1. Ces filières de filles qui manquent de garçons
Enquête

Ces filières de filles qui manquent de garçons

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Retour au dossier Ces filières de filles qui manquent de garçons Ces filières en quête de filles Ils ont choisi une filière réputée féminine Elles ont choisi une filière réputée masculine Avis d’expert – Nicole Mosconi : “Les filles sont considérées comme des réserves de talents”

Même dans l’orientation, les stéréotypes ont la vie dure ! Si les filles gagnent du terrain dans les spécialités du supérieur dites “masculines”, elles restent souvent minoritaires dans les filières d’élite. Où se situent les derniers blocages ? Quelles filières ont le plus évolué côté mixité ? Comment vivent leurs études ceux qui tentent d’inverser la tendance ? Enquête.

Elles représentent 70 % des licenciés en droit, 82 % des élèves en écoles paramédicales, jusqu’à 77 % des inscrits en masters de lettres, langues et sciences humaines… Dans certaines filières du supérieur, les filles sont très largement majoritaires. Des chiffres qui cachent toutefois une réalité : même minoritaires, les garçons y trustent encore bien souvent les spécialités et fonctions les plus prestigieuses.


Filières du droit : dites magistratE !


Quelle conquête et quel renversement de tendance ! Le droit a été pendant des siècles le pré carré réservé des hommes avec interdiction aux femmes d’exercer le métier d’avocat jusqu’en 1900 et d’entrer dans la magistrature française jusqu’en 1946 !
C’est aujourd’hui l’une des filières les plus féminisées. Depuis une vingtaine d’années, les filles sont majoritaires dès la licence : 64 % à la rentrée 2010. Et en plus elles réussissent mieux que les garçons : elles représentent 70 % des diplômés de licences et 66 % des masters.
Si elles redeviennent minoritaires au niveau du doctorat (41 %), elles sont de plus en plus nombreuses dans des professions emblématiques du droit : notaire, greffier, avocat, magistrat… Chez les avocats, on compte aujourd’hui autant d’hommes que de femmes avec une hausse prévue de la féminisation puisque les femmes stagiaires sont désormais majoritaires (60%).
Cette tendance est particulièrement marquée du côté de la magistrature : à l’École nationale de la magistrature, les promotions qui se succèdent depuis quelques années sont à 80 % des filles. Avec une nuance notable concernant les parcours de ces magistrats : on s’aperçoit que les hommes vont plus souvent vers des fonctions au Parquet (procureur ou substitut) alors que les femmes optent plus souvent vers des postes au siège (juge). Deux explications pour expliquer cette inclinaison. Symboliquement, le procureur incarne le pouvoir… et, très pratiquement le métier de juge permet de mieux maîtriser son emploi du temps, donc de mieux concilier vie professionnelle et vie privée…


Filières de santé : des infirmières ET des femmes médecins


Métiers de la santé = métiers de filles ? À voir les taux de féminisation de ces filières, des études de médecine aux formations paramédicales, l’équation s’impose.
Le record est atteint par les écoles paramédicales hors université, qui comptent en moyenne 82 % de filles (des instituts de formations aux soins infirmières aux diverses spécialités d’orthophonie, orthoptie ou encore psychomotricité). Sans oublier les formations d’aides-soignantes, un métier rarement accordé au masculin ! Le stéréotype sexué de l’infirmière et du médecin a vécu : les filles comptent aujourd’hui pour 62 % des effectifs dans les études de médecine, orthodontie et pharmacie dès la première année.
Ce phénomène est récent puisqu’à la fin des années 1980, les bancs des facs de médecine ne comptaient que 45 % de filles. Seulement, ici comme ailleurs, si féminisation il y a, on s’aperçoit dans le détail que les garçons préservent leurs positions dans les spécialités les plus “réputées”, la chirurgie en tête, qui ne compte que 40 % de femmes. Celles-ci se retrouvent plus souvent dans les filières de gynécologie (81 à 100 %), de pédiatrie (87 %), de médecine du travail (65%), de médecine générale (65%) ou de psychiatrie (57 %).


