DOSSIER : GRIPPE A : QUAND TÉLÉ, RADIO ET WEB PRENNENT LE RELAIS DES PROFS

Que valent les cours prêts à être diffusés sur France 5 et France Culture en cas de pandémie de grippe A ? Nous avons voulu savoir comment ils avaient été conçus et avons demandé à des lycées, leurs parents et leurs profs ce qu’ils pensaient d’une telle solution.

Grippe A : le lycée Pierre-et-Marie-Curie sur le Net

Ce ne sont pas les premiers à voir leur établissement fermer pour cause de grippe A, et sans doute pas les derniers. Les 1 050 élèves du lycée Pierre-et-Marie-Curie de Menton, dans les Alpes-Maritimes, ne fréquenteront pas leur établissement avant le 19 septembre pour cause de grippe A. Pas d’école buissonnière pour autant. Avec l’Espace numérique de travail (ENT) du lycée, les cours continuent sur Internet. Parfois même à l’heure habituelle.

Le proviseur est serein. Avec 1050 élèves, son lycée est pourtant le premier de cette taille à fermer ses portes pendant 7 jours au moins. 21 élèves issus de dix classes différentes sont atteints par le virus de la grippe A/H1N1, mais aucun ne présente de complication.

Pierre-et-Marie-Curie sur le web

Côté cours, Hervé Beauvais affiche également un ton posé : « Pour nous, c’est assez simple d’organiser la continuité pédagogique. Nous avions déjà un ENT [Espace numérique de travail, ndr] l’an dernier, sur lequel des profs laissaient des cours et leur mail aux élèves. L’ENT trouve aujourd’hui une utilité encore plus grande.»

Un espace de travail réservé aux élèves du lycée

Le site Internet du lycée annonce que la continuité pédagogique est assurée par l’équipe enseignante et propose de se diriger vers l’ENT. C’est un portail accessible sur Internet et réservé aux élèves du lycée qui doivent tout d’abord s’identifier. Un tutoriel reprend pas à pas les étapes qui permettent d’accéder à cet espace de travail bien réel.

Pas d’atelier sur le web

« Au départ, les parents étaient très inquiets, plus sur l’idée que leurs gamins ratent une semaine de cours, que sur la grippe. Mais nous leur expliquons comment fonctionne l’ENT, et cela les rassure », assure Norbert Bemisti, professeur d’enseignes lumineuses. Pas si simple pourtant d’organiser des cours portant sur des matières professionnelles par Internet. Les cours d’ateliers n’étant pas envisageables sur un tel support.

La théorie seulement

Néanmoins, Norbert Bemisti s’organise pour que ses élèves en 1ère année de CAP "plasturgie enseignes lumineuses" travaillent. « En classe, nous avons 13 heures d’atelier par semaine dont 7 heures de pratique. Avec l’ENT, nous ne voyons que les aspects théoriques. Ce qui peut tout à fait convenir pour une durée de 7 ou 15 jours. »

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Tchat et bientôt visioconférence

D’un prof à l’autre, les pratiques divergent. « Certains collègues ont créé des groupes. Cela leur permet de mettre en ligne des exercices, des lectures, des cours… Tout ce qui est utile aux élèves pour travailler. D’autres ont décidé de garder leur emploi du temps. S’ils avaient cours de 8 à 10 heures, ils se retrouvent à cette heure-là sur l’espace de travail, avec leurs élèves», explique le proviseur.

Une hotline assurée par le prof

Avec le tchat, qui existe déjà, et la visioconférence que Monsieur Beauvais espère voir se mettre en place très vite, le lien prof-élève est encore facilité. Mardi 15 septembre au matin, Norbert Bemisti assurait une hotline par l’intermédiaire du forum du site ou par téléphone, à propos du cours mis en ligne le matin-même pour ses élèves de 1ère année de CAP. L’enseignant fait partie de ceux qui ont conservé leur emploi du temps. Pour lui, cette manière de travailler amène les jeunes à s’impliquer dans leur formation, en élargissant leurs recherches personnelles.

La pratique entre parenthèses

Il ajoute que ce dispositif, ponctuel, « ne va pas remplacer l’enseignant face aux élèves ». Tout en admettant que la visioconférence serait un vrai plus, il constate que rien ne peut remplacer la pratique pour les matières comme la sienne. « Un collègue m’a filmé en train de travailler le verre. On me voit chauffer le verre pour lui donner la forme souhaitée. Cela montre le geste, mais pour apprendre, il faut que l’élève prenne le chalumeau. Et qu’il répète ce geste plusieurs fois en atelier. » Dès la réouverture de l’établissement, Monsieur Bemisti remettra la pratique à l’honneur.

Des contrôles quand même !

Vendredi soir, 80% du dispositif était en place sur le portail. L’enseignant spécialiste des enseignes lumineuses a créé autant de groupes de travail virtuels que de classes. Mardi 15 septembre après-midi, ses élèves planchent même sur une évaluation portant sur le travail effectué le matin sur l’ENT. « A 14h00, j’envoie une évaluation au groupe de travail. Chaque membre du groupe me renvoie son travail à 15h00. Je corrige. La correction commune est mise en ligne sur l’ENT et les travaux individuels sont renvoyés par mail. »

Et la fracture numérique ?

L’un des élèves de Norbert Bemisti échappera à l’évaluation. « Il n’est pas connecté, mais j’ai pu lui donner tous les documents papiers à l’annonce de la fermeture du lycée ». Pour le proviseur, « c’est un problème à la marge. La semaine dernière, nous avions déjà fermé une classe de 1ère. Une seule élève n’avait pas Internet chez elle. Et elle a pu récupérer les cours par parents interposés. »
Quand le virtuel vient à manquer, la solidarité, bien réelle, prend le relais.

Mickaël, en CAP enseignes lumineuses
« Si on nous demande à 15h de rendre dans l’heure un travail et qu'on n'est pas là, c’est un problème ! »


Mickaël Dos Santos, 15 ans et en 2e année de CAP enseignes lumineuses, est l'un des élèves de Norbert Bemisti, Il nous livre ses premières impressions quant au suivi « Web » des élèves, mis en place par son lycée.
« J'attends les résultats de l'évaluation envoyée par monsieur Bemisti, mais je l'ai eu au téléphone et il m'a dit que cela allait. Lundi, on nous a expliqué par mail comment cela allait se passer. Là, c'était vraiment la première journée de travail. En fait, il faut aller sur le profil du lycée et voir dans notre courrier si on a des choses à faire. Avec monsieur Bemisti, on travaille à la même heure qu'en classe. Le problème, c'est que ce n'est pas pareil de lire une feuille ou d'apprendre en faisant, en atelier. Ce qui est drôle, c'est qu'on ne peut pas vraiment sortir. Si on nous demande à 15h de rendre un travail pour 16h et qu'on n'est pas là, cela pose problème. Mais je l'ai fait quand même cet après midi. J'avais fini mon travail. Et puis j'avais essayé de faire un exercice de français, mais le logiciel me demandait un code, que je n'ai pas, pour pouvoir remplir la feuille. Du coup, j'ai envoyé un mail, attendu deux heures une réponse qui n'est pas venue. Alors, je suis sorti. »


Isabelle Maradan
Septembre 2009

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