1. Montpellier : après huit siècles d'existence, la fac de médecine s'offre une cure de jouvence
Reportage

Montpellier : après huit siècles d'existence, la fac de médecine s'offre une cure de jouvence

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La nouvelle fac de médecine de Montpellier a ouvert ses portes à la rentrée 2017. // © Guillaume Mollaret
La nouvelle fac de médecine de Montpellier a ouvert ses portes à la rentrée 2017. // © Guillaume Mollaret

La doyenne des facs de médecine fait peau neuve avec l'investissement de nouveaux locaux équipés de salles de simulation pour la chirurgie. Reportage.

Rabelais, Rondelet, Bouisson-Bertrand, Chaptal, Lapeyronie… Sur la moquette rouge menant aux cinq amphithéâtres de la nouvelle faculté de médecine de MontpellierNîmes, sont inscrits les noms d’illustres médecins formés ici. Au plafond, d'immenses reproductions de portraits de ces pontes qui ont marqué l'histoire de leurs disciplines surplombent les étudiants.

Ainsi, malgré une architecture moderne, les locaux, situés à une vingtaine de minutes du centre-ville, présentent une forme de solennité conférée par les huit siècles d'histoire de la fac (créée en 1220), jusqu'ici portée par le bâtiment historique jouxtant la cathédrale Saint-Pierre. "Ce sont vraiment de chouettes locaux. C'est très beau. Côté pratique, il y a des choses à améliorer comme la taille de la cafeteria, mais globalement… c'est génial !"

À Montpellier, les étudiants en médecine suivent leurs cours sous le regard de leurs illustres aînés. // © Guillaume Molaret
À Montpellier, les étudiants en médecine suivent leurs cours sous le regard de leurs illustres aînés. // © Guillaume Molaret

Pas besoin de trop pousser Mathilde, Sophie et Carla, étudiantes en troisième année, pour lire le contentement sur leur visage. "L'acoustique est très bonne dans les amphis. Les salles sont bien équipées en termes de connexion… et de climatisation !", juge pour sa part Jérémy alors que le thermomètre affiche encore plus de 34° à l'extérieur.

Étudiant en quatrième et cinquième années, Bram et Marie-Aude apprécient pour leur part la proximité immédiate du CHU (centre hospitalo-universitaire). "Les locaux de centre-ville sont très beaux. Il y a un petit regret de ne plus avoir cours là-bas. Cela dit, à partir de la troisième année, nos journées sont rythmées par les stages qui ont lieu le matin à l’hôpital, alors que les cours se déroulent l'après-midi à la fac. C'est plus pratique désormais car on n'a plus à faire des allers-retours en tram entre le centre-ville et ici", résument-ils.

Des blocs opératoires pour s'entraîner

Si les amphis, tous de couleur rouge en référence à la couleur symbole de la fac montpelliéraine, se trouvent au rez-de-chaussée, des salles de cours pensées pour des groupes d'un maximum de 50 personnes ont été aménagées dans les étages. Au quatrième niveau, à quelques heures de la rentrée, des techniciens mettaient la dernière main à l’installation de dispositifs médicaux dans les salles dites de simulation. "Il s'agit de reconstitution de salles d’urgences et de blocs opératoires, avec des appareils de simulation de cœlioscopie ou d’arthroscopie", explique le professeur Michel Mondain, doyen de la faculté de médecine et chirurgien ORL.

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Jusqu'ici, on n'apprenait que le geste, mais pas la gestion humaine des événements, précise-t-il. Or, la médecine est un travail d'équipe. Être à sa place, savoir prendre des initiatives comme laisser la main au bon moment à un confrère anesthésiste ou un infirmier, cela s'apprend. C'est précisément ce que nous voulons enseigner dans ces salles", complète l'hospitalo-universitaire.

Travailler le dialogue médecin-patient

Outre le savoir (dispensé en amphi), le savoir-faire (essentiellement appris à l’hôpital lors des matinées passées au CHU), la faculté de médecine de Montpellier entend dispenser une forme de savoir-être tant au sein de l’équipe médicale qu’auprès des patients. Depuis plusieurs années, elle donne ainsi des cours de théâtre enseignés par un metteur en scène du conservatoire, des comédiens et un cancérologue.

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"Nous irons plus loin dès cette année dans l’apprentissage de ce savoir-être avec l’intervention de patients-formateurs atteints de maladies chroniques tels que le diabète ou la polyarthrite", promet le doyen. Le but : donner aux étudiants un retour, certes clinique, mais surtout émotionnel des patients quant à leur expérience devant un médecin au sujet de l’annonce de la maladie et de son suivi au quotidien.

L'ancienne fac, abri des traditions

Nantie de ces nouveaux locaux, la fac de médecine montpelliéraine n’en oublie pas pour autant son bâtiment historique. Pour des raisons pratiques, les étudiants de deuxième année y auront toujours cours puisqu’ils n’effectuent pas de stage à l’hôpital. Ceux de sixième année, dans la perspective des ECNi (épreuves nationales classantes informatisées), pourront également venir y travailler.

"La plupart des étudiants vivent en centre-ville. Ce sera plus simple pour nous", acquiesce un groupe d’étudiants croisé tout près de la cathédrale. "Il est important que les étudiants d’aujourd’hui posent leur auguste séant dans l’amphithéâtre d’anatomie où certains de leurs illustres prédécesseurs ont posé le leur", souligne pour sa part, sourire en coin, Michel Mondain.

Par ailleurs, l’historique Salle des actes où les jeunes médecins prêtent le serment d’Hippocrate depuis le XIVe siècle conservera cette fonction. Ainsi, dans le hall, devant les bustes des doyens du moyen-âge, les jeunes médecins continueront de chanter "La Ferraille", une chanson traditionnelle adoptée par les carabins montpelliérains au XIXe siècle. Depuis plus de 100 ans, son air ponctue systématiquement chaque soutenance de thèse. Sa devise étant, en toute modestie, "Jadis Hippocrate était de Cos, maintenant, il est de Montpellier". La faculté de médecine a encore de beaux jours devant elle…