1. Ces filières en quête de filles
Enquête

Ces filières en quête de filles

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Retour au dossier Ces filières de filles qui manquent de garçons Ces filières en quête de filles Ils ont choisi une filière réputée féminine Elles ont choisi une filière réputée masculine Avis d’expert – Nicole Mosconi : “Les filles sont considérées comme des réserves de talents”

Même dans l’orientation, les stéréotypes ont la vie dure ! Si les filles gagnent du terrain dans les spécialités du supérieur dites “masculines”, elles restent souvent minoritaires dans les filières d’élite. Où se situent les derniers blocages ? Quelles filières ont le plus évolué côté mixité ? Comment vivent leurs études ceux qui tentent d’inverser la tendance ? Enquête.

Même si la féminisation des promotions y est parfois perceptible, certaines filières du supérieur, scientifiques et techniques notamment, restent l’apanage des garçons. La faute, en partie, aux représentations toujours (trop) solides liées aux débouchés.


Écoles d’ingénieurs : la (très) lente conquête des femmes

Le nombre de femmes en écoles d’ingénieurs a triplé en 20 ans. Elles étaient 29.000 à la rentrée 2008 contre 10.200 en 1988. Pourtant, la part de filles dans les formations d’ingénieurs peine à dépasser les 27 %.
Le manque d’attrait pour les sciences n’est pas la seule cause, car les filles sont aujourd’hui majoritaires en médecine, où le niveau scientifique est tout aussi élevé. “Les métiers de santé apparaissent comme des professions utiles où on va améliorer la vie des gens. Des représentations négatives sont, en revanche, associées aux métiers d’ingénieurs. On imagine quelqu’un de renfermé et de peu sociable, alors que le travail en équipes est primordial dans ces formations”, analyse Anne-Marie Patard, la secrétaire de l’association Elles bougent, qui promeut les métiers scientifiques auprès des jeunes femmes.
Mais cette proportion globale masque des disparités selon les disciplines. Selon la dernière étude de  “Mutationnelles“, l’agroalimentaire (41 % de filles) et la chimie (32 %) ont les faveurs des ingénieures diplômées, alors qu’elles délaissent les STIC (11 %), la mécanique et la productique (9 %) ou l’automatique et l’électricité (7 %). Une situation qui évolue. Ces 3 dernières années, les jeunes femmes ont investi des filières fortement “masculines”. On compte + 17 % de filles inscrites dans des filières génie civil et BTP, + 14 % en électronique et automatique et + 15 % mécanique, productique. Seule la filière des technologies de l’information et de la communication souffre encore : – 11 % de filles en 2 ans dans une branche déjà peu féminisée. La sortie d’une Barbie ingénieur informaticienne sera-t-elle suffisante pour faire évoluer les représentations des générations futures ?


Facs de sciences : les sciences de la vie, sinon rien !


Les chiffres ne diffèrent pas franchement des écoles d’ingénieurs. Les sciences fondamentales et applications comptent moins de 30 % de jeunes femmes. Avec une prédisposition de ces dernières à se tourner vers la chimie.
La force des représentations bat son plein, analyse Claudine Hermann, présidente honoraire de l’association Femmes et sciences. Quand les filles ont des problèmes en maths, on trouve ça normal. Comment voulez-vous qu’elles aient ensuite envie d’aller vers les filières scientifiques ?” Selon plusieurs enquêtes, avec des résultats équivalents en mathématiques, 82 % des garçons et seulement 53 % des filles s’estiment capables de suivre des études scientifiques. Un manque de confiance qui se retrouve dans leur choix d’orientation. En sciences de la nature et de la vie, en revanche, les proportions s’inversent. Ces filières comptent près de 60 % de filles. Leurs motivations sont les mêmes que pour les études de santé : l’attrait pour les enjeux sociétaux et environnementaux, la préoccupation des autres… En revanche, contrairement aux sciences fondamentales où le pourcentage de filles reste stable au fur et à mesure des années, les sciences de la vie voient le nombre de filles décroître au fur et à mesure des années. Si elles étaient 62 % en licence en 2009-2010, elles se retrouvaient 57 % en master et 52 % en doctorat. Encore une histoire de plafond de verre…


STAPS : pour les gros bras ?


