DOSSIER : ALCOOL, VIOLENCE, CANNABIS… LE MALAISE DES LYCÉENS
- Ce malaise lycéen qui ne dit pas son nom
- Alcool, cannabis : signes annonciateurs d’un malaise au lycée ?
- Un malaise lycéen pas toujours perceptible par l’entourage
- Plus grave, plus collective : la violence au lycée revêt parfois de nouvelles formes
- Un système scolaire souvent vécu comme une sanction par les lycéens
- Des lycéens médiateurs pour régler les incivilités du quotidien
- Des études encadrées pour réconcilier les élèves avec le lycée
- Des ateliers théâtre au lycée pour faire tomber les préjugés
Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.
Un système scolaire souvent vécu comme une sanction par les lycéens
S’il est une difficulté à laquelle doit faire face la génération Y, celle qui a toujours baigné dans un monde de techniques de pointe complexes (aussi appellée "digital native" par les Anglo-Saxons), c’est bien celle de se plier aux règles de l’école alors qu’ils sont "e-sollicités" par des appareils bien plus intéressants qu’un vieux tableau noir.
"Les profs ne savent pas comment nous intéresser aux choses"
Emmanuel, 16 ans, élève en seconde au lycée Jean-Baptiste-Say (Paris XVIe), résume ce qu’ils sont nombreux à penser : "Les profs ne captent pas le public qu’ils ont en face d’eux. Ils ne savent pas comment nous intéresser aux choses. Ils nous font étudier des trucs de vieux". Lorsqu’il lâche cette phrase, Emmanuel est occupé à tester sur son iPhone des jeux vidéo, tout en envoyant un SMS par-ci par-là. Clash des générations…
"Les notes, ça pénalise les élèves, voilà à quoi ça sert finalement"
C’est à travers les notes, que beaucoup jugent subjectives et aléatoires, que le malaise se cristallise plus particulièrement. Pour Laurène, 21 ans, en première année de DUT (diplôme universitaire de technologie) services et réseaux de communication, les notes, "ça veut tout dire et rien dire en même temps. Ça dépend du professeur, de la matière, de comment l’élève était psychologiquement au moment du contrôle…" "Les remarques, c’est souvent pas encourageant, complète Lucie, 16 ans, en première S. Il y aura toujours le petit truc qui ne va pas pour eux. Le mot qui manque dans le lycée, c’est “constructif” !" À l’école, "ils devraient carrément enlever la note, avance de son côté Samir, 18 ans. Ils devraient dire ce qu’ils pensent du devoir, de notre travail, les choses à améliorer, les choses à revoir." Très souvent, cette inquiétude liée à la notation est corrélée à l’angoisse que suscite leur avenir. "Les notes, ça pénalise les élèves, voilà à quoi ça sert finalement, estime Jean-Luc, 16 ans, en première année de BEP (brevet d’études professionnelles) électronique. Ça va rester sur mon dossier. Et j’ai peur que ça joue pour cette année…"
"On est dans un système de notation-sanction, qui n’encourage pas l’élève à participer"
Pour Éric Charbonnier, expert sur les questions d’éducation à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le sentiment de malaise qui se fait jour – et le manque d’envie de venir au lycée – est bien lié à "l’importance" de ces notes, elles-mêmes liées "au redoublement, au décrochage scolaire". "La France est dans un système de notation-sanction, qui n’encourage pas l’élève à participer, de peur de donner une mauvaise réponse, déplore l’expert. Dans certains pays, vous n’avez pas de notes, ou alors des notes positives, encourageantes, avec des travaux en petits groupes qui permettent aux élèves plus faibles de rattraper leur retard." Et quand la réussite n’est pas au rendez-vous, le redoublement, lui, est souvent vécu comme une sanction, "une honte, un sujet tabou". "30% des Français de moins de 15 ans ont redoublé au moins une fois, contre 10 à 15 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, rappelle Éric Charbonnier. Très souvent, ce redoublement n’est d’ailleurs pas efficace…"
| Partagez et donnez votre avis sur nos forums : Quelles violences au lycée et quels remèdes selon vous ? En savoir plus : Le droit de retrait des enseignants de lycée est-il abusif ? Le point de vue d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant. "Quatre journées “ordinaires” de violences à l’école. Juste des faits", sur le blog d'Emmanuel Davidenkoff. Consultez "Les cahiers de doléances des lycées" pour améliorer le lycée. Des établissements se bougent : découvrez leurs initiatives pour lutter contre l’échec scolaire Les mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale pour la sécurité à l'école. |
Camille Neveux
Février 2010
Février 2010










