1. Plan réussite en licence : un maigre bilan
Enquête

Plan réussite en licence : un maigre bilan

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Deux ans après son lancement, quels sont les premiers résultats du plan pour la réussite en licence destiné à aider les étudiants de 1ère année ? Si les universités ont multiplié les initiatives et renforcé les dispositifs comme le tutorat ou l’enseignant référent, il manque encore des résultats chiffrés pour évaluer l’effet sur la réussite. Esquisse d’un 1er bilan et présentation de quelques initiatives à Reims, Brest et Paris 13.

Le plan réussite en licence a été lancé par le ministère de l’Enseignement supérieur à la rentrée 2008 pour une durée de 5 ans. Chaque année, l’État finance les projets des universités destinés à aider leurs étudiants à réussir leurs premiers pas à la fac (103 millions d’euros en 2009, 170 millions en 2010…). Des actions qui portent sur 5 grands axes : renforcement de l’encadrement, organisation de dispositifs d’accueil des nouveaux arrivants, mesures pour les étudiants en difficulté, professionnalisation des cursus et évaluation des enseignements. Objectif : réduire de moitié le taux d’échec en première année d’ici 2012.

Deux ans après son lancement, où en est-on ? Dans son bilan d'étape de décembre 2010, le Ministère communique largement sur les différentes initiatives des universités (200 dispositifs ont été recensés), insiste sur la mobilisation des équipes pédagogiques, mais ne donne aucun éléments chiffrés sur l'évolution du taux de réussite aux examens.
Pour relancer la dynamique, une seconde étape a été annoncé fin 2010: il s'agit de faire de la licence un diplôme permettant autant l'insertion professionnelle que la poursuite d'études. Trois chantiers sont annoncés: rénover la formation et l'organisation de la licence, rendre lisibles les compétence d'un diplômé (pour faciliter son embauche) et décloisonner les filières post-baccalauréat.

 
Dernière enquête en 2007

 
La dernière enquête nationale sur les taux de réussite porte sur la session 2007 (cohorte entrée à l’université en 2004 observée 3 ans après). Un rapport de l’Inspection générale du ministère sur le plan licence a été effectué sans être publié officiellement. En résumé, ses conclusions sont les mêmes que celle de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France). "Il existe de grosses différences d’une fac à l’autre, en raison notamment de l’absence de cadrage national et de recrutement d’enseignants", relève Yannick Sabau, élu au syndicat. Selon lui, les résultats observés dans certaines universités seraient de l’ordre de 5 à 10 % d’amélioration des taux de réussite aux examens. "Nous ne disposons pas d’une évaluation fine de l’efficacité du plan mais on observe une amélioration", renchérit Thierry Michot, vice-président du CEVU (Conseil des études et de la vie étudiante) de l’UBO (université de Bretagne Occidentale). "En STAPS [sciences et techniques des activités physiques et sportives] par exemple, l’augmentation est de 10 %." Un léger mieux… mais pas encore une révolution.

 
Tutorat et enseignant-référent dans la majorité des facs

 
De son côté, l’UNEF a réalisé un bilan chiffré de l’application du plan auprès de 75 universités (sur un total de 83), disponible sur leur site. Parmi les dispositifs les plus développés, 2 d’entre eux ont été appliqués par la grande majorité des facs. Le renforcement du tutorat concerne ainsi plus des 3/4 des établissements et la mise en place d’un enseignant référent a été effectuée dans 70 % des universités. Les cours de langues et d’informatique ont été intégrés dans 59 % des universités. En outre, 47 % d’entre elles proposent des parcours diversifiés pour les étudiants en échec.

D’autres dispositifs sont moins bien diffusés. L’augmentation du volume horaire ne concerne qu’un petit tiers des établissements (32 %), de même que l’instauration d’un contrat pédagogique (30 %) ou l’augmentation de la part des TD en petits groupes par rapport aux cours magistraux (28 % seulement). Enfin, le point noir de la mise en œuvre du plan réussite en licence concerne les dispositifs pour les étudiants salariés, appliqués par une petite minorité (11 %) d’établissements selon le bilan de l’UNEF.

 
Un manque de cohésion nationale

 
"On constate de fortes disparités entre les universités, voire entre 2 UFR [unités de formation et de recherche] d’une même fac", indique Yannick Sabau, étudiant en droit à Cergy-Pontoise et membre du bureau national de l’UNEF. Prenant l’exemple de l’enseignant référent, le syndicat argumente que dans une université, sa mise en place ne concerne qu’une unité d’enseignement alors que dans une autre, il est réservé seulement aux étudiants en difficulté. "Nous souhaiterions un cadrage national et contraignant du plan", poursuit Yannick Sabau. Dans son bilan, l’UNEF explique ces disparités par un exemple. "Les demandes de financement s’échelonnent de 3,2 millions d’euros pour l’université Clermont 2 à 176.000 € pour Clermont 1. Malgré la proximité géographique, l’investissement de ces 2 établissements pour la réussite de leurs étudiants est très variable".

Autre critique du syndicat étudiant : l’absence de recrutement d’enseignants-chercheurs. "Fournir une enveloppe budgétaire pour la réussite des étudiants sans l’accompagner de recrutements, c’est comme arroser le sable !", tranche le représentant de l’UNEF. Pour le syndicat, le faible nombre d’établissements qui ont réduit la part des cours magistraux au profit des TD (28 %) s’explique ainsi par l’absence de recrutements de professeurs. Dans son bilan, l’UNEF cite l’exemple de l’université de Toulon. Dans son dossier "plan licence", les responsables de l’université toulonnaise écrivent que "faute de moyens suffisants, le dédoublement des cours magistraux a été supprimé, alors que ce dispositif avait permis d’obtenir des résultats positifs sur la réussite des étudiants".

 
Quelle place pour le sport et les activités associatives ?

 
De son côté, la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) souligne l’effort du gouvernement qui a apporté une "légère amélioration" en terme de réussite. "Le tutorat étudiant est en général très suivi, notamment dans les filières santé", observe Marie-Laure Ripoll, étudiante à Strasbourg et élue du syndicat au CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche). Pour le reste, les critiques rejoignent en partie celles de l’UNEF. "Chaque université, en vertu de son autonomie, alloue ces fonds comme elle l'entend", déclare Marie-Laure Ripoll. Une autre revendication de la FAGE porte sur la réorganisation du temps d’études et des plannings. "On pourrait se servir des fonds pour améliorer le temps "scolaire" avec l'aménagement d'une vraie pause le midi et réserver une demi-journée pour le sport, la culture ou les activités associatives", propose-t-il. À creuser…
Sommaire du dossier
Bilan plan licence à Reims : pari sur l’orientation Bilan plan licence à Brest : au secours des échoués de médecine Bilan plan licence à Paris 13 : une remise à niveau en français