DOSSIER : RENTRÉE 2010 : LE LYCÉE SOUS TENSIONS
Réforme et suppressions de postes : les mots clés de la rentrée au lycée. Vous ne pouvez pas y échapper. Nous avons interrogé une vingtaine de professeurs et proviseurs, de lycées de toutes régions et tailles confondues, pour connaître leur sentiment à la veille de la reprise des cours et faire un état des lieux 2 ans après la rentrée tumultueuse de 2008.
Lycée : la réforme sème la zizanie chez les professeurs
Vos professeurs et vos proviseurs ont le blues. "L’idée qu’il faut faire mieux avec moins ne passe pas bien. Année après année, la pression ne cesse d’augmenter", affirme Patrick Fournié, proviseur du lycée Duhamel-du-Monceau, à Pithiviers (45). En 2010, la réforme du lycée vient s’ajouter. "Pour parler crûment, c’est un "gros bordel". Les instructions sont distribuées au goutte-à-goutte par l’administration, dépassée par les événements. On avance à l’aveugle. Le proviseur adjoint se casse la tête pour éviter les emplois du temps gruyère. Même l’inspecteur d’académie avoue faire ce qu’il peut", témoigne un professeur de physique-chimie alsacien. "Il faudra un peu de temps, peut-être 2 ou 3 ans, pour que les choses se mettent en place. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter", (r)assure-t-on au ministère de l’Éducation nationale.
Le match des disciplines
La part d’autonomie laissée aux établissements (10h30 de cours par semaine pour une classe de seconde à répartir librement) donne lieu à de nombreuses tractations. "Les professeurs bataillent pour obtenir des heures pour leur discipline. Cela mène à de longues négociations et à une surenchère de projets, parfois irréalistes ou qui n’aboutissent pas", témoigne Rémi Jeannin, professeur de sciences économiques et sociales à Morangis (91). Au proviseur d’arbitrer… "Les enseignants des maths, de français et d’histoire-géo sont venus me voir à tour de rôle pour me demander de préserver leurs heures de dédoublement [des heures de classe en effectifs réduits, NDLR]. J’ai tranché : je leur ai accordé une demi-heure au lieu d’une heure pour dégager du temps pour l’accompagnement personnalisé", raconte Patrick Fournié.
Draguer les parents
Vous ne vous en apercevez pas mais vos professeurs montent toujours au créneau quand on parle de modifier les programmes ou les emplois du temps. Chacun cherche à défendre ses heures, ses emplois, ses territoires, ses privilèges, ses statuts, etc. dans sa propre matière. C’est ce que l’on appelle les lobbies disciplinaires. Ceux-ci jouent à plein quand il s’agit de définir le contenu de cet accompagnement personnalisé (en théorie prévu comme non disciplinaire…) ou de promouvoir les enseignements d’exploration. "Par exemple, lors des journées portes ouvertes, les professeurs de physique-chimie ont essayé de draguer les parents pour obtenir l’inscription de leur enfant en "sciences de laboratoire". La crainte des suppressions de postes aboutit à des dérives corporatistes", déplore Guy Savelon, proviseur du lycée Corot de Douai et responsable syndical au SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale).
Tensions en salle des profs
Les rivalités ont également lieu entre les professeurs d’une même discipline, par exemple, entre ceux qui récupèreront des heures d’accompagnement ou d’exploration et les autres. "Les conflits, les rancoeurs se sentent en salle des profs", confie Évelyne Senior, professeur de lettres classiques au lycée Jacques-Decour, à Paris. "Certains demandent des mutations à l’étranger, d’autres sont contents de partir à la retraite", ajoute-t-elle. L’ambiance est néanmoins un peu plus détendue dans les petits établissements. "Chez moi, tout le monde ou presque participe aux réunions vu le nombre restreint de professeurs – une trentaine – qui se sentent tous concernés. Il y a bien certaines tentatives de négociations, mais, ici, tout se fait en concertation", assure Corinne Delvallet, proviseur du collège et du lycée Lavoisier d’Auchel (62) et secrétaire académique adjointe du SNPDEN.
Des options menacées ?
Autre sujet d’inquiétude : la menace qui plane sur vos options. En 2010, la proviseur du lycée Fénelon de Lille a dû supprimer 2 cours sur 6. Son choix s’est porté sur l’arabe et le russe LV3. Pour ouvrir une classe, il faut dépasser un certain nombre d’élèves. Cela vaut également pour les enseignements d’exploration. "Avec la réforme, les lycées deviennent des pôles spécialisés. Cela permet de faire des économies de moyens avec une offre de formation qui n’est pas proposée partout. Certains lycées seront plus artistiques, d’autres plus scientifiques, etc. Il sera donc possible d’être orienté en première dans un autre établissement", prévient Jean-Charles Fernandez, professeur d’anglais au lycée de Vauréal (95). Prêt à parcourir 15 kilomètres pour étudier le grec ?
