DOSSIER : ALCOOL, VIOLENCE, CANNABIS… LE MALAISE DES LYCÉENS

Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.

Des lycéens médiateurs pour régler les incivilités du quotidien

Pour que les élèves se sentent mieux au lycée, certains établissements ont décidé de leur donner directement les outils. C’est le cas du lycée général, technologique et professionnel Edmond-Labbé, à Douai (Nord). À l’entrée, sous la grande véranda en verre, une affichette trône sur la porte d’une salle de cours : celle des "médiateurs", dont font partie Ashe, Kamélia, Almamy et Eddy. Les 4 compères ont reçu, il y a un an, leur diplôme de "médiateur".

"Les élèves savent qu’ils peuvent nous faire confiance, que les parents et l’administration ne seront pas au courant."

Dans cet établissement de 1.200 élèves, chaque cours, ou presque, apporte son lot de violences quotidiennes. Il y a les insultes, "sale Noir, sale Arabe, ce sont toujours eux qui prennent", déplore Ashe, 19 ans, en terminale S. Les "dérapages" avec les profs, les Tampax mouillés jetés sur le tableau, les œufs et les compas lancés à la tête du prof. La "fumette", les "comas éthyliques" en cours. Pour remédier à ces problèmes, l’équipe administrative a donc décidé de former 12 médiateurs pour tout l’établissement. "Cela permet de régler les petits conflits liés aux incivilités du quotidien, qui ne sont pas traités par les délégués de classe", rapporte le proviseur adjoint du lycée, Bernard Motuelle.
Eddy, 18 ans, en terminale productique, prend son rôle très au sérieux. Il a "prêté serment de neutralité et de confidentialité". "Les élèves savent qu’ils peuvent nous faire confiance, que les parents et l’administration ne seront pas au courant. On est dans le même état d’esprit qu’eux, on sait ce qu’ils ressentent. On est capable de comprendre quand une situation va dégénérer, de les alerter."

eleves mediateurs
Ils luttent contre la violence. Elèves au lycée professionnel Edmond-Labbé de Douai, Ashe, Kamélia, Almamy et Eddy sont 4 des 12 médiateurs formés dans cet établissement de 1.200 élèves. Leur rôle ? Déminer les problèmes d'incivilité quotidienne.


Chaque incident est généré par des "bandes" qui s’opposent

Parmi les conflits les plus fréquents qu’ils ont à "régler" : les vols de téléphones, de cartes de retraits, de MP3. Mais surtout les "rumeurs", les "mythos". "Ça commence par quelque chose de minime, et après ça s’amplifie avec le bouche-à-oreille", souligne Ashe. En fins observateurs de la vie lycéenne, tous les 4 assurent que chaque incident est généré, en arrière-plan, par des "bandes" qui s’opposent. Dans certains cas, le médiateur réunit les deux parties, "les fait parler, les laisse débattre" pour arriver à une solution. "Mais si on échoue, l’incident remonte vers le CPE [conseiller principal d’éducation], souligne Almamy, 17 ans, en première STG. En général, les deux parties n’aiment pas en arriver là, car au bout, il y a une punition…"
Parfois, certains conflits outrepassent leurs compétences. Notamment ceux qui ont lieu en dehors du lycée, comme les bagarres ou le trafic de cannabis. "Ça vend, ça fume, ça achète devant les grilles, c’est devenu un vrai commerce dès 8 heures du mat’! observe Ashe. Mais on ne peut rien faire." Même impuissance lorsqu’un élève rencontre des problèmes familiaux, des "violences des parents contre les enfants". "On prévient le CPE mais on ne donne pas de détails", tient à préciser Eddy. Avec, toujours, ce souci qui les anime : ne pas "trahir le secret".

Camille Neveux
Crédits photo : DR
Février 2010

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En savoir plus :
Le droit de retrait des enseignants de lycée est-il abusif ? Le point de vue d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant.

"Quatre journées “ordinaires” de violences à l’école. Juste des faits", sur le blog d'Emmanuel Davidenkoff.

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