1. Ma vie d’étudiante à Cambridge : Marion, doctorante en chimie
Portrait

Ma vie d’étudiante à Cambridge : Marion, doctorante en chimie

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Marion est désormais capitaine de l'équipe d'aviron de son College. // © TakeaPuntCam
Marion est désormais capitaine de l'équipe d'aviron de son College. // © TakeaPuntCam

Après avoir décroché son diplôme d’ingénieur à l’ESPCI, Marion, 24 ans, a choisi Cambridge pour faire un master recherche en chimie. Elle s’y est tellement plu qu’elle a décidé d’y poursuivre sa thèse… et de participer à des compétitions d’aviron.

“J’ai candidaté pour un Master of Philosophy (master de recherche) à Cambridge, au Royaume-Uni, sans trop y croire, avoue Marion, doctorante en chimie de 24 ans. J’avais aussi postulé à Londres et dans deux autres Colleges, mais finalement j’ai été prise au Darwin’s College de Cambridge, mon premier choix.

Do you speak english ?

Sa plus grosse inquiétude ? “Être recalée à cause de l’anglais, se souvient Marion. Mon niveau était vraiment bas quand je suis entrée à l’ESPCI, mon école d’ingénieurs. Alors j’ai travaillé trois étés d’affilée comme monitrice dans une ferme équestre près d’Édimbourg, puis j’ai fait un stage de 6 mois chez Michelin aux États-Unis. Ça m’a fait vraiment progresser !” explique la jeune femme, qui a passé avec succès le test IELTS.

Pas de cours, mais beaucoup de recherches

Le système universitaire britannique est très différent de son pendant français. “En master recherche, on n’a pas de cours en amphi. Nous faisons des recherches en laboratoire et nous expliquons nos résultats dans des dissertations, même si ce sont des matières scientifiques.” 

En thèse, les doctorants ont 2 ans au maximum pour publier leur premier article, puis on attend d’eux une publication par an. “J’ai publié mon premier article il y a 6 mois : 9 pages et 84 pages d’annexes, précise Marion. Ma mère était super fière, elle a voulu que je le lui envoie même si elle ne parle pas anglais et ne comprend rien en chimie !”

La doctorante reconnaît que la pression est beaucoup plus importante qu’en France : “Mon directeur de thèse est très connu dans son domaine et ne veut publier que dans les trois meilleures revues mondiales. Si l'article n'est pas accepté, on doit attendre d’avoir plus de résultats pour publier.” 

La jeune femme vient au labo du lundi au vendredi, de 9 h à 19 h environ, mais il n’est pas rare que des étudiants s'y rendent aussi le week-end pour avoir plus de résultats.

Brexit et autres débats au pub

Un rythme soutenu entrecoupé de bons moments : “Tous les jeudis soir, on se retrouve au pub pour boire une bière entre postgraduates. On a des conversations souvent très intéressantes, d’autant qu’on vient de disciplines aussi variées que l’économie, la physique, la musique ou la psychologie. J’ai d’ailleurs rencontré mon copain ici, il est tchèque et finira sa thèse en économie l’an prochain.”

En ce moment, le grand débat porte sur le Brexit. “Beaucoup de mes amis anglais pensent que le Royaume-Uni doit sortir de l’Union européenne, à l'exception des étudiants scientifiques, persuadés que ce serait une très mauvaise chose car c’est l’UE qui finance toute la recherche.”

Le College Darwin vu depuis la rivière Cam, qui s'écoule entre les différents Colleges de Cambridge.

Des loyers élevés

Côté budget étudiant, ce sont surtout les loyers qui pèsent lourd. En tant qu’étudiante en master, Marion était logée par le College pour un loyer de 120 £ par semaine, soit environ 625 € par mois. 

En thèse, elle a dû chercher une autre solution. Elle a eu la chance de décrocher la bourse européenne de recherche Marie Curie : une fois les taxes anglaises et les frais de scolarité déduits, elle gagne, net, environ 1.700 £ par mois (2.140 €). Grâce à ce salaire - Marion est considérée comme une employée de l'université -, elle loue avec deux autres étudiants une maison individuelle privée pour 2.000 £ par mois (2.500 €)

Une vie en colocation qui se passe plutôt bien : “Ma coloc allemande est maniaque et gère tout le planning du ménage, la maison est nickel !” s’amuse Marion.

Pour les formal dinners dans la grande salle du College, la cape est obligatoire !

