DOSSIER : ALCOOL, VIOLENCE, CANNABIS… LE MALAISE DES LYCÉENS
- Ce malaise lycéen qui ne dit pas son nom
- Alcool, cannabis : signes annonciateurs d’un malaise au lycée ?
- Un malaise lycéen pas toujours perceptible par l’entourage
- Plus grave, plus collective : la violence au lycée revêt parfois de nouvelles formes
- Un système scolaire souvent vécu comme une sanction par les lycéens
- Des lycéens médiateurs pour régler les incivilités du quotidien
- Des études encadrées pour réconcilier les élèves avec le lycée
- Des ateliers théâtre au lycée pour faire tomber les préjugés
Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.
Des études encadrées pour réconcilier les élèves avec le lycée
Parmi les établissements qui ont décidé de prendre le taureau par les cornes, le lycée Jacques-Decour (Paris IXe). Comme chaque lundi, mardi et jeudi depuis 4 années, une équipe d’une dizaine de professeurs anime les études encadrées, pour permettre aux élèves de travailler les points incompris, de donner un coup de pouce lorsque les devoirs coincent. Certains élèves sont assis en petit groupe autour d’une table, d’autres font leur exercice en solo. On entend ces commentaires : "T’as fait ton résumé de lecture pour demain ? glisse Cyriaque, 15 ans, à son voisin de table. Moi non…" Qu’importe la manière, tous viennent avec le même but : améliorer leurs résultats, de se sentir mieux en cours. Et donc, au lycée.
"Je vais aux études encadrées, j’ai envie de réussir"
Chems et Ramy, dans la même classe de seconde, ont hésité à y pointer le bout de leur nez au début de l’année. "Mais on savait que la seconde, ça allait être dur. D’ailleurs, ma moyenne est passée de 13 à 9", soupire le premier. "Ceux qui venaient l’année dernière sont passés en première, pas moi, remarque le second. Alors cette année, j’ai décidé de venir. J’ai envie de réussir." Après un trimestre, les deux copains comprennent "plus facilement" ce qu’on leur demande, "s’expriment mieux". Et ils se félicitent : "Ça se voit dans nos notes."
"Il y a une vraie attente de la part de ces élèves"![]() Ils luttent contre l'échec scolaire. Au lycée Jacques-Decour de Paris (IXè), une dizaine d'enseignants animent 3 jours par semaine des études encadrées pour retravailler avec des élèves volontaires des points mal compris et leur donner un coup de pouce quand les devoirs coincent. Un bon moyen de les réconcilier avec le lycée.
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Claire Caillaud, la professeur de français, sourit. Elle s’avance vers une autre élève, aide, rassure. "Madame, il faut écrire au passé ou au présent ?" "Écris “je retournais”, avec A-I-S, répond-elle. Et n’oublie pas la ponctuation… Vos phrases qui n’en finissent jamais, c’est impossible à corriger !" Elle explique en aparté : "Il y a une vraie attente de leur part. Ces études à l’ancienne leur apprennent à travailler, à se concentrer pendant un moment. Ils sont acteurs, moins dans la consommation."
Dans la salle d’à côté, on bûche sur le programme de physique. Léa, en première S, tient absolument à avoir "fini ses devoirs avant de rentrer" chez elle. Elle s’interrompt une minute pour nous expliquer : "Avec les études encadrées, on voit des points particuliers, on a le temps de poser des questions. C’est une autre méthode, un autre prof, des explications différentes. Ceux qui viennent là, c’est vraiment les meilleurs pédagogues. C’est aussi une manière de participer à la vie du lycée et de s’y sentir mieux. C’est plutôt un moment de détente entre nous." La preuve : elle y vient deux fois par semaine. Et sans "se mettre la pression".
Camille Neveux
Crédit Photo : DR
Février 2010
Crédit Photo : DR
Février 2010
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