1. Partir faire ses études de santé en Belgique, une bonne stratégie ?
Décryptage

Partir faire ses études de santé en Belgique, une bonne stratégie ?

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La kinésithérapie est l'une des six filières dont l'accès est limité pour les étudiants étrangers. // © Fotolia
La kinésithérapie est l'une des six filières dont l'accès est limité pour les étudiants étrangers. // © Fotolia

En France, les métiers de santé sont extrêmement difficiles d'accès. Même les plus motivés ne sont pas à l'abri de l'échec. La Belgique a longtemps donné leur seconde chance aux recalés du numerus clausus hexagonal, avant d'instaurer un quota maximal d'étudiants français. Qu'en est-il aujourd'hui ? Le point sur la situation, extrait de l'ouvrage “Partir étudier à l'étranger” de Sophie Collet.

Le plat pays a bien plus à offrir que des frites et des blagues… Et les étudiants français le savent bien ! Des filières sélectives comme les études médicales ou paramédicales ont attiré une foule d'étudiants français, avant qu'un quota mis en place par Bruxelles ne stoppe l'exode de l'Hexagone vers la Belgique. Qu'en est-il aujourd'hui ? Est-ce toujours un bon plan de partir en Belgique faire ses études de santé ?

Un enseignement de qualité pour un faible coût

Malgré leur proximité géographique et linguistique, la France et la Belgique entretiennent des cultures d'enseignement bien distinctes.

Pour des frais de scolarité compris entre 350 et 830 € l'année, les étudiants belges peuvent bénéficier de formations dignes des meilleurs établissements français, et avec une sélection bien moins sévère. Même pour les étudiants étrangers qui payent la totalité des droits d'inscription, les sommes engagées sont bien moindres. “Mon école en Belgique est beaucoup mieux équipée que mon ancien établissement en France, pour des frais de scolarité deux fois moins élevés”, juge Meriem, en podologie à Bruxelles. En ce qui concerne la vie quotidienne, les dépenses sont légèrement réduites par rapport à la vie en France.

Comme aux Pays-Bas, le système d'enseignement supérieur belge est dit “binaire”, c'est-à-dire qu'il se partage entre les universités et les hautes écoles, qui ont une vocation plus professionnelle. Cependant leur recrutement et leurs tarifs sont identiques. La Belgique dispose de diplômes en trois cycles (baccalauréat – un faux ami, puisqu'il s'agit de la licence –, master, doctorat) conformes à la déclaration de Bologne.

Si vous vous rendez en Belgique autrement que dans le cadre d'un échange, vous devrez faire reconnaître votre diplôme français (bac ou autre) pour obtenir des équivalences. Le service des équivalences de langue française de Bruxelles se charge d'étudier les demandes. Pour s'inscrire en Flandre, en revanche, il faut contacter directement les établissements. Si vous souhaitez obtenir un diplôme anglophone, choisissez la Flandre, qui propose un plus large éventail de formations.

Pour en savoir plus

• sur le service des équivalences de langue française : equivalences.cfwb.be ;
• sur l'enseignement supérieur en Wallonie : studyinbelgium.be ;
• sur l'enseignement supérieur en Flandre : flandre.be/fr/etudier (site en français).

En Belgique, il suffit de s'inscrire pour être accepté dans une formation, quelle que soit la discipline. “Je n'ai pas eu à passer de concours pour être admise à mon cursus de podologie. Ici, si on travaille, on est beaucoup plus valorisé qu'en France, témoigne Meriem. Le niveau d'exigence est le même, mais le regard des profs est très différent. En France, j'avais souvent l'impression d'être traitée comme une jeune ignorante alors qu'ici les enseignants nous considèrent avant tout comme de futurs confrères.”

Mais l'entrée dans une université ou une haute école ne garantit en rien l'obtention du diplôme. C'est durant le cursus que la sélection aura lieu. Cela dit, il ne s'agit pas d'une logique de concours : si vous avez la moyenne (fixée à 12 sur 20 en Belgique), vous pourrez passer dans la classe supérieure.

Quotas et tirage au sort

Au fil des ans, la “solution belge” est apparue comme miraculeuse à des milliers de jeunes Français en échec dans leurs études médicales ou paramédicales. Infirmiers, orthophonistes, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, podologues ou sages-femmes se pressaient sur les bancs des écoles de Wallonie. Jusqu'à représenter 85 % des effectifs dans certaines filières… Une fois leurs diplômes en poche, ils retournaient exercer en France, où ils obtenaient la reconnaissance de leur diplôme.

En 2006, le gouvernement belge s'est opposé à ce flux migratoire, arguant que le pays, bien qu'il forme chaque année des centaines de jeunes professionnels, faisait face à une pénurie de personnel paramédical. Un quota a été mis en place pour limiter à 30 % la proportion d'étudiants “non résidents” (en pratique surtout des Français) dans neuf disciplines médicales et paramédicales.

Après une bataille juridique à Bruxelles entre la Belgique et les instances européennes, le système a été modifié. À la rentrée 2013, l'accès à six filières était limité. Les étudiants étrangers visant un diplôme de médecine, dentaire, vétérinaire, kinésithérapie, logopédie (orthophonie) et audiologie sont forcés de jouer à la “roulette belge” : pour être admis, leur dossier scolaire doit être tiré au sort.

Cependant, quand toutes les places disponibles ne sont pas occupées par des étudiants belges, certains établissements (mais pas tous, attention) continuent à accepter des étudiants non résidents au-delà des quotas. Ces derniers ne sont alors considérés ni comme des étudiants tirés au sort au titre des quotas ni comme des étudiants belges. Ils entrent alors dans une autre catégorie, les “étudiants étrangers”, et doivent à ce titre s'acquitter de la totalité des frais de scolarité.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux Éditions de l'Etudiant :
Partir étudier à l'étranger”,
par Sophie Collet.