Faire Sciences po vaut-il encore le coup ?

Vous êtes plus de 10.000, l’année de terminale, à préparer en parallèle les épreuves du bac et les concours d’entrée dans les IEP (instituts d’études politiques). À raison ? L’enseignement à Sciences po est-il si particulier ? Décryptage des atouts de cette filière et des alternatives qui peuvent s’offrir à vous.

Géraldine Dauvergne  —  Publié le

Escalier - Sciences po Saint-Germain-en-Laye. // © Marie-Anne NourryRentrée 2014 à Sciences po Saint-Germain-en-Laye, dernier-né des IEP. // © Marie-Anne Nourry.

C'est un jardin paysager, entre ville et forêt, bordé de grands bâtiments en meulière et en briques. L'ambiance est bucolique, le décor fleure bon le début du XXe siècle... Bienvenue à Sciences po Saint-Germain-en-Laye, dixième et dernier-né des IEP (institut d'études politiques), situé dans les Yvelines, à 25 kilomètres à peine de l'illustre institution parisienne de la rue Saint-Guillaume !

Les premiers étudiants savourent, depuis leur rentrée, le 10 septembre 2014, ce cadre privilégié (un site classé de la ville) mais aussi tous les équipements modernes dignes d'une grande école. Une vingtaine de salles de classe spacieuses munies de hautes fenêtres, dans des espaces rénovés, des salles de lecture et de travail intimistes, un mur d'escalade dans un gymnase tout neuf, une bibliothèque – en plus de celle de l'ancien IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) – abritant près de 3.000 ouvrages spécialisés et surmontée d'une mezzanine donnant accès aux ressources numériques de la bibliothèque de l'université de Cergy-Pontoise (95)...

Lire notre reportage : Sciences po Saint-Germain-en-Laye fait sa première rentrée.

Côté cours : pluridisciplinaires, pour bien s'orienter

"Sciences po Saint-Germain, c'était mon premier choix ! C'est une alternative formidable à l'institut parisien ! Cela m'a permis de rester en Île-de-France, bien que j'aie échoué, l'année de mon bac, au concours d'entrée à Paris ; et, donc, je ne pouvais plus le repasser", témoigne Gabriel Karoubi, 19 ans, originaire du Val-de-Marne. Il fait partie des 82 premières recrues et il est plus que ravi d'être parmi les pionniers qui vont créer les premières associations étudiantes emblématiques de l'esprit "Sciences po".

"C'est la forte demande des lycéens pour la ‘filière Sciences po’, depuis une décennie, qui est à l'origine de la création de ce dixième IEP, explique Céline Braconnier, directrice du site de Saint-Germain-en-Laye. Cette très forte attractivité est due au format pluridisciplinaire, sur cinq ans, qui donne du temps pour s'orienter et un cadre rassurant aux étudiants."

Le choix de Sciences po apparaît comme l'opposé d'une conception utilitariste des études. Quel que soit l'IEP qu'il intègre, l'étudiant trouve les mêmes repères. C'est-à-dire un concours d'entrée exigeant, des droits de scolarité calculés selon les ressources de la famille et un cursus construit de façon identique : deux années de tronc commun généralistes et pluridisciplinaires, une troisième année de mobilité internationale obligatoire et un cycle master tourné vers la spécialisation et la professionnalisation et qui s'achève sur un stage long en entreprise.

Quant à l'enseignement, il repose sur les cinq grandes disciplines des sciences so­ciales : le droit, l'économie, l'histoire, la science politique et la sociologie. "On voyage, on fait des stages, on est membre d'associations étudiantes, politiques, culturelles, expose Pierre Mathiot, directeur de l'IEP de Lille (59). Les études à Sciences po font mûrir et grandir les étudiants. Elles donnent une culture civique avant même d'être rentables."

Côté sous : cinq ans qui ont un coût

Une rentabilité à venir qui passe d'abord par un investissement financier parfois important. Avant même le concours, les parents doivent, le plus souvent, mettre la main au porte-monnaie afin de financer une classe préparatoire qui permettra peut-être de mettre toutes les chances du côté du jeune candidat.

