1. Ils ont choisi une filière réputée féminine
Témoignage

Ils ont choisi une filière réputée féminine

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Retour au dossier Ces filières de filles qui manquent de garçons Ces filières en quête de filles Ils ont choisi une filière réputée féminine Elles ont choisi une filière réputée masculine Avis d’expert – Nicole Mosconi : “Les filles sont considérées comme des réserves de talents”

Même dans l’orientation, les stéréotypes ont la vie dure ! Si les filles gagnent du terrain dans les spécialités du supérieur dites “masculines”, elles restent souvent minoritaires dans les filières d’élite. Où se situent les derniers blocages ? Quelles filières ont le plus évolué côté mixité ? Comment vivent leurs études ceux qui tentent d’inverser la tendance ? Enquête.

Étudier en étant entouré d'une majorité de filles, le rêve de beaucoup de garçons… Anthony et Kevin le vivent, l'un école en école de sage-femmes, l'autre à l'École nationale de la magistrature. Si la situation a pu les perturber au début de leur cursus, ils en mesurent aussi les avantages.


Anthony Weber, en 2e année d’école de sages-femmes : “Être un homme permet d’avoir une autre forme d’empathie”
 

Anthony Weber, en 2e année d'école de sages-femmes à Limoges - 2011“C’est drôle de voir un homme !”, “Vous êtes nombreux à choisir ce métier ?”, “Ce n’est pas trop difficile ?”, “Et avec les patientes, ça ne pose pas de problème ?”… Deux ans à peine qu’Anthony s’est engagé sur le métier de sage-femme et les questions sont toujours les mêmes. “Je m’y suis habitué et je sais que ce sera comme ça toute ma carrière”, s’amuse Anthony, 22 ans, en 2e année d’école de sages-femmes à Limoges, qui compte une promotion de 4 hommes sur 24 étudiants. “C’est un bon cru, les années précédentes, ils y avaient entre 2 et 0 garçons”.

Un choix par défaut, mais un choix réfléchi


Devenir sage-femme n’a jamais été pour Anthony une vocation. Après son bac scientifique, il voulait devenir médecin urgentiste. Seulement, au concours de la PAES (première année des études de santé), il s’est retrouve classé uniquement pour cette filière. “J’ai fait un choix par défaut mais un choix réfléchi”, précise le jeune homme, qui, avant de s’engager dans cette voie, s’est longuement renseigné sur la profession. “Ce qui m’a tout de suite intéressé dans ce métier, c’est le fait d’être dans un raisonnement clinique, pour savoir toujours adapter les pratiques et les traitements à chaque patient. On intervient jusqu’à la limite de la pathologie qui, elle, est prise en charge par un médecin. On n’exécute pas d’ordres. On prend des décisions. C’est une grosse responsabilité.”

Seules les patientes sont surprises


Alors… comment ça fait d’être un garçon dans cet univers de femmes ? “En centre hospitalier avec le personnel soignant comme avec les étudiantes en formation, ça ne surprend plus personne. Je suis très bien accueilli. Peut-être que la présence masculine dans un milieu féminin permet de faire baisser d’éventuelles tensions. Et pour les patientes, être un homme permet d’avoir un autre forme d’empathie”, explique Anthony qui, depuis le début de sa formation, n’a fait face qu’à quelques rares refus d’examen. S’il envisage plus tard d’exercer en libéral, Anthony est aujourd’hui pleinement investi dans la promotion de son métier en tant que vice-président de l’Association nationale des étudiants sages-femmes, dont le bureau national compte autant de femmes que d’hommes...

> Proportion de garçons en écoles de sages-femmes : entre 8 et 10 % selon les écoles.



Kevin Henouf, en 2e année à l’ENM : “La robe est portée indifféremment par des hommes ou des femmes”


Un bac scientifique, une licence puis un master 2 de droit privé, avant de passer avec succès l’examen d’avocat, et enfin de réussir, au deuxième essai, le concours de l’ENM (École nationale de la magistrature)… À 27 ans, Kevin affiche, en toute modestie, un parcours rectiligne et brillant. “Comme la plupart des étudiants après le bac, j’avais une idée très vague des métiers du droit. Je les ai découverts au fil des années. J’étais plus attiré par le droit pénal et l’envie de devenir magistrat s’est imposé dès la licence, parce que ce qui m’intéresse, c’est d’être au service de l’État, de la société, aider les gens, le côté altruiste du métier.”

Minoritaire mais pas favorisé


Et les filles ? “Au début de mes études, remarque Kevin, je n’imaginais pas qu’il y ait une telle majorité de filles. Cela devient évident à partir de la 2e et 3e année de droit !” Arrivé à l’ENM, la proportion est encore plus marquée : sur une promotion de quelque 135 auditeurs, ils sont une trentaine de garçons, soit 80 % de filles. “Des rumeurs nous font croire que le jury d’admission serait tenté de rééquilibrer en avantageant de façon inconsciente les rares candidats masculins. Je peux vous assurer que pour l’avoir vécu, ce n’est pas vrai. Et les taux d’admission après l’oral le prouvent !”

Sous la robe du juge


Quant à l’ambiance dans l’école, Kevin ne porte pas vraiment attention au fait d’être en minorité : “Bien sûr, on peut s’en amuser, notamment sur les rapports de séduction. Et quand il faut jouer des situations d’audition, les femmes jouent les rôles de prévenus masculins… Mais tout cela est en fait très banalisé.” Quand à savoir si le “genre” a une incidence sur les jugements… ce futur magistrat est intraitable : “On ne s’est jamais posé la question lorsque les hommes étaient ultra-majoritaires dans les tribunaux. J’espère bien qu’il y a aucune différence. La justice est rendue par les Hommes avec un grand H, donc au-delà du sexe ou de l’origine du magistrat. C’est la fonction symbolique de la robe, portée indifféremment par des hommes ou des femmes.” 

> Proportion de garçons à l’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature (concours externe 2010) : 20 %.