DOSSIER : GRIPPE A : QUAND TÉLÉ, RADIO ET WEB PRENNENT LE RELAIS DES PROFS

Que valent les cours prêts à être diffusés sur France 5 et France Culture en cas de pandémie de grippe A ? Nous avons voulu savoir comment ils avaient été conçus et avons demandé à des lycées, leurs parents et leurs profs ce qu’ils pensaient d’une telle solution.

Des cours à la télé et à la radio ? L’avis des lycéens et de leurs parents

Suivre des cours à la télé ou à la radio en cas de pandémie de grippe A : un dispositif qui ne convainc pas les lycéens rencontrés à Paris (lycée Jacques-Decour) et à Montreuil (lycée Jean-Jaurès), en Seine-Saint-Denis. Tentés par la grasse matinée et peu confiants en leur capacité à se concentrer, seuls, devant leur télé, les jeunes plébiscitent tous le prof. Qui leur manque déjà ou avec qui ils comptent rester connectés.

agate lycéenne grippe aAgate Fichaux-Latorre, 18 ans, terminale S, Lycée Jean-Jaurès
« Et on fait comment quand on n’a pas la télé ? Parce que moi, honnêtement, je n’écouterai pas la radio. Alors si c’est seulement pour quelques jours, je ne ferai rien. Parce que ça se rattrape. Ce qui est sûr, c’est que je ne bosserai pas autant chez moi, toute seule, qu’au lycée. Si je ne comprends pas, je n’aurai pas les profs pour m’expliquer. Comme mon père est CPE, je pense qu’il fera tout pour m’intégrer dans une terminale S de son lycée. S’il n’est pas fermé. »


Pascal Fichaux, père d’Agate, Lycée Jean-Jaurès
« Je suis CPE dans un autre lycée que celui de ma fille, alors s’il ferme, j’essaierai de faire en sorte qu’elle soit suivie par des collègues enseignants. Pour l’instant, je ne sais rien de la continuité pédagogique par des programmes diffusés à la télé ou la radio. Il me semble qu’on agite le drapeau rouge et qu’on en fait beaucoup pour quelque chose qui n’est pas forcément dangereux. Et puis fermer une classe une semaine me paraît aberrant. Les gamins de la classe qui ont le virus se sont baladés dans tout le lycée. Je me demande si on ne choisit pas de faire peur aux gens pour éviter de parler des vrais problèmes du pays, comme le chômage. »


simon, lycéen grippe ASimon Giuliani, 17 ans, terminale S, Lycée Jacques-Decour
« Je n’ai pas de télé ! J’allumerai sans doute la radio pour voir à quoi cela ressemble. Mais franchement, connaissant nos profs, je pense qu’ils s’organiseraient pour nous accompagner sur Internet. Certains utilisent déjà Internet pour communiquer avec nous. Sinon, on va manquer de profs. Il faut pouvoir poser des questions quand on ne comprend pas. Nos programmes sont compliqués. Surtout en SVT, maths et physique. Le gros problème des cours à la maison, c’est qu’on n’est pas tous au même niveau. Et même d’une classe à l’autre, on ne fait pas forcément les mêmes points du programme au même moment. Je ne vois pas trop comment des programmes "tout faits" pourraient convenir à tous les élèves. »




Hugo Verger, 16 ans, seconde générale, Lycée Jean-Jaurès
« Un contrôle à la télé, tu le rends comment ? Si cela dure deux ou trois jours, je pourrais travailler deux jours. Si c’est plus, je dormirai, dormirai, dormirai… Et je sortirai voir mes amis. En plus, notre prof de SVT nous a dit que ce n’était pas bien la télé, à part ARTE. Donc, si ce n’est pas sur ARTE, je changerai de chaîne ! Ou alors je mettrai ma petite sœur de dix ans devant la télé. »


fayza lycéenne grippe aFayza Moussa, 16 ans, première STG, Lycée Jean-Jaurès
« Ce n’est pas une très bonne idée. Ce serait nouveau de suivre des cours à la télé ou à la radio. Et puis, chez moi, il y a un tas de choses qui font que je ne pourrai pas suivre les cours. Je pense que je me lèverai vers 11 heures et que je travaillerai sur des livres d’exercices ou à la bibliothèque avec des copines, si je peux encore sortir. Le problème de la télé, c’est qu’on ne peut pas poser de questions ou aller voir le prof à la fin si on ne comprend pas. Je pense aussi que j’aurai tendance à zapper. Quand il y a un prof, on est plus attentif ! »