À lire : Concours Sciences po : intensive ou à l'année, quelle prépa pour moi ?

Une fois admis, il faudra, éventuellement, prévoir un budget pour le logement, en sus des frais de scolarité. Comme dans tout établissement public d'enseignement supérieur, les boursiers sont exonérés des frais d'inscription. Pour les autres étudiants, les tarifs sont modulés en fonction des revenus des parents. Le coût des études varie, en premier cycle, selon les IEP, de 800 à... 9.800 € l'année. En master, la facture peut encore grimper.

De 0 à 13.700 € l'année d'études
Les droits de scolarité dans tous les IEP sont gratuits pour les boursiers. En revanche, ces droits sont progressifs et calculés sur la base des revenus du foyer fiscal des parents pour les non-boursiers. Seuls deux IEP appliquent encore le même régime à tous les non-boursiers : Aix-en-Provence (800 € par an) et Grenoble (de 1.100 à 1.300 € par an). Dans les huit autres IEP, la fourchette des coûts varie énormément selon les établissements, le niveau d'études et les revenus de la famille. Ils vont de 200 à 6.615 € par an dans les IEP de région. À Paris, au niveau Bachelor, ils s'étalent de 0 à 9.800 € l'année et atteignent 13.700 € par an en master, pour les étudiants issus des familles les plus aisées.


Les directeurs des IEP défendent le principe d'échelonnement des frais de scolarité, qu'ils jugent équitable. "Le montant acquitté par les familles est proportionnel à leur capacité contributive, explique Frédéric Mion, directeur de Sciences po Paris. Nous pouvons ainsi mettre en place un système très généreux de redistribution sociale. Tout boursier de l'État, à Sciences po, en plus de l'exonération des droits d'inscription, perçoit un complément financier équivalant à 75 % du montant de sa bourse ! Nous avons, cette année, 30 % d'étudiants concernés, un taux supérieur à celui des grandes écoles, et même des grandes universités parisiennes."

À l'Institut de Lille, les droits de scolarité atteignent 3.200 € par an pour les familles dont les revenus sont les plus élevés, c'est-à-dire "les foyers disposant d'un revenu mensuel net d'au moins 7.000 €, avec deux enfants à charge", précise Pierre Mathiot. Le directeur de Sciences po Lille souligne aussi que le bénéfice de ces droits payants sert à financer des bourses, notamment celles qui sont destinées à la mobilité internationale (troisième année du cursus), attribuées en fonction de critères sociaux et du coût de la vie sur le lieu de destination. Il n'empêche que cette année de mobilité à l'étranger qui occasionne, généralement, des frais annexes (entre autres, transport, logement) demeure à la charge des familles. Et l'addition calculée sur cinq ans peut donner à réfléchir...

À lire aussi : À quoi mène vraiment Sciences po

Côté sélectivité : un peu moins de candidats ces dernières années

Depuis peu, les IEP enregistrent une légère baisse du nombre de candidats au concours d'entrée. À Sciences po Paris, ce chiffre est un peu redescendu en 2014, après avoir atteint un pic en 2013 (6.095 inscrits, pour 770 admis). "La sélectivité reste cependant très forte", tempère Frédéric Mion. Même constat pour les sept IEP du concours commun – Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse et, depuis cette année, Saint-Germain-en-Laye : il y avait plus de 11.500 candidats en 2012, pour un millier de places offertes. Un chiffre descendu à 8.955 en 2013, puis à 8.800 en 2014.

Un tassement qu'il faut relativiser, selon Pierre Mathiot : "Nous partions de tellement haut ! Sans doute notre tendance à communiquer fièrement sur l'extrême sélectivité de nos établissements a-t-elle provoqué un effet d'autocensure chez les candidats. Il ne faut pas négliger non plus ce que représente en termes financiers l'inscription au concours (180 € pour les non-boursiers, 60 € pour les boursiers). Sciences po se mérite, certes, et mieux vaut s'y préparer. Mais nos concours restent accessibles aux étudiants travailleurs et curieux." Avec le risque de ne pas avoir de place ? Seuls 12 % des candidats sont admis définitivement à Paris, et 11 %, aux IEP du concours commun. De quoi être tenté de chercher d'autres formations, moins sélectives et moins coûteuses...

