DOSSIER : ALCOOL, VIOLENCE, CANNABIS… LE MALAISE DES LYCÉENS
- Ce malaise lycéen qui ne dit pas son nom
- Alcool, cannabis : signes annonciateurs d’un malaise au lycée ?
- Un malaise lycéen pas toujours perceptible par l’entourage
- Plus grave, plus collective : la violence au lycée revêt parfois de nouvelles formes
- Un système scolaire souvent vécu comme une sanction par les lycéens
- Des lycéens médiateurs pour régler les incivilités du quotidien
- Des études encadrées pour réconcilier les élèves avec le lycée
- Des ateliers théâtre au lycée pour faire tomber les préjugés
Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.
Plus grave, plus collective : la violence au lycée revêt parfois de nouvelles formes
Officiellement, les violences au sein des établissements sont en recul. Selon la dernière enquête Sivis du ministère de l’Éducation nationale (1), on comptait 10,5 incidents graves pour 1.000 élèves en 2008-2009, contre 11,6 l’année précédente. Les violences physiques y tiennent la première place (38,8 %), devant les violences verbales (35,3 %), les rackets, les vols et les violences sexuelles. Mais ces chiffres ne traduisent pas l’entière réalité du phénomène. Car le malaise lycéen revêt parfois des formes très graves.
"Élève retrouvé à la fin de la récré, ligoté, les yeux bandés"
Chaque jour, plusieurs dizaines de "signalements violence" parviennent confidentiellement au ministère. Des signalements qui recensent les actes de violence dans chaque établissement, essentiellement dans les collèges. À titre d’exemple, le rapport du 15 juin 2009 fait état d’agressions tristement ordinaires : à Amiens, un élève a été "retrouvé, à la fin de la récréation, ligoté et les yeux bandés. Il aurait également été violenté". En Loire-Atlantique, un proviseur adjoint a été "agressé par un individu en état d’ébriété, ami d’un élève du lycée professionnel"…
"La violence ordinaire au lycée est plus collective"
Pour Éric Debarbieux, directeur de l’Observatoire international de la violence à l’école, si la violence n’est effectivement pas plus forte qu’il y a 10 ans et ne fait pas plus de victimes, elle a toutefois changé. "Depuis la fin des années 90, la violence “ordinaire” est plus collective, elle a lieu désormais en groupe, explique le chercheur. Surtout au collège, où la désocialisation est plus importante qu’au lycée et où les jeunes les plus difficiles ne sont pas encore sortis du système." Il estime que cette violence, "beaucoup plus dure pour les victimes, plus traumatisante", s’exerce aussi envers les professeurs : entre 2001 et 2006, 25 % des agressions étaient dirigées contre le corps enseignant. "Les agresseurs font alors “groupe” contre leurs camarades, l’institution scolaire, ou la police. 4 ou 5 jeunes rackettent un élève isolé, qui aura alors moins d’amis car ceux-ci ont peur d’être harcelés à leur tour."
"Les garçons veulent survaloriser leur représentation masculine, parfois en agressant"
Caractéristique des "agresseurs" et des "agressés" : ce sont le plus souvent des garçons, comme le confirme l’enquête Sivis. Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) de Créteil (94) et auteur de l’ouvrage "Sauvons les garçons", décrypte cette différence de comportement entre les deux sexes. "Les filles, dans leur corps, savent quand elles sont passées dans l’âge adulte, car elles peuvent être mères. Les garçons, eux, rentrent dans un "no man’s land", ils ne savent plus s’ils sont adolescents ou adultes… Du coup, les filles de leur âge se détournent d’eux, ce qui peut engendrer des frustrations et déclencher de la violence. Ils veulent survaloriser leur représentation masculine, parfois en agressant." Suivent pertes de repères et un décrochage scolaire.
(1) Enquête Sivis réalisée auprès d’un millier d’établissements publics représentatifs du second degré.
Camille Neveux
Février 2010
Février 2010
| Partagez et donnez votre avis sur nos forums : Quelles violences au lycée et quels remèdes selon vous ? En savoir plus : Le droit de retrait des enseignants de lycée est-il abusif ? Le point de vue d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant. "Quatre journées “ordinaires” de violences à l’école. Juste des faits", sur le blog d'Emmanuel Davidenkoff. Consultez "Les cahiers de doléances des lycées" pour améliorer le lycée. Des établissements se bougent : découvrez leurs initiatives pour lutter contre l’échec scolaire Les mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale pour la sécurité à l'école. |










