1. Ma vie d'étudiante à Moscou : Albertine, en troisième année à Sciences po
Portrait

Ma vie d'étudiante à Moscou : Albertine, en troisième année à Sciences po

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Albertine est partie faire sa troisième année de Sciences po en Russie alors qu'elle ne maîtrisait que quelques rudiments de la langue. // © Maria Pleshkova/ HansLucas pour l'Etudiant
Albertine est partie faire sa troisième année de Sciences po en Russie alors qu'elle ne maîtrisait que quelques rudiments de la langue. // © Maria Pleshkova/ HansLucas pour l'Etudiant

Albertine a choisi l’ancienne cité des tsars pour sa troisième année à Sciences po. À l’Institut d’État des relations internationales de Moscou, elle met tout en œuvre pour repartir en parfaite russisante.

Quand on demande à Albertine, 20 ans, ce qui l'a poussée à partir à Moscou pendant un an, avec quelques rudiments de russe dans ses bagages, elle évoque spontanément la guerre froide. "C'est une période de l'histoire que j'ai étudiée à plusieurs reprises et qui, chaque fois, m'a intéressée. J'ai un peu hésité avec les États-Unis pour ma troisième année à Sciences po, mais il m'a semblé plus judicieux de mettre en pratique le russe, que j'étudie depuis l'année dernière."

Des cours en petits groupes

Débarquer à Moscou sans parler russe n'est pas une tâche facile. À MGIMO, l'Institut d'État des relations internationales de Moscou, Albertine est inscrite à neuf cours de langue. "Nous sommes répartis en petits groupes, et les enseignants ont chacun une spécialité : grammaire, traduction, lecture de journaux, expression orale... C'est génial ! "

En Russie, ni appel ni pénalités

L'étudiante assiste également à trois cours en anglais sur les relations internationales et à un cours en russe sur la diplomatie énergétique. "Je n'arrive pas à suivre, l'objectif est de me former l'oreille." Elle totalise vingt heures d'enseignement par semaine, ce qui est plutôt élevé pour un échange international. "L'accent est mis sur l'autonomie, précise-t-elle. À Sciences po, les absences sont très réglementées, tandis qu'en Russie, il n'y a ni appel ni pénalités." Le mode d'évaluation, fondé sur des questionnaires, l'a cependant déroutée. "Les professeurs attendent de notre part du descriptif, de la restitution de connaissances, plus que de l'analyse. Cela change de Sciences po, où l'esprit critique est constamment sollicité."
En Russie, tous les étudiants se voient attribuer une place en résidence universitaire. Un point de chute rassurant quand on ne maîtrise pas la langue. Albertine partage une chambre de 13 mètres carrés avec une étudiante tchécoslovaque. "Elle est bilingue russe, mais on se parle en anglais." Enfant unique, elle confie être volontairement sortie de sa zone de confort. "C'est un peu déstabilisant au départ, mais il me semblait important de vivre comme la majorité des étudiants russes."

Être Français est un atout. Les Russes aiment notre pays.

Une immersion totale dans la vie moscovite

Le campus de MGIMO se situe en banlieue, à cinquante minutes de la place Rouge. "Nous sommes sur la ligne rouge du métro, qui dessert directement le centre-ville. C'est un avantage."
Albertine ne se lasse pas de visiter la ville, qu'elle juge "assez froide", comme son climat. "On sent chez les Russes une méfiance naturelle de l'autre, probablement due au fait qu'ils ont vécu dans la crainte d'être dénoncés par leur voisin, durant les années Staline." Être Français est toutefois un atout. "Les Russes aiment notre pays. Il y a plus d'étudiants qui parlent français que d'étudiants anglophones à MGIMO."

L'aventure sibérienne

Pour pousser l'expérience jusqu'aux confins du pays, Albertine s'est lancée, avec une amie, dans un périple d'un mois à bord du Transsibérien. "On a voyagé en troisième classe, où il n'y a que des lits superposés. Il nous arrivait de passer deux jours dans le train sans faire de halte, l'occasion de partager avec les gens." Les voyageurs se sont d'abord montrés froids, mais en insistant, les deux amies ont réussi à briser la glace. "Ils sont devenus adorables et nous ont offert leurs spécialités russes."
Le clou du voyage a été l'arrivée sur l'île d'Olkhon, la plus grande du lac Baïkal, pour la fête de la Théophanie [Épiphanie]. "Nous avons accompagné des Sibériens sur le lac gelé où ils ont plongé leur tête dans l'eau glacée, comme le veut la tradition. C'était magnifique." Les températures, depuis, ont commencé à remonter à Moscou. La chaleur donnera un nouveau goût aux derniers mois d'immersion d'Albertine.

Avant de partir…

- N’attendez pas la dernière minute pour vous procurer un visa d’études : vous devez présenter plusieurs documents : une lettre d’invitation de l’université qui vous accueille – elle peut mettre huit semaines à arriver –, votre passeport, le formulaire de demande de visa rempli, une photo d’identité récente, l’original d’une police d’assurance médicale et un test VIH négatif datant de moins de trois mois. Coût : 70 €.

- Souscrivez au programme d’assurance de votre ville d’accueil : cette assurance est obligatoire pour obtenir la carte de séjour. Coût : de 80 à 200 € selon la ville.

- Testez votre niveau en russe : le test officiel est le TRKI ou TORFL en anglais

(Test of Russian as a Foreign Language). Le niveau 1 (il existe quatre niveaux) peut être demandé pour entrer à l’université.

Sur place…

Argent
1 € = 75 roubles. Le cours du rouble varie, ce qui peut influer sur le pouvoir d'achat.

Trajet
Quatre heures séparent Paris de Moscou. Le tarif de l'aller-retour tourne autour de 450 € avec Air France, 200 € avec des compagnies low cost.
Deux heures de décalage horaire en hiver, une heure en été.

Se loger
Une chambre en résidence (le plus souvent partagée) est attribuée d'office par l'université d'accueil. Compter en moyenne 130 € par mois.
Trouver un appartement en colocation à Moscou est possible, mais le prix est plus élevé – environ 500 €.
cian.ru : ce site en russe propose des filtres (distance au métro, trajet, etc.) pour trier les annonces immobilières.
Sur Facebook, le groupe Roommatemoscow permet d'organiser une colocation.

Se déplacer
Le métro russe est considéré comme le plus beau du monde. Il est rapide, mais les stations sont éloignées les unes des autres : compter trente minutes de marche entre elles, sauf en centre-ville. Moins de 1 € le ticket.
Tarif dégressif avec la carte rechargeable Troïka : 30 roubles le ticket.

Bons plans
- Vkontakte : ce réseau social est l'équivalent de Facebook, tout en russe.
Russia beyond the headlines : site d'informations sur la Russie, avec des articles traduits en français.