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Témoignage

Elles ont choisi une filière réputée masculine

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Même dans l’orientation, les stéréotypes ont la vie dure ! Si les filles gagnent du terrain dans les spécialités du supérieur dites “masculines”, elles restent souvent minoritaires dans les filières d’élite. Où se situent les derniers blocages ? Quelles filières ont le plus évolué côté mixité ? Comment vivent leurs études ceux qui tentent d’inverser la tendance ? Enquête.

Carole, en école d'ingénieurs, et Aurore, en DUT génie civil, ont opté pour des filières où les filles sont en minorité. Si elles ont dû faire plus d’efforts pour s’imposer, elles ont aussi su tirer parti de la situation pour réussir.
Carole Dussud, en 4e année à l'ESTACA - 2001


Carole Dussud, en 4e année à l’école d’ingénieurs ESTACA : “Être une femme dans un milieu masculin est plutôt un atout”


Pilote de planneur, le père de Carole lui a transmis très tôt sa passion pour l’aéronautique. Après son bac S obtenu avec mention bien, l’Orélanaise d’origine est la seule fille de sa classe de terminale à opter pour une classe préparatoire scientifique. Une “suite logique” pour la jeune femme qui a grandi dans les aéroclubs.

Son cœur balance entre l’aéronautique et la danse classique


Mais son cœur balance encore. Carole consacre une grande partie de son temps libre à la danse classique et espère se faire repérer en passant différents concours. ”Après la prépa, il a fallu choisir. Je m’étais investi dans la danse un peu tardivement, j’ai décidé de ne me consacrer qu’à mes études d’ingénieurs.” À la fin de la maths spé, elle n’a plus qu’un objectif en tête : entrer dans une école d’aéronautique. Elle opte alors pour l’ESTACA, où elle postule sur dossier.

Des garçons moins machos que leurs aînés


L’école compte 10 % à 15 % de filles selon les promotions, soit une trentaine de filles pour 280 élèves. Lors de ses premiers jours dans l’établissement de Levallois-Perret, Carole se sent un peu perdue. “J’étais pourtant habituée. En maths spé PSI (physique sciences de l’ingénieur), nous étions 2 filles sur une promotion de 32. J’avais d’ailleurs bien sympathisé avec les garçons de ma classe. Notre passion de l’aéronautique nous réunissait. Mais à mon arrivée à l’ESTACA, je me suis retrouvée dans la peau de la petite nouvelle avec beaucoup plus de garçons autour de moi.” Une première impression qui ne dure pas. “Être une femme dans un milieu masculin est plutôt un atout. Globalement, les garçons sont beaucoup moins machos que leurs aînés. Les filles suscitent davantage de bonnes volontés. On a plus facilement accès à certaines choses… Profs et étudiants retiennent plus vite votre prénom, par exemple.”

Savoir s’imposer


Un avantage qui fait mouche aussi dans la recherche de stage. “J’ai la sensation d’être plus souvent rappelé que mes copains de promo.” Seul bémol : le stage “ouvrier” que doit effectuer tout élève ingénieur dans ses premières années. Carole se retrouve dans un atelier de maintenance sur un aérodrome. Calendriers peuplées de femmes largement dévêtues sur les murs, l’ambiance y est virile. “Au début, les autres employés ne me laissaient rien faire. J’ai dû prouver que je savais dévisser des boulons et que je connaissais le domaine”, se souvient l’étudiante de 22 ans. Mais Carole sait s’imposer et finit par trouver ses marques dans l’atelier. “Il suffit juste d’avoir confiance en soi”, assure-t-elle. Aussi simple à dire qu’à faire pour la jeune femme !


> Proportion de filles en écoles d’ingénieurs : 27 %.


Aurore Pajot, en 2e année génie civil à l’IUT de Bordeaux 1 : “Une fille doit davantage faire ses preuves”


Aurore Pajot, en 2nde année de DUT génie civil à Bordeaux - 2011Aurore l’avoue : elle ne pensait pas du tout s’orienter vers un IUT (institut universitaire de technologie) génie civil lorsqu’elle était lycéenne. Son choix d’entrer dans cette filière réputée masculine n’étonne pourtant pas son entourage. “Boxe française, voiture, moto… J’aime plutôt les activités de mecs, confie la jeune femme. Mais, mes proches ont surtout pensé aux opportunités d’embauche dans le BTP (bâtiment et travaux publics) et m’ont encouragée.”

Chouchoutée


À 20 ans, l’étudiante fait aujourd’hui partie des 15 filles d’une promotion qui compte 88 garçons. En 1re année, ce n’est pas tant d’être une fille qui lui a posé problème que le niveau du DUT. “J’avais passé un bac S-SVT et je me retrouvais avec des STI génie-civil qui s’y connaissaient mieux que moi dans les matières enseignées. Je me suis demandé si j’allais continuer.” Mais finalement, elle s’accroche et se sent plutôt chouchoutée dans cet univers masculin. “Nous sommes au même niveau que les garçons, ni plus ni moins. Nous accédons aux mêmes projets, aux mêmes stages”, assure l’étudiante, qui se destine à la construction en bois.

Questions sur l’autorité


Aurore souhaite devenir conductrice de travaux. Elle sait qu’elle devra encadrer des hommes avant tout, et s’y prépare déjà. “Je me pose toujours des questions sur l’autorité que je pourrais avoir. Une fille doit davantage faire ses preuves. On doit faire plus d’efforts pour montrer qu’on est capable et en savoir le plus possible.” Lors de son stage de première année, l’entreprise qui l’a embauchée l’avait déjà prévenue : elle devrait faire la même chose qu’un garçon, porter des charges lourdes notamment. Mais Aurore compte bien tirer profit de la réputation des filles. “Nous sommes connues pour être plus minutieuses que les garçons.” À bon entendeur…


> Proportion de filles en IUT génie civil : 14 %.