Une cape pour les “Formal Dinners”

Autre source de dépense : la nourriture. La doctorante s’offre un petit restau deux fois par semaine, pour 8 £ (10 €) “soit dans un pub, soit dans les asiatiques. Il y a aussi un restaurant français que tout le monde trouve bien… sauf les Français !”

Deuxième option : les “Formal Dinners” dans la grande salle du College, pour lesquels Marion doit revêtir sa cape, achetée en “second hand” (d’occasion) pour 60 £ (75 €). “Mais je ne sais pas combien de “second hands” elle a vues avant moi !” plaisante la jeune fille. Comme dans “Harry Potter”, il faut attendre que le Master du College (équivalent du directeur) ou le Fellow (enseignant-chercheur) le plus "ancien" dans le college ait récité la prière en latin avant de pouvoir s’asseoir et savourer le dîner. 

“Mieux vaut aimer les patates, précise Marion. On en mange sous toutes les formes : à l’eau, rôties, en purée, frites…” Ce qui lui manque le plus à Cambridge ? “Le saucisson… et les Chocapic, on n’en trouve pas ici !” soupire-t-elle.

Des compétitions d'aviron assez musclées ont lieu chaque année entre les équipes des différents Colleges.

Du rugby à l’aviron

Sur les campus, l’offre de pratiques sportives est très large. Marion a commencé par faire du rugby. “Mais en raison de problèmes à la cheville, j’ai dû arrêter et je me suis mise à l’aviron. Je suis devenue accro : je suis capitaine de l’équipe de mon College et je m’entraîne très souvent, même si je dois me lever à 5 h 45 du matin pour ça !” Cela demande une bonne dose de motivation, surtout lorsqu’il pleut, qu’il grêle, ou qu’il fait nuit.

Marion rentre rarement à Souffelweyersheim, en Alsace, où sont installés ses parents. “Je n’ai que 5 semaines de vacances, alors je rentre 15 jours à Noël. Et j’aime bien me faire des week-ends à Londres, à Édimbourg…” 

La jeune femme a un emploi du temps chargé, au point d'oublier de contacter ses proches en France. “Quand elle commence vraiment à s'inquiéter, ma mère m’appelle par Skype. La dernière fois, ça faisait 1 mois que je n’avais pas donné de nouvelles”, grimace-t-elle, penaude. 

L’avantage de retrouver son pays d’origine : l’accès aux soins. “À Cambridge, les médecins ont la même ordonnance pour tout : repos et ibuprofène, qu’on ait un rhume, une grippe ou une angine.” Mieux vaut partir vacciné et en bonne santé !

Tips

Pour postuler aux formations Undergraduate (niveau licence) des universités du Royaume-Uni, constituez un dossier unique sur le site Ucas. Pour les formations Postgraduate (master et plus), postulez directement via le site de l'université souhaitée. 

Anglais : un bon niveau d'anglais est exigé. Dès la seconde (en section européenne et filière pro), vous pouvez passer l'examen d'anglais Cambridge English Certificate, puis pour l'entrée à l'université l'examen de niveau supérieur Cambridge English Advanced, ou les tests IELTS ou TOEFL.

L'enseignement est très différent du système français. Moins de cours, plus de recherches supervisées en petit groupe et de dissertations à rendre. Les Undergraduates ont des trimestres très courts : 8 semaines de cours, puis 6 semaines de vacances.

L'université de Cambridge est la deuxième plus ancienne, après Oxford : elle a été fondée en 1209. Elle compte plus de 20.000 étudiants (20 % de la population de la ville) répartis dans 31 Colleges, dont les plus célèbres sont Trinity College, King's College et St John's College. 

Tous à vélo ! À Cambridge, les Colleges interdisent en général aux étudiants d'avoir une voiture – la plupart se déplacent donc à vélo. La ville étant petite et plutôt plate, c'est le moyen de transport idéal, même s'il est possible aussi de prendre le bus pour 1,70 £.

Une activité incontournable : le punting sur la rivière Cam. Les “punts” sont des barques plates dirigées par un batelier (souvent étudiant) muni d'une perche, qui promène amoureux, étudiants et touristes le long des Colleges. 

Sorties : d'après les étudiants étrangers qui y vivent, Cambridge est une ville où l'on se sent en sécurité. Les étudiants sortent généralement dans les pubs à partir de 18 h (la plupart ferment vers 2 h).