DOSSIER : ALCOOL, VIOLENCE, CANNABIS… LE MALAISE DES LYCÉENS
- Ce malaise lycéen qui ne dit pas son nom
- Alcool, cannabis : signes annonciateurs d’un malaise au lycée ?
- Un malaise lycéen pas toujours perceptible par l’entourage
- Plus grave, plus collective : la violence au lycée revêt parfois de nouvelles formes
- Un système scolaire souvent vécu comme une sanction par les lycéens
- Des lycéens médiateurs pour régler les incivilités du quotidien
- Des études encadrées pour réconcilier les élèves avec le lycée
- Des ateliers théâtre au lycée pour faire tomber les préjugés
Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.
Un malaise lycéen pas toujours perceptible par l’entourage
Parfois, les signaux sont là : baisse des résultats scolaires, manque d’investissements, moins d’ouverture sur les autres. L’élève se dérobe au contrôle parce qu’il n’a pas étudié. C’est la spirale de l’absentéisme. Et les parents font un mot parce qu’ils ne savent pas ce qu’il se passe… En cause ? Le cannabis, principalement.
Martine Donnart, infirmière scolaire au lycée Chaptal, dans le VIIIe arrondissement de Paris, voit régulièrement des jeunes frapper à la porte de son bureau et ne pas se sentir concernés par le problème du cannabis : "Ils n’ont pas l’impression d’avoir de problèmes, estiment que leur consommation est "minime". Il y a un gros travail de décryptage à faire pour comprendre".
"On ne voyait pas, on était pris par le boulot"
Prenons l’exemple de ce père de famille, conseiller politique dans une mairie, qui reconnaît n’avoir pas voulu voir les symptômes que présentait son adolescent de 18 ans. Pour lui, la descente aux enfers a été d’autant plus brutale. "Mon fils m’a appelé un jour, me disant qu’il était aux urgences. Il avait fumé 10 joints à la suite, s’était senti très mal. Dans la famille, le cannabis était un sujet tabou, personne n’en parlait : on ne voyait pas ce qui se passait, on était pris par notre boulot, on se disait que ce n’était pas grave. Jusqu’au jour où le réveil a été brutal. Aujourd’hui, mon fils va bien, il continue ses études. Mais je pense qu’il faudrait aussi faire de la prévention pour les parents…"
"Les milieux aisés se disent que cela n’arrive pas chez eux. À tort !"
Marie Choquet, épidémiologiste et directrice de recherche à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), partage cet avis. Elle a mené de nombreux travaux sur la consommation de substances addictives chez les jeunes de 12 à 18 ans. Pour elle, c’est bien "le mal-être familial" qui explique avant tout la consommation d’alcool et de cannabis, avant même le "mal-être scolaire". "Cela n’a rien à voir avec le niveau social : les milieux aisés se sentent préservés, se disent que cela n’arrive pas chez eux. À tort ! martèle la chercheuse. Les parents ne sont pas informés, ils pensent que leurs enfants ne consomment pas de produits addictifs… Alors qu’ils le font régulièrement ! La question doit systématiquement être posée aux jeunes, le dialogue doit être ouvert. En général, ils y répondent… Quand il n’y a pas d’autorité parentale, pas de surveillance, les adolescents perdent leurs repères, ils se laissent happer. Ils sont très souvent l’image immédiate de ce qui se passe à la maison…"
| Partagez et donnez votre avis sur nos forums : Quelles violences au lycée et quels remèdes selon vous ? En savoir plus : Le droit de retrait des enseignants de lycée est-il abusif ? Le point de vue d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant. "Quatre journées “ordinaires” de violences à l’école. Juste des faits", sur le blog d'Emmanuel Davidenkoff. Consultez "Les cahiers de doléances des lycées" pour améliorer le lycée. Des établissements se bougent : découvrez leurs initiatives pour lutter contre l’échec scolaire Les mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale pour la sécurité à l'école. |
Camille Neveux
Février 2010
Février 2010










