DOSSIER : ALCOOL, VIOLENCE, CANNABIS… LE MALAISE DES LYCÉENS

Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.

Des ateliers théâtre au lycée pour faire tomber les préjugés

Salima a la pression. Ce sont ses propres copines qui la lui mettent. Parce qu’elles l’ont vue accompagnée d’un "gars avec une calvitie". "C’est pas une calvitie, c’est la kipa qu’il a sur la tête, a-t-elle rétorqué. Il porte ça parce qu’il est juif." "Tu sors avec un feuj ? Mais t’es folle ! s’emportent les autres. Pourquoi tu l’as caché ? T’as honte ?" Cette scène, Douae, Hawa et Rima, 19 ans toutes les 3, l’ont apprise par cœur, répétée 100 fois. Elles l’ont jouée sur scène devant leurs parents, les professeurs et les élèves du lycée Robert-Doisneau à Corbeil-Essonnes (91), dans le sud de la banlieue parisienne. Elles étaient en bac professionnel secrétariat. C’était en 2006. Mais cette pièce dans laquelle Salima tombe amoureuse de David, elles ne sont pas prêtes de l’oublier.

"En venant à l’atelier théâtre, on voulait raconter tout ce qu’on vit au quotidien"

Ce sont elles qui ont voulu raconter cette histoire, "faire passer un message avec leurs mots". "En venant à l’atelier théâtre, on ne voulait pas faire du “Bourgeois gentilhomme”, explique Douae. On voulait raconter tout ce qu’on vit au quotidien. Comment le mélange se fait pas trop entre juifs et musulmans, surtout au niveau des familles."
Près de 2.500 élèves se côtoient parfois difficilement dans cet établissement classé ZEP (Zone d’éducation prioritaire), fait de grandes barres de béton. De l’autre côté de la route, la cité des Tarterêts et ses immenses tours jaunâtres, où vivent les 3 copines. Le metteur en scène, Joëlle Charvenet, a tout de suite dit banco. "Au début, il y avait d’un côté les jeunes filles noires et les Arabes, de l’autre les Blanches. Et puis au fur et à mesure de l’année, elles se sont mélangées. Elles étaient dans la même classe, mais ne se fréquentaient pas. Elles ont appris à sortir de leur monde."

theatre eleves atelier
Elles luttent contre le racisme. C'est pour raconter ce qu'elles vivaient au quotidien, comme l'absence de mélange entre juifs et musulmans, que Douae, Hawa et Rima ont poussé la porte de l'atelier théâtre de Joëlle Charvenet, au lycée de Corbeil-Essonnes. Résultat : une pièce contant l'histoire de Salima amoureuse de David, qu'elles ont jouée devant leurs parents et tout leur lycée.

"Le théâtre, ça m’a aidée à changer !"

En remontant sur la scène rouge du petit théâtre du lycée, ce samedi de janvier, Douae, Hawa et Rima mesurent effectivement le chemin parcouru. "Le théâtre à Doisneau, ça m’a ouvert l’esprit par rapport aux religions, aux relations avec les autres, explique Hawa, aujourd’hui en licence de langues à la fac d’Évry (91). Avant la pièce, on ne connaissait pas de juifs dans le lycée. Ils n’osaient pas le dire. Les juifs ont une mauvaise image, c’est plus facile de dire qu’on est musulman." Rima reconnaît elle aussi que la pièce "l’a aidée à changer". "J’ai appris à ne pas chercher le “bon garçon” musulman, parfait pour mes parents. Il peut être noir, blanc, juif ou musulman, c’est par rapport à l’amour que c’est important."
L’année d’après, elles ont écrit et monté "la Jeune Fille de la tour", qui raconte les relations compliquées entre les jeunes filles des cités et leurs grands frères. Aujourd’hui, elles continuent le théâtre avec leur metteur en scène. On leur a souvent dit que "c’est un truc ridicule, un truc de bourges". Elles "s’en foutent". Vendredi prochain, elles monteront sur les planches à Paris. Grâce à leur lycée. Et aujourd’hui, elles lui disent "merci".

Camille Neveux
Crédit photo : DR
Février 2010

Partagez et donnez votre avis sur nos forums :
Quelles violences au lycée et quels remèdes selon vous ?

En savoir plus :
Le droit de retrait des enseignants de lycée est-il abusif ? Le point de vue d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant.

"Quatre journées “ordinaires” de violences à l’école. Juste des faits", sur le blog d'Emmanuel Davidenkoff.

Consultez "Les cahiers de doléances des lycées" pour améliorer le lycée.

Des établissements se bougent : découvrez leurs initiatives pour lutter contre l’échec scolaire

Les mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale pour la sécurité à l'école.

Sommaire du dossier
en savoir
En ce moment sur letudiant.fr
Etudes, formations et établissements
Les études par spécialité
Tous les secteurs
Etudes, formations et établissements

Trouver une formation

Annuaire de l'enseignement supérieur

Recherche express
Nom de la formation ou de l'établissement...

Annuaire de l'alternance

Recherche express
Nom de la formation ou de l'établissement...

Les palmarès de l'Etudiant

Les études par spécialité

Publicité

Les écoles se présentent

Voir toutes les fiches

600 fiches métiers de A à Z