Là encore, les STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) souffrent de leur réputation d’études pour gros costauds. Et ne comptent que 32 % de filles. Un chiffre stable depuis plus de 10 ans. Pourtant, les étudiants de cette filière ne passent pas tout leur temps à faire du sport. Avec 26 heures de cours par semaine environ, le cursus est à la croisée entre sport, médecine et sciences. L’objectif ? Comprendre comment fonctionne le corps humain et comment la pratique sportive agit sur le corps. Les activités physiques et sportives ne représentent qu’un tiers au maximum des heures de cours. Le reste est constitué d’enseignements théoriques : biomécanique, anatomie, psychologie. Des matières qui attirent pourtant les filles dans d’autres filières (médecine, paramédical, psychologie…).


BTS-DUT techniques : où sont les filles ?


Si les filles représentent 40 % des inscrits en DUT (diplôme universitaire de technologie) et 52 % des étudiants de BTS (brevet de technicien supérieur), leur nombre chute dramatiquement si on ne s’intéresse qu’aux bac + 2 techniques. On compte 21 % de femmes dans les BTS “production” et 24% dans les DUT.
Mais là encore, il faut affiner. Les spécialités chimie et génie biologique concentrent respectivement 55 % et 66 % de filles, alors qu’on dénombre 6,8 % de femmes en GE2I (génie électrique et informatique industrielle) et 7,7 % en GMP (génie mécanique et productique). Mais, malgré tout, les filles gagnent du terrain. Elles étaient à peine 6 % en GE2I il y a 10 ans et un peu plus de 5 % en GMP. En BTS, la part des filles est passée de 15 % à 21 % en 10 ans. Une progression qui n’a rien d’une révolution, mais qui démontre un effet des actions de communication et de promotion initiées par les branches professionnelles.


Écoles de police : commissaire avant tout !


Lilly Rush (“Cold Case”), Samantha Spade (“FBI : portés disparus”) ou Stella Bonasera (“Les Experts Manhattan”) y seraient-elles pour quelque chose ? Les métiers de la police se féminisent. Pourtant, les concours d’inspecteur de police (officiers aujourd’hui) ne sont ouverts aux femmes que depuis 1968, ceux de commissaire et de gardien de la paix depuis les années 1970. Des quotas ont perduré jusqu’en 1992. Aujourd’hui, la police compte un peu moins de 20 % de femmes. Mais contrairement aux autres filières, elles visent avant tout les écoles les plus prestigieuses…et le métier de commissaire. “Le taux de candidature féminine aux concours externes augmente en moyenne de 2 points tous les ans”, a constaté la sociologue Geneviève Pruvost dans son livre “Profession : policier, sexe : féminin” (2007). Ainsi, on est passé de 9 % à 53 % de candidatures féminines au grade de commissaire entre 1975 et 2003. Dans le même temps, les candidatures féminines ont atteint 40 % au concours d’officiers et 33 % pour gardien de la paix.
Les femmes ne se dirigent pas par hasard vers ces filières. Selon Geneviève Pruvost, elles savent qu’elles doivent faire leurs preuves et se préparent plus que les hommes. “Les femmes ne se lancent pas sans filet dans l’aventure des concours policiers. Elles multiplient les années d’études, compensant par les diplômes le manque de légitimité que pourrait leur conférer leur qualité de femme dans un métier réputé masculin.” 79% des femmes gardiens de la paix sont bachelières contre 56 % des hommes ; 68 % des femmes officiers ont un niveau supérieur à bac + 2. Les hommes ont du souci à se faire…