zoulika mère grippe aZoulikha Moussa, mère de Fayza
« Ce serait catastrophique. Cela arrange peut être ceux qui n’aiment pas l’école, mais des cours à la télé, c’est n’importe quoi ! Pour les surdoués, peut-être, mais pour ceux qui ont besoin d’un prof, ce n’est pas une bonne idée. Déjà au lycée, avec un prof, les élèves n’y arrivent pas toujours. Alors seule devant la télé, je pense que ma fille ne pourra pas rester concentrée. Il lui faut quelqu’un capable d’expliquer. La télé ne va pas s’arrêter à chaque fois que Fayza ne comprend pas ! Et puis je suis assistante maternelle, et la télé est dans la pièce où les enfants que je garde jouent et vivent. Alors ma fille ne pourra pas regarder longtemps. Ce qui est sûr, c’est qu’elle va changer de rythme. Je pense qu’elle se lèverait à 13 heures. Comme les jours où il n’y a pas école. »


emilie, lycéenne, grippe AEmilie Porche, 18 ans, terminale ES, Lycée Jacques-Decour
« Si c’est pour une courte période, ça ne me dérange pas de travailler chez moi. Mais au bout de deux ou trois semaines, j’en aurai vraiment marre ! De toutes façons, je ne crois pas que je regarderai les cours à la télé ou que j’écouterai la radio. Quand je regarde la télé, j’ai tendance à faire plusieurs choses en même temps. Et puis, chez moi, il y a plein d’autres trucs à faire : jouer de la batterie, être sur mon ordinateur... Je pense que mes parents seraient d’accord pour que je prenne des cours à domicile. Il y a quand même le bac à la fin de l’année !»






Gabriel Sollis, 17 ans, première ES, Lycée Jean-Jaurès
« Si ça ferme et qu’il y a des cours à la télé, je sors et je les enregistre ! Sauf si mes parents me forcent à regarder. Je pense que je me lèverai vers 13 ou 14 heures et que je réviserai les matières les plus importantes - français et maths - trois ou quatre heures par jour. Je n’ai pas envie de redoubler à cause de la grippe, mais c’est plus facile d’apprendre avec un prof ! »


sabrina, lycéenne grippe ASabrina Rey, 17 ans, terminale ES, Lycée Jacques-Decour
« Je pense que je m’inscrirais plutôt au CNED pour réussir mon bac. L’histoire des cours à la maison, à la télé, ce n’est pas forcément très efficace. Et puis là, tout le monde parle de l’organisation des cours à domicile parce que c’est la rentrée, mais personne ne sait ce que peut donner ce virus. Pour l’instant, ça nous fait sourire de nous imaginer chez nous. Mais si le virus mute cet hiver, ça va changer ! »





Quid des khâgneux ?

Steven et Annabel sont en deuxième année de prépa littéraire au lycée Jean Jaurès à Montreuil (93). Pour eux, pas de cours télévisés ou radiophoniques à l’horizon. La fermeture de leur établissement signerait le retour à la fac. Et la fin d’un rêve. Celui d’intégrer l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon à la rentrée prochaine. Témoignages.

annabel, khagneux, grippe AAnnabel Papo, 19 ans
« L’année de khâgne, qui se termine en mars, est intense et difficile. Je ne pense pas qu’il soit possible de réussir le concours si nous n’avons plus de cours. Même si nous essayons d’organiser le travail par Internet avec nos profs. Ssteven, khagneux grippe Ai j’étais confrontée à ce problème, je pense que j’irai à la fac de lettres, pour ne pas perdre une année. Mais je manquerai de confiance pour arriver à l’ENS. »



Steven Clerima, 19 ans
« J’envisage aussi de reprendre à la fac, mais j’essaierai d’utiliser mes contacts au lycée Henri IV à Paris pour avoir des cours et bosser chez moi. Pour l’instant les profs ne nous ont parlé de rien, à part des mesures d’hygiènes destinées à éviter de contracter le virus. Nous ne savons pas s’il y a un plan particulier en cas d’absence des profs ou de fermeture du lycée. »


Plus loin sur letudiant.fr
Découvrez aussi les réactions des enseignants de ces lycéens à la diffusion de ces programmes télé et radio, et lisez notre enquête sur la conception de ces programmes.

Isabelle Maradan
Septembre 2009

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