À lire aussi :
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Côté alternatives : prépas, ESC, facs de droit…

Les filières à succès concurrençant les IEP ne manquent pas. Les classes préparatoires et les  grandes écoles de commerce se veulent tout aussi pluridisciplinaires et arguent d'une même renommée. Elles jouent la carte de l'international et défient Sciences po pour la formation de spécialistes de la fusion-acquisition, de l'analyse financière, du conseil ou de la communication. L'école de droit de Sciences po, qui ac­cueille actuellement 400 étudiants et forme des juristes de haut niveau, rivalise avec les facultés de droit traditionnelles, qui restent cependant moins sélectives et moins chères. Les écoles de journalisme, toujours aussi recherchées, sont une alternative sérieuse aux formations d'IEP.

Séverin, étudiant en troisième année à Sciences po Strasbourg, a bien envisagé d'autres options que Sciences po. "Au début de ma terminale, je pensais aller à l'université ou en classe prépa. Je me suis finalement rendu compte que faire Sciences po, c'était un moyen de retarder les choix de spécialisation que j'aurais à faire au bout des deux ans de prépa. Quant à m'inscrire tout de suite en fac de droit, c'était pour moi prématuré. Il aurait fallu que je me décide : éco-gestion, histoire ou langues ? Ceux qui entrent à la fac directement après le bac ne savent pas s'ils vont aimer le droit ! À Sciences po, il n'y a pas ce risque : si vous n'aimez pas le droit, vous pourrez vous épanouir dans autre chose."

La vraie concurrence, les doubles licences ?

Cette problématique du choix précoce dans une filière, les universités la contournent depuis peu avec des doubles licences ou des bilicences "très bien conçues", de l'aveu même du directeur de l'IEP de Lille. Droit-langue, histoire-sciences politiques, histoire-droit ou même droit-histoire de l'art : l'université Paris 1 en tête, mais aussi Lille 2, Lyon 3, Montpellier, Paris-Ouest ou Toulouse ont développé ces cursus bidisciplinaires, s'emparant ainsi des disciplines de prédilection des IEP (parfois même en partenariat avec eux). "De telles formations peuvent séduire le public potentiel de Sciences po, observe Pierre Mathiot, c'est-à-dire de bons élèves, curieux et attirés par les sciences sociales. Ce sont peut-être des candidats en moins pour les IEP ?"

À lire : notre dossier "Bilicence à la fac : un cursus d'excellence pour deux fois plus de compétences"

D'autant que ces bilicences – dont le tarif ne dépasse pas 300 € par an – sélectionnent, elles aussi, leurs recrues, privilégiant les petits effectifs de bacheliers avec mention. "Le rythme intense des études ne permet pas de rattraper les éventuelles faiblesses des étudiants", peut-on lire sur le site Internet de la licence droit-économie de l'université Paris 1. "Il est donc indispensable de maîtriser la méthode de la dissertation tout en ayant un excellent niveau en maths. De ce fait, des bacheliers S ou ES spécialité maths avec mention bien doivent de plus avoir obtenu respectivement 12/20 (S) ou 14/20 (ES) en maths. Sont également requises des notes supérieures à 12/20 dans les matières littéraires (français, histoire, géographie, philosophie...)." Un étudiant averti en vaut deux, au moment de faire ses vœux !

IEP : Les dates des concours
Aix, Lille, Lyon, Rennes, Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg, Toulouse (concours commun) : 30 mai 2015.
Bordeaux : 25 avril 2015.
Grenoble : 16 mai 2015.
Paris (épreuves d'admissibilité) : 21 et 22 février 2015.

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POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Préparer l'examen d'entrée à Sciences po : cahier d'exercices", par Éric Cobast.

Géraldine Dauvergne

 

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