DOSSIER : GRIPPE A : QUAND TÉLÉ, RADIO ET WEB PRENNENT LE RELAIS DES PROFS
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- Grippe A : y-a-t-il un prof dans la « télé-pandémie » ?
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Que valent les cours prêts à être diffusés sur France 5 et France Culture en cas de pandémie de grippe A ? Nous avons voulu savoir comment ils avaient été conçus et avons demandé à des lycées, leurs parents et leurs profs ce qu’ils pensaient d’une telle solution.
Grippe A : y-a-t-il un prof dans la « télé-pandémie » ?
Des cours à la télé pour ne pas perdre le fil du programme scolaire en cas de pandémie ? Trois professeurs du lycée Jacques Decour (Paris 9e) se sont prêtés au jeu du visionnage d’un court patchwork de programmes télévisés prêts à être diffusés en cas de fermeture des établissements. Selon eux, "c’est mieux que rien", mais les élèves n’y sont pas mis en situation de travail.
« Ca n’a rien à voir avec un cours. En classe, ils ne font pas que nous regarder ! », lance Alain Pavec. Professeur de mathématiques au lycée Jacques Decour, il découvre avec deux de ses collègues quelques images, extraites des programmes télévisés qui seront diffusés sur France 5 en cas de pandémie grippale. Pour « assurer la continuité éducative et maintenir le lien pédagogique dans l’hypothèse d’un confinement des élèves dans leur foyer », précise un communiqué du Scéren-CNDP, auteur du document.Prise de notes impossible
D’après Vicky Kass, qui enseigne également les mathématiques, « le temps de l’écriture, nécessaire pour apprendre, n’est pas prévu dans les extraits que nous avons vus. » Les trois enseignants acquiescent. À l’âge du lycée, on ne fait pas dans le cours magistral. « Les élèves de lycée sont incapables de prendre des notes à la vitesse de la parole », assure Evelyne Guy, professeur de sciences de la vie et de la Terre. « En classe, nous nous basons sur ce que les élèves savent en essayant de les faire participer au maximum. Puis, nous structurons le cours en nous appuyant sur ce travail. Et surtout, nous écrivons tout au tableau », renchérit Alain Pavec. Pour les trois collègues, une trace écrite est indispensable à l’assimilation d’un contenu pédagogique. Pas de reformulation
Ce qui saute également aux yeux des professeurs, c’est l’absence de reformulation. « En classe, je m’adapte à l’élève pour lui expliquer autrement une notion incomprise. Je n’arrête pas de reformuler et reformuler encore, explique Vicky Kass. Là, même si l’élève enregistre le programme pour le revoir, il n’aura toujours qu’une seule et même manière de dire les choses. »
Noyé dans un bain d’images
Sous réserve de voir un programme en entier, Evelyne Guy a le sentiment d’un grand zapping. « Il y a trop d’images ! Alors même si l’idée est de solliciter la mémoire visuelle des élèves, cela va être difficile pour eux de suivre. » Au cours d’un extrait de programme de physique-chimie, la prof de SVT sourit. Un homme trace une courbe à la main. Pour Evelyne Guy, cette courbe n’a aucun sens puisqu’elle n’est pas expliquée « c’est juste une belle image dont les élèves ne sauront pas quoi faire ». Vicky Kass, sa collègue de maths, pense même que l’image peut les perturber. « Ils ne verront que ça ! Et ils vont se demander si ce n’est pas le truc important à retenir. À mon avis, ils ne vont rien comprendre. »Garder le lien avec les élèves
Autre point faible, incontournable, de cette solution télévisuelle de secours : le manque de profs. Pas facile de se motiver quand on travaille seul chez soi. Alors, pour encourager ses élèves, Alain Pavec se dit prêt à inventer des solutions innovantes s’ils devaient connaître une période de télé-travail, « il doit y avoir un moyen de travailler avec eux par Internet. En nous appuyant sur les livres, les exos et en s’envoyant des travaux par mail. » Sa collègue de SVT adhère. Elle envisage déjà la mise en place d’un suivi pédagogique par téléphone, par Internet et avec les manuels. « Ce serait beaucoup plus cohérent d’assurer la continuité du lycée, en nous organisant entre profs. » Le programme du prof : du sur-mesure
D’autant qu’il ne leur paraît pas du tout possible que les cours prévus arrivent à point pour tous les élèves de France. Même s’il suit le programme officiel, chaque prof est libre de traiter ses différents éléments à des périodes différentes de l’année scolaire. Du coup, l’idée d’avoir des contenus pédagogiques pour trois mois, le temps d’enrayer la pandémie, laisse nos trois profs de maths pantois. « L’élève peut allumer sa télé et tomber sur un truc qu’il a déjà fait ou au contraire une notion qu’il n’aurait pas vue avant un bout de temps. »
Travailler vraiment, c’est réfléchir
« Mieux que rien » pour ces professeurs de lycée, les programmes télévisés sont finalement envisagés comme une « petite pause ludique dans la journée, estime Evelyne Guy. L’essentiel étant qu’ils travaillent vraiment. Qu’ils écrivent, analysent, étudient. » L’enseignante en SVT n’envisage pas que la télé parvienne à rendre ses élèves actifs. « Là où la vidéo dit "fumer, c’est pas bien", moi je vais faire en sorte que les élèves le disent, en les amenant à trouver des infos, à étudier des docs…Nous ne sommes pas des encyclopédies. On ne sait pas tout sur tout, et nous sommes là pour amener les élèves à trouver et utiliser des infos par eux-mêmes.»
Et si les trois profs espèrent ne pas être confrontés à la fermeture de leur établissement, Evelyne Guy envisage déjà de faire bon usage des documents proposés par le Scéren-CNDP. « Ce serait bien que ces vidéos soient mises à disposition. Pour qu’on puisse les exploiter en classe. » Hors période de pandémie.
Septembre 2009










