1. Médecine : "La PACES n'aide pas tant que ça" pour réussir l'examen d'entrée en Belgique
Enquête

Médecine : "La PACES n'aide pas tant que ça" pour réussir l'examen d'entrée en Belgique

Envoyer cet article à un ami
À la sortie des examens d'entrée pour la première année de médecine en Belgique : une pluie qui ne douche pas les espoirs des nombreux candidats français. // © Aurore Abdoul-Maninroudine
À la sortie des examens d'entrée pour la première année de médecine en Belgique : une pluie qui ne douche pas les espoirs des nombreux candidats français. // © Aurore Abdoul-Maninroudine

Organisé en Belgique pour la première fois, l'examen d'entrée en médecine a réuni 3.471 candidats, dont 20 % de non-résidents. Et parmi ces derniers, de nombreux Français. Si les étudiants semblaient plutôt confiants à la sortie, le taux de réussite devrait pourtant tourner autour de 15 %.

C’était une première. Après six heures d’épreuves, c’est sous une pluie battante que les candidats à l’examen d’entrée en médecine et dentisterie sont sortis, vendredi 8 septembre 2017. Et si certains avaient le visage fermé, nombre d’entre eux arboraient un sourire : l’épreuve de mathématiques, si redoutée, était "plus facile que prévue", se réjouissaient-ils unanimes !

3.471 candidats au total

Alors que 4.200 candidats venus de toute la Belgique francophone étaient attendus sur le plateau du Heysel, à Bruxelles Expo (Belgique), 3.471 candidats se sont présentés le jour J, selon l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur belge). À la clef, un laissez-passer vers la première année d’études de médecine et de sciences dentaires. Le concours existant pour y accéder jusqu’ici ayant été supprimé.

Parmi les 20 % de candidats non-résidents, beaucoup de Français dont Jawad, 19 ans. Il s’est tourné vers la Belgique après deux années passées en PACES (Première année commune aux études de santé) à Rouen, sans succès. "La très grande majorité des Français qui s’inscrivent en Belgique ont déjà fait une année de médecine en France", rappelle ainsi Marco Schetgen, doyen de la faculté de médecine de l’Université libre de Bruxelles.

Des préparations d’été pour la "promotion cobaye"

Ce qui ne veut pas forcément dire que l’examen est plus facile pour eux, estime Jawad : "La PACES n’aide pas tant que ça car ce n’est pas le même programme. L’examen a vraiment été conçu pour les lycéens belges." Même si, admet-il, il a peut-être marqué des points grâce à une meilleure gestion du stress : "Avant l'ouverture des salles à 9 h, on nous a fait attendre et la file d'étudiants était vraiment très longue. J'entendais des remarques de candidats impressionnés alors que moi, j'ai l'habitude."

Malgré ses deux années de PACES, Jawad a donc suivi, comme un grand nombre de candidats interrogés, l’un des cycles de préparation proposés pendant l’été par les cinq universités francophones belges. À l’université de Mons, cette prépa coûte 80 €.

Angela, Juliette ou Cassandre, toutes trois Belges, ont suivies soit une préparation d’été, soit des cours dispensés au cours de l’année scolaire. "Mon mois d'août a été vraiment intense, raconte Juliette. La semaine, le week-end, je n’ai fait que travailler !" "Nous sommes une promotion cobaye, déplore de son côté Angela. Il y avait beaucoup d’incertitudes sur le niveau de difficulté des QCM, et la préparation m’a rassurée. On est coaché, cela crée une dynamique de travail."

L’épreuve de communication et d’éthique, la grande inconnue

Juliette est du même avis mais remarque que les enseignants "les ont peut-être trop stressés sur les mathématiques, dont l’épreuve était plutôt facile, alors que la biologie était vraiment dure". Quant aux épreuves de communication et d’éthique, elles constituent la grande inconnue : "À chaque question, il me semblait que deux réponses parmi celles proposées étaient pertinentes, alors qu’il fallait n’en choisir qu’une", fait savoir Cassandre.

Selma, également française, fait quant à elle partie des 400 reçus-collés des universités belges : arrivée en septembre 2016 à l’université de Liège, directement après un bac scientifique obtenu à Paris, elle vient de finir sa première année de médecine qu’elle a validée, sans pour autant réussir le concours qui permettait jusqu’à présent d’accéder en deuxième année. "C’est vraiment injuste, raconte-t-elle, car je suis à cheval sur la réforme. J’ai dû passer ce nouvel examen dont le programme ne correspond pas à ce que j’ai étudié, à part en biologie."

Lire aussi : Médecine et dentaire : la Belgique instaure un examen à l'entrée des universités

En attendant les résultats, au plus tard le lundi 18 septembre, tous les étudiants ont dû prévoir un plan B en cas d’échec. Dans la majorité des cas, ce sera une première année de sciences biomédicales, ce qui leur permettra de repasser l’examen l’an prochain. C’est d’ailleurs l’orientation que recommande Marco Schetgen aux étudiants sûrs de leur volonté de devenir médecin ou dentiste.

Pour Jawad, la situation est plus compliquée : "Si je suis pris, il faudra que je trouve rapidement un logement à Mons où je me suis inscrit mais à l’inverse, si j’échoue, je vais retourner dans une université française, peut-être en sciences, où les cours auront déjà commencé depuis deux semaines."

Examen ou "concours déguisé" ?

Jawad préfère pour l’instant ne pas penser à cette seconde hypothèse mais la sélection risque d’être rude. Officiellement, tout étudiant ayant obtenu au moins 8/20 par matière et 10/20 par partie aura réussi l’examen. Mais depuis que le ministre de l’Enseignement supérieur belge, Jean-Claude Marcourt, a estimé que le taux de réussite à l’examen tournerait autour de "10 %", la polémique enfle du côté du Comité inter-universitaire des étudiants de médecine, qui dénonce "un concours déguisé".

En réalité, ce taux de 10 % vient des résultats du TOSS, "test d’orientation du secteur de la santé", que tous les étudiants en médecine et dentaire devaient auparavant passer pour pouvoir s’inscrire. "En moyenne, seuls 10% des candidats obtenaient au moins 10/20, explique Marco Schetgen. Néanmoins, le test n’étant pas sélectif, on peut imaginer que les étudiants ne le prenaient pas au sérieux." Lui pense que le taux de réussite sera plutôt de 15 %, chiffre que l’on retrouve également du côté flamand. Réponse dans quelques jours.