DOSSIER : "J'AI CHOISI MES ÉTUDES PAR DÉFAUT"

Ils rêvaient d’études passionnantes, visaient un métier précis. Les dispositifs de sélection et d’orientation en ont décidé autrement…

Quand on choisit ses études par défaut

Vers 14 ou 15 ans, je savais ce que je voulais être : vétérinaire. Mais au vu des notes que j’affichais en seconde dans les matières scientifiques, et malgré mes efforts pour progresser, j’ai dû y renoncer. » Laure*, 17 ans, actuellement en terminale L, n’a jamais vraiment accepté d’avoir dû abandonner son rêve de petite fille.

« Avec un bac L, mes possibilités d’orientation sont assez réduites, il devient urgent de me décider. Aujourd’hui, j’y pense sans cesse et je vois tout en noir ! Lors du dernier conseil de classe de première, lorsque l’on m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, j’ai répondu : “journaliste”… »

Le vide… ou des idées qui se bousculent

Mais la jeune fille reste indécise : « Un jour je veux être journaliste, le lendemain avocate, mais aucune idées ne s’impose comme une évidence. Pourtant, ce n’est pas faute d’y réfléchir ! Je n’ai même pas envie d’aller voir un conseiller d’orientation, car je pense qu’il ne peut pas grand-chose pour moi. Je ne veux pas m’orienter par défaut, et pourtant, c’est ce qui va m’arriver si je ne parviens pas à trouver un projet d’études concret. »

Le coup de grâce vient souvent des maths

A cause des mauvais résultats en maths, nombre de lycéens doivent enterrer leur projet de métier, à peine est-il formalisé. « Après une première S, j’ai dû intégrer une terminale ES, se souvient Florence, 20 ans. Je rêvais de faire plus tard de l’informatique et du multimédia. Mais j’avais trop de difficultés en maths et en physique, j’ai vite laissé tomber et je me suis retrouvée coulée au deuxième semestre. »
Depuis, Florence avance à tâtons et change d’idée chaque année : elle s’est inscrite en LEA (langues étrangères appliquées), après être passée dans une école de commerce où elle se sentait « complètement larguée ». « A chque veille d'examen, j’ai l’impression de chercher une voie de sortie. Je ne finis jamais rien. Alors que j’étais plutôt dynamique, je suis devenue molle et déprimée. »

Un « zapping » perturbant

Florence passe d’une idée à l’autre, sans prendre le temps d’attendre, de réfléchir, de se poser. « Le problème, c’est surtout vis-à-vis de l’entourage, constate Florence. Mes parents ne disent rien, mais ils sont inquiets et se demandent ce qu’ils peuvent faire pour moi. Et puis, ça leur coûte cher à force ! Mes amis me disent que ce n’est pas grave, mais je les ai entendus dire que je n’étais bonne à rien ou que je devrais aller voir un psy… Peut-être que c’est vrai, je ne sais plus ! »

Des disciplines "repli"

Certaines filières ont ainsi le triste privilège d’être perçues comme des solutions de repli en cas d’échec à l’entrée d’une filière sélective : prépa, BTS (brevet de technicien supérieur) ou DUT (diplôme universitaire de technologie). Selon une étude menée par l’Éducation nationale **, 44 % des étudiants de première et deuxième année de la filière AES (administration économique et sociale) auraient ainsi préféré suivre une autre formation, du type BTS ou DUT.

C'est mon choix…ou celui des parents

Sûr de sa vocation, Guillaume, 23 ans, s’est inscrit en première année de médecine juste après son bac S. Comme il était issu d’une famille de médecins, cette orientation lui avait toujours semblé une évidence, et il avait assez de confiance en lui pour ne pas se laisser décourager par la réputation ultrasélective de cette filière. « J’avais le sentiment d’y avoir tout naturellement ma place », se rappelle-t-il.
Guillaume échoue une première, puis une seconde fois à l’examen de fin de première année, éliminé à cause du numerus clausus, redoutable machine à sélectionner. « Je pensais vraiment pouvoir y arriver. Mais j'ai dû me faire à l’idée de renoncer à ma vocation. »

Vocation ou cliché ?

Faire le deuil d’un projet construit, c’est tout de même dommage… D’autant qu’en avoir un à 18 ans est tellement rare ! Mais peut-on toujours parler de « vocation » ? « Médecin, vétérinaire, avocat, pilote de ligne sont des métiers avec un certain prestige social. Ce sont des stéréotypes, souligne Monique Ronzeau, conseiller d’orientation-psychologue au CIO (centre d’information et d’orientation) Médiacom. C’est ce qui guide les choix d’orientation. Chez certains lycéens, il y a une histoire personnelle et une volonté qui les mèneront à réaliser leur projet. Mais pour la plupart, ce ne sont que des images très peu élaborées. »

Quand démotivation rime avec sanction

« Je suis passé en première littéraire par défaut, et je n’ai pas arrêté de me demander, pendant toute l’année, ce que je faisais dans cette section. » À l’origine, Rémi voulait devenir kiné. « En seconde, j’étais perdu en maths. En fin d’année, les profs m’ont dit que ce serait L ou rien. Je n’avais pas du tout prévu ça. J’avais des facilités dans les matières littéraires, mais je les considérais comme inutiles. Du coup, j’étais complètement décalé . J’ai tellement sous-estimé la difficulté de la série L que j’ai raté le bac de français. » Cette sanction un peu brutale a permis à Rémi de se ressaisir, de se « remotiver » en compagnie de son meilleur ami et d