Et participez à notre forum :
Dans quel état d'esprit abordez-vous cette rentrée ? Quelles sont vos interrogations ? Comprenez-vous les profs ?
Le match des disciplines
La part d’autonomie laissée aux établissements (10h30 de cours par semaine pour une classe de seconde à répartir librement) donne lieu à de nombreuses tractations. "Les professeurs bataillent pour obtenir des heures pour leur discipline. Cela mène à de longues négociations et à une surenchère de projets, parfois irréalistes ou qui n’aboutissent pas", témoigne Rémi Jeannin, professeur de sciences économiques et sociales à Morangis (91). Au proviseur d’arbitrer… "Les enseignants des maths, de français et d’histoire-géo sont venus me voir à tour de rôle pour me demander de préserver leurs heures de dédoublement [des heures de classe en effectifs réduits, NDLR]. J’ai tranché : je leur ai accordé une demi-heure au lieu d’une heure pour dégager du temps pour l’accompagnement personnalisé", raconte Patrick Fournié.
Draguer les parents
Vous ne vous en apercevez pas mais vos professeurs montent toujours au créneau quand on parle de modifier les programmes ou les emplois du temps. Chacun cherche à défendre ses heures, ses emplois, ses territoires, ses privilèges, ses statuts, etc. dans sa propre matière. C’est ce que l’on appelle les lobbies disciplinaires. Ceux-ci jouent à plein quand il s’agit de définir le contenu de cet accompagnement personnalisé (en théorie prévu comme non disciplinaire…) ou de promouvoir les enseignements d’exploration. "Par exemple, lors des journées portes ouvertes, les professeurs de physique-chimie ont essayé de draguer les parents pour obtenir l’inscription de leur enfant en "sciences de laboratoire". La crainte des suppressions de postes aboutit à des dérives corporatistes", déplore Guy Savelon, proviseur du lycée Corot de Douai et responsable syndical au SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale).
Tensions en salle des profs
Les rivalités ont également lieu entre les professeurs d’une même discipline, par exemple, entre ceux qui récupèreront des heures d’accompagnement ou d’exploration et les autres. "Les conflits, les rancoeurs se sentent en salle des profs", confie Évelyne Senior, professeur de lettres classiques au lycée Jacques-Decour, à Paris. "Certains demandent des mutations à l’étranger, d’autres sont contents de partir à la retraite", ajoute-t-elle. L’ambiance est néanmoins un peu plus détendue dans les petits établissements. "Chez moi, tout le monde ou presque participe aux réunions vu le nombre restreint de professeurs – une trentaine – qui se sentent tous concernés. Il y a bien certaines tentatives de négociations, mais, ici, tout se fait en concertation", assure Corinne Delvallet, proviseur du collège et du lycée Lavoisier d’Auchel (62) et secrétaire académique adjointe du SNPDEN.
Des options menacées ?
Autre sujet d’inquiétude : la menace qui plane sur vos options. En 2010, la proviseur du lycée Fénelon de Lille a dû supprimer 2 cours sur 6. Son choix s’est porté sur l’arabe et le russe LV3. Pour ouvrir une classe, il faut dépasser un certain nombre d’élèves. Cela vaut également pour les enseignements d’exploration. "Avec la réforme, les lycées deviennent des pôles spécialisés. Cela permet de faire des économies de moyens avec une offre de formation qui n’est pas proposée partout. Certains lycées seront plus artistiques, d’autres plus scientifiques, etc. Il sera donc possible d’être orienté en première dans un autre établissement", prévient Jean-Charles Fernandez, professeur d’anglais au lycée de Vauréal (95). Prêt à parcourir 15 kilomètres pour étudier le grec ?
Enseignements d’exploration : vos choix
Les deux enseignements d'économie (sciences économiques et sociales et principes fondamentaux de l'économie et de la gestion), ainsi que "littérature et société" et "méthodes et pratiques scientifiques" ont été les enseignements d'exploration les plus choisis par les élèves qui entrent en seconde à la rentrée 2010. Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, a par ailleurs indiqué que 92 % des lycées proposaient tous les enseignements d'exploration existants.
Les deux enseignements d'économie (sciences économiques et sociales et principes fondamentaux de l'économie et de la gestion), ainsi que "littérature et société" et "méthodes et pratiques scientifiques" ont été les enseignements d'exploration les plus choisis par les élèves qui entrent en seconde à la rentrée 2010. Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale, a par ailleurs indiqué que 92 % des lycées proposaient tous les enseignements d'exploration existants.
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Virginie Bertereau










