DOSSIER : RENTRÉE 2010 : LE LYCÉE SOUS TENSIONS

Réforme et suppressions de postes : les mots clés de la rentrée au lycée. Vous ne pouvez pas y échapper. Nous avons interrogé une vingtaine de professeurs et proviseurs, de lycées de toutes régions et tailles confondues, pour connaître leur sentiment à la veille de la reprise des cours et faire un état des lieux 2 ans après la rentrée tumultueuse de 2008.

Lycée : des conditions de travail dégradées

En novembre 2008, l’Etudiant publiait déjà une enquête sur les conditions de travail au lycée. Et le bilan n’était pas réjouissant… Deux ans plus tard, les contraintes – et le malaise – se sont renforcés. "Résigné", "déçu", "désenchanté", "morose", "plus du tout motivé"… Tels sont les adjectifs utilisés par vos professeurs pour qualifier leur sentiment général. Sur le terrain, leurs classes de seconde tournent autour de 32-33 élèves, parfois 35-36. "J’ai enseigné à une classe de ST2S (sciences et technologies de la santé et du social) à 18, ce n’est pas pareil. Les conditions sont complètement différentes et les résultats bien meilleurs. Les élèves se connaissent mieux, le groupe est plus soudé. Quand l’un d’eux pose une question, les autres restent attentifs pendant que je lui réponds. À 34, ils se dispersent. Il faut sans cesse attirer leur attention. On ne peut faire que du cours magistral", assure un professeur de physique-chimie d’un lycée de Colmar (68). Rien ne va plus quand s’ajoutent des difficultés matérielles. "Quand une chaise est cassée, il faut aller en chercher une autre dans la salle d’à côté. S’il y en a de disponible…", soupire Rémi Jeannin, professeur de sciences économiques et sociales à Morangis (91).

Professeur à partager

Autre motif qui rend vos profs moins disponibles : de plus en plus d’entre eux doivent se partager entre plusieurs établissements. "Dans notre lycée, 5 ou 6 enseignants sur une centaine sont concernés. Cela touche toutes les disciplines, mais surtout les matières qui comptent peu d’heures, comme les arts et les langues. Cela complique les choses pour un professeur (surtout quand il est partagé entre un collège et un lycée), mais aussi pour l’établissement qui doit composer les emplois du temps", explique Guy Savelon, proviseur du lycée Corot de Douai et responsable syndical au SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale). "L’an dernier, une collègue d’espagnol enseignait sur 3 niveaux en lycée et 2 niveaux en collège. Il faut être souple !", se souvient Jean-Charles Fernandez, professeur d’anglais au lycée de Vauréal (95).

Parfois, le grand écart a lieu non pas entre plusieurs niveaux mais entre plusieurs disciplines. Certains professeurs se retrouvent ainsi à enseigner une matière qui n’est pas la leur, sans formation complémentaire. "Cela se produit surtout dans les lycées techniques. Au lieu d’enseigner leur discipline, des professeurs donnent par exemple des cours de maths ou de physique", indique Guy Savelon.

Remplacer un professeur : un vrai casse-tête

Enfin, le casse-tête des proviseurs reste les remplacements. "Si un professeur est malade 5 jours, son congé maladie se termine souvent avant qu’on ne lui trouve un remplaçant. Difficile de déléguer ses cours à ses collègues... Cela ne se passe pas comme ça en Allemagne. Tous les matins, 3 enseignants sont prêts à remplacer les absents au pied levé", assure Pascal Charpentier, proviseur du lycée européen Charles-De-Gaulle de Dijon (21).

Le problème se pose également pour les remplacements longue durée. "Cette année, j'ai été absente 3 semaines. Impossible de trouver quelqu'un pour me remplacer les 15 premiers jours. Finalement, une étudiante de master 2 s'est proposée. Elle a abandonné avant le premier cours, paniquée rien que d'avoir mis le pied dans l'établissement et rebutée par la distance à parcourir", raconte Françoise Varillon, professeur d’anglais au lycée de Sain-Bel (69). "Aujourd’hui, dès que l’on sait que l’on aura besoin d’un remplaçant, on prévient le rectorat. On a intérêt à s’y prendre le plus tôt possible. Par exemple, en juillet pour septembre", indique Christian Rousselot, proviseur du lycée Pasquet, à Arles. En général, les appelés à la rescousse sont des professeurs non titulaires.

Les solutions du ministre. Pour résoudre le problème des remplacements, Luc Chatel, le ministre de l’Éducation nationale, a promis des mesures pour la rentrée 2010. Par exemple, la création d’un vivier de remplaçants par académie, en plus des titulaires, composé soit de jeunes retraités de l'Éducation, soit de stagiaires en fin d’études pour subvenir aux besoins urgents. Ensuite, la possibilité de faire appel à des remplacements inter académiques. Par exemple, un enseignant de l’académie de Créteil pourrait en remplacer un autre de Paris. Enfin, la fin du "délai de carence" – soit 15 jours durant lesquels le chef d'établissement était censé trouver seul des solutions – pour que les enseignants puissent être remplacés dès leur premier jour d’absence.

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Petite nouveauté de l’année 2010 : "Avec la réforme de la formation des enseignants, vous pourrez vous retrouver face à vos professeurs habituels mais aussi face à des professeurs stagiaires et à leurs remplaçants quand ceux-ci seront en formation, ou même personne car les remplacements ne seront malheureusement plus possibles très rapidement dans certaines disciplines vu le manque de personnel disponible. Où est la stabilité nécessaire à la bonne qualité des apprentissages ?", interroge Corinne Delvallet, proviseur du collège et du lycée Lavoisier d’Auchel (62) et secrétaire académique adjointe du SNPDEN.

Virginie Bertereau

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