Filières de lettres, langues, sciences humaines : tout se joue dès le lycée


Fidèle à une image d’Épinal, les “humanités” attirent les filles, tandis que les garçons rechignent à s’y engager. Ainsi, les filières de lettres, langues et sciences humaines sont les filières les plus féminisées de l’université : selon les spécialités de 68 à 71 % de filles en licences et de 76 à 77 % au niveau des masters.
La tendance n’est pas nouvelle. Cette répartition n’a quasiment pas changé depuis plus de 20 ans. Les classes prépas littéraires n’y échappent pas : elles comptent trois quart de filles dans leurs effectifs. Si ce phénomène ne surprend personne, c’est sans doute parce que tout semble joué d’avance, c'est-à-dire au niveau du lycée : 60 % de filles en terminale ES et plus de 80 % en terminale L.


Filières de l’enseignement : des filles en majorité… sauf dans le supérieur


Deux tiers de femmes pour un tiers d’hommes : telle elle la proportion qui caractérise les enseignants du public et privé sous contrat. Cette tendance de fond est bien connue. Ce qui l’est moins, c’est que la féminisation du système éducatif en France décroît avec le niveau d’enseignement : 93 % de femmes en maternelles, 78 % dans le primaire, 56 % dans le secondaire et 34 % dans le supérieur !
Et, à voir les nouveaux entrants dans l’Éducation nationale, aucun bouleversement n’est à attendre. Au CRPE (concours de recrutement des professeurs des écoles), les filles restent majoritaires : 56 %. Même constat pour les filières de recrutement dans l’enseignement secondaire : les filles sont là encore en bien plus forte proportion que les garçons : 69 %. Avec des différences importantes selon les spécialités : très majoritaires en langues (92%), lettres (77 %), biologie (65%), voire arts plastiques (63%), à quasi égales proportions en histoire-géographie (53%), sciences économiques et sociales (47%) et mathématiques (46 %) et minoritaires en philosophie (39 %) et surtout dans toutes les filières techniques et industrielles (22% en moyenne). On compte également 61 % de femmes certifiées contre 52 % agrégées. Ici comme ailleurs, à mesure que l’on monte dans la “hiérarchie” des diplômes et de leur prestige supposée, les hommes s’en tirent relativement mieux que les femmes.


Filières commerciales et de gestion : l’exception paritaire… quoique


À égalité ou presque ! S’il est un domaine de spécialités qui respecte au mieux la parité c’est bien l’économie, le commerce et la gestion : 52 % de filles dans les filières universitaires de sciences économiques et de gestion, 55 % dans les classes prépas commerciales et 49 % dans les écoles de commerce, gestion et comptabilité. Cette situation doit sans doute au fait que ces formation, de l’université aux écoles de commerce, ont un recrutement très diversifié au niveau des spécialités de bac… mais aussi à l’image des débouchés et des métiers qui sont, a priori, moins soumis aux stéréotypes selon les sexes. Une situation de rêve donc ? À voir.
Car à y regarder de plus près, le plafond de verre est bien là où on n’espérait ne plus s’y cogner. D’abord dans les concours d’entrée aux écoles de commerce. Une étude de l’EDHEC montre ainsi les filles réussissent moins bien que les garçons au concours d’entrée à HEC, alors qu’elles ont de meilleures notes que les candidats masculins. Pourquoi ? Parce que les filles gèreraient moins bien la pression des concours et l’esprit de compétition qui est un trait plus masculin que féminin. D’autre part, les résultats de l’enquête d’insertion de la Conférence des grandes écoles sont sans ambiguïté : à diplômes équivalents, les indicateurs d’insertion sont meilleurs pour les hommes avec, par exemple, un écart de 10 % sur les salaires. Ces différences qui se retrouvent pour des fonctions équivalentes sont accrues par le fait que les diplômés de ces écoles ne s’orientent pas vers les mêmes métiers : aux garçons les postes les mieux rémunérés dans la finance et l’audit, aux filles le marketing et les ressources humaines…