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Décryptage

Sciences po revoit sa procédure d'entrée en master pour attirer des profils "moins littéraires"

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L'institution de la rue Saint-Guillaume choisira dorénavant les candidats à l'ensemble de ses masters sur dossier. // © Gilles Rolle/REA
L'institution de la rue Saint-Guillaume choisira dorénavant les candidats à l'ensemble de ses masters sur dossier. // © Gilles Rolle/REA

Finie l'épreuve écrite. Sciences po Paris sélectionnera ses futurs étudiants en master sur dossier. L'école veut diversifier son recrutement en ouvrant ses bancs à des candidats issus de filières "moins littéraires", mais aussi d'origine sociale plus modeste, qui pouvaient se sentir "intimidés" par l'épreuve.

Il n'y aura plus d'épreuve écrite pour intégrer les masters de Sciences po Paris. Le 26 juin 2017, l'institution de la rue Saint-Guillaume a annoncé une réforme de sa procédure d'admission pour les candidats ayant validé trois années d'études supérieures. Cette évolution touche la totalité des sept écoles qu'elle abrite, de celle d'affaires publiques à celle de journalisme, et s'applique aux candidats issus de l'enseignement supérieur français.

Elle ne concerne pas les IEP (instituts d'études politiques) de province.

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Place au dossier de candidature

Dispensés d'épreuve écrite, les candidats seront, dès la rentrée 2018, sélectionnés sur la base de leur dossier. "La phase d'admissibilité repose désormais sur le dossier de candidature évalué par deux examinateurs qui apprécient le niveau académique du candidat, la richesse du parcours et l'adéquation entre le projet professionnel et la formation visée", a fait savoir l'IEP de Paris par voie de communiqué de presse. Après quoi, les étudiants admissibles seront conviés à un entretien individuel face à un jury.

Avec cette refonte, les candidats ne recevront plus une, mais deux appréciations notées qui leur seront décernées par deux universitaires, puis seront examinées par le jury. "Ce double regard permet de garantir le niveau attendu par Sciences po pour l'ensemble de ses écoles", souligne l'institution.

Plus original, il sera demandé au candidat de joindre à son dossier "un devoir écrit et noté" rendu pendant son cursus dans l'enseignement supérieur.

Ouvrir l'IEP aux profils "moins littéraires"

Grâce à cette réforme, l'école espère "diversifier le vivier des étudiants admis" en recrutant au-delà des profils types qui frappent d'ordinaire à sa porte. Elle se veut "plus accueillante pour des candidats aux profils moins littéraires mais tout aussi excellents, qui pouvaient se sentir pénalisés par l'épreuve écrite", notamment ceux venant des sciences de l'ingénieur et des sciences dures. Quel type de copie les étudiants de filières scientifiques vont-ils glisser dans leur dossier de candidature ?

Plus de diversité sociale ?

Il est aussi question d'ouvrir les portes de l'école à plus de diversité sociale. "Nous cherchons à attirer des candidats" aux profils variés sur le plan "géographique, social, du parcours, etc.", explique-t-on à Sciences po. En dépit du lancement de ses "conventions ZEP" en 2001, l'institution est toujours critiquée pour l'homogénéité sociale de ses élèves. Elle fait valoir "l'autocensure" de certains étudiants qui ne se sentent pas légitimes à postuler, observant : "La suppression de l'examen permettra très vraisemblablement d'attirer des candidats que sa nature même pouvait 'intimider'."

Lire aussi : Sciences po : 15 ans après, que sont devenus les étudiants "conventions ZEP" ?

Une évolution qui s'inscrit dans le droit fil de la politique de Frédéric Mion, le directeur depuis 2013. Le successeur de Richard Descoings (qui avait dirigé l'IEP pendant seize ans) a fait de l'élargissement de l'éventail des profils et de l'égalité des chances son cheval de bataille.