'est un univers qui m'intéresse. À W, j'espère acquérir de bonnes bases techniques."

Une école en évolution

Jade dit aussi être venue pour cette dimension concrète de la formation, alliée à des horizons professionnels ouverts. "Par rapport à un DUT [diplôme universitaire de technologie] métiers du multimédia, on aborde des champs très larges et on nous donne beaucoup d'autonomie. Cela m'intéressait car, après quelques mois en fac d'informatique et des séjours à l'étranger, je ne voulais pas revenir dans un cadre proche de celui du lycée." Le pari est d'autant plus gagnant que sa promotion est la première à inaugurer l'école. "Les profs nous demandent régulièrement notre avis et on sent que notre parole compte. Il y a quelques jours, nous avons commencé à organiser un bureau des élèves. C'est aussi à nous de faire en sorte que ça marche !"

La première promo de W en chiffres

- 70 étudiants – 35 filles et 35 garçons – sélectionnés parmi 300 candidats sur un questionnaire de personnalité, des épreuves de créativité et un entretien ;
- 69 % sortent de terminale, la moitié ont passé un bac ES ;
- 45 viennent d'Île-de-France (dont 25 de Paris intra-muros) et 25 viennent d'autres régions ;
- Frais de scolarité : 7.800 € par an. Six élèves bénéficient d'une bourse grâce à un partenariat avec la fondation Angie. D'autres dispositifs sont en discussion.