Dossier : La réforme du lycée décryptée

Nicolas Sarkozy confie le lycée à Descoings et la jeunesse à Hirsch



"Je suis plus déterminé que jamais à poursuivre l'action engagée", a déclaré Nicolas Sarkozy, lundi 12 janvier 2009, lors la présentation de ses vœux aux enseignants à Saint-Lô (Manche), à propos des réformes dans l’éducation. "Tous les gouvernements ont reculé (...). C'est un droit que je ne m'accorde pas", a ajouté le chef de l'Etat. "Bien sûr il faut écouter, bien sûr il faut expliquer. J'ai été très attentif aux inquiétudes qui se sont exprimées, parfois avec une certaine force, ces derniers mois. Elles sont bien compréhensibles : jamais peut-être on n'avait demandé, en si peu de temps, autant d'efforts à tous les personnels de l'Education nationale", a-t-il reconnu.

Descoings nommé "Mr. Lycée"

Pour mener la réforme du lycée, repoussée à la rentrée 2010 mais jugée "nécessaire" par le président, et ôter toute crainte chez les jeunes et leurs professeurs, Nicolas Sarkozy a décidé de lancer une mission "d’analyse, d’écoute et de proposition" sous l’égide de Richard Descoings, le directeur de Sciences po Paris. Cette mission, placée sous l’autorité du ministre Xavier Darcos, devra faire des "propositions", "associer tous les lycéens de France" et "élargir la concertation", a-t-il expliqué. Le tout "sans enlever un centime et sans supprimer un poste au niveau du lycée". Mais en n’ajoutant pas non plus… Nicolas Sarkozy a en effet répété que la solution n’était pas, selon lui, de mettre "plus d'argent et plus de postes".

Objectif diversité

Richard Descoings, 50 ans, est conseiller d’Etat et administrateur de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. Proche de la gauche, il a déjà été chargé de mission au cabinet du ministre de l'Education nationale, Jack Lang, en 1992. Dans le monde de l’enseignement, le directeur de Sciences po (depuis 1996) s’est distingué en oeuvrant pour la "diversité" et l’égalité des chances. Des thèmes chers à Nicolas Sarkozy... "Ces efforts [NDLR : demandés à tous les personnels de l'Education nationale] ont un sens. Ils poursuivent un unique objectif : celui de l'émancipation de chaque enfant de France par la transmission du savoir, qui passe par une réelle égalité des chances, devant l'école", a ainsi déclaré le chef de l’Etat.

Hirsch nommé haut commissaire à la Jeunesse

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il confiait à Martin Hirsch, 45 ans, actuel haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, une mission supplémentaire : celle de haut commissaire à la Jeunesse. Après avoir mis en place le RSA (revenu de solidarité active), l’ancien président d’Emmaüs France aura notamment pour tâche d’apaiser les craintes ressenties actuellement par les jeunes sur leur avenir. Ce malaise s’est exprimé dans la rue tout le mois de décembre 2008 lors des manifestations contre la réforme du lycée.

Faire des jeunes autonomes

"La première demande des jeunes, c'est celle d'un droit à l'autonomie. Et toute la politique de la jeunesse du gouvernement doit être tournée autour de cette idée de renforcer l'autonomie des jeunes", a déclaré Nicolas Sarkozy. De son côté, Martin Hirsch a affirmé vouloir définir un nouveau "pacte social" entre les générations, monter de nouveaux programmes d'insertion plus proches des préoccupations des jeunes en matière d'emploi, de santé, de logement et d'éducation. Conséquence de sa nomination : Bernard Laporte, secrétaire d’Etat, ne s’occuperait plus que des sports et de la vie associative. Ce dernier s’est toutefois "réjoui" de la création de ce haut commissariat.

Les syndicats déçus

Les syndicats semblent moins ravis… Jean-Baptiste Prévost, le président de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) a ainsi qualifié la création d'un haut commissariat à la Jeunesse de "un gadget". "La réponse à ce malaise nécessite plus qu'un affichage sans moyens. Il n'y a pas le début du commencement d'une réponse concrète en direction des jeunes", a-t-il ajouté. Jean-Baptiste Prévost a également assuré que "Martin Hirsch ne pourra pas être le pompier du malaise créé par les discours et les politiques de Nicolas Sarkozy dans la jeunesse". De leur côté, l'UNL (Union nationale lycéenne) et la Fidl (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) ont estimé que le discours du président "ne répondait pas aux attentes des lycéens". Les suppressions de postes dans l’éducation étant maintenues, elles appellent toutes deux à manifester jeudi 15 janvier 2009 partout en France.


Des vœux perturbés

La venue du chef de l’Etat à Saint-Lô, à l’occasion de la présentation de ses vœux aux enseignants – boycottés par les principaux syndicats de l'éducation – a été perturbée par une manifestation. Plusieurs centaines de personnes, plutôt bruyantes, s’étaient rassemblées dans le centre-ville. Des chaussures, des pommes et des oeufs ont été jetés sur les forces de l'ordre. La vitrine d’un magasin a été brisée. Selon les pompiers, au moins huit manifestants ont été légèrement blessés par des gaz lacrymogène lancés par la police. Cinq autres ont été interpellés. Un peu plus tôt dans la matinée, avant son discours, Nicolas Sarkozy, accompagné de Xavier Darcos et de Martin Hirsch, a visité une école primaire et discuté à huis clos avec six enseignants. Des heurts ont été signalés entre environ 200 manifestants qui essayaient de rejoindre ladite école et les policiers qui les en ont empêchés.

Virginie Bertereau

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