1. Brexit : ce qui va changer pour la mobilité étudiante
Décryptage

Brexit : ce qui va changer pour la mobilité étudiante

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L'université de Cambridge est l'un des établissement les plus sélectifs du Royaume-Uni. // © Sophie de Tarlé
L'université de Cambridge est l'un des établissement les plus sélectifs du Royaume-Uni. // © Sophie de Tarlé

Jeudi 23 juin 2016, les Britanniques se sont prononcés en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Arrêt du programme Erasmus+, obtention de visas plus difficile, coût des études plus élevé… Partir étudier en Grande-Bretagne va sans doute se révéler plus complexe dans les prochaines années.

Fin du suspense. Après plusieurs semaines de débats houleux et passionnés, le Royaume-Uni va donc bel et bien sortir de l'Union européenne. Approuvé par une majorité des suffrages lors du référendum du 23 juin 2016, le "Brexit" va avoir, au cours des prochaines années, des répercussions en cascade dans de nombreux secteurs. L'enseignement supérieur n'y échappera pas.

Pas d'inquiétude pour la rentrée 2016

Pour l'heure, il est encore difficile de dresser une liste exhaustive des conséquences qui concerneront directement les étudiants. Une chose est sûre : les jeunes ayant envisagé de partir étudier au Royaume-Uni à la rentrée 2016 ne seront pas concernés par le "Brexit". Cette décision de quitter l'Union doit être encore notifiée par le gouvernement britannique au Conseil européen. Elle donnera lieu ensuite à des négociations avec les instances européennes. Négociations qui pourraient durer plusieurs années.
"Ce type de discussions prend en moyenne cinq ans, analyse Jean-Luc Sauron, professeur associé de droit européen à l'université Paris-Dauphine. Et tant qu'aucune signature ne consacre le Brexit, le Royaume-Uni reste un membre à part entière de l'Union européenne."

Erasmus + : vers un statut spécial pour le pays ?

Selon les chiffres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le Royaume-Uni est le troisième pays du monde où la part d'étudiants en mobilité internationale est la plus élevée.
Du côté des jeunes Français, il est même la première destination dans le cadre du programme d'échanges européen Erasmus+. En 2012-2013, 19,3 % des étudiants "Erasmus" avaient choisi le Royaume-Uni, avant l'Espagne (18,8%).
Avec le Brexit, les établissements du pays ne seraient plus éligibles aux bourses de mobilité (entrante et sortante) du programme européen. À charge donc au Royaume-Uni de négocier directement avec l'Union européenne pour décrocher un statut spécial, comme c'est aujourd'hui le cas pour la Norvège ou la Suisse.

Une obtention de visa plus complexe

Le flou reste complet concernant la politique de visas et de permis de séjour pour les Européens étudiant ou vivant aux Royaume-Uni. Aujourd'hui, les étudiants français n'ont pas besoin d'un visa pour se rendre Outre-Manche. Le Brexit pourrait mettre fin à ce principe.
Pour autant, le Royaume-Uni irait-il jusqu'à instaurer un visa pour les étudiants issus de l'Union européenne ? "C'est une option envisageable, dans la mesure où les tenants du Brexit agitent la menace d'un contrôle aux frontières", estime Jean-Luc Sauron.

Les droits de scolarité revus à la hausse

De la même manière, le Brexit pourrait avoir un effet sur le montant des droits d'inscription déboursés par les nombreux étudiants français ou ressortissants européens présents sur les bancs des universités britanniques.
Aujourd'hui, en tant que membres de l'Union européenne, ils paient les mêmes frais de scolarité que leurs camarades britanniques. S'ils deviennent "étudiants internationaux", les frais exigés pourraient être revus largement à la hausse, par les universités, libres de fixer leurs propres montants depuis 2012.

Une reconnaissance des diplômes non garantie

Enfin, le système universitaire européen assure une reconnaissance automatique des diplômes de ses 28 membres. Par exemple, un Français qui aurait décroché un diplôme d'infirmier en Angleterre est libre aujourd'hui d'exercer dans les 27 autres pays membres, y compris la France. "Demain, sauf accord bilatéral entre pays, ce ne ne sera plus possible", ajoute Jean-Luc Sauron.

Frank Bournois, directeur d'ESCP Europe, ne croit pas à ce scénario et se veut rassurant: "La Grande-Bretagne signera des accords bilatéraux avec les Etats membres de l'Union afin de maintenir des frais de scolarité préférentiels et des conditions d'accès facilitées en termes de visas. Le pays n'a pas les moyens de se priver de ces milliers d'étudiants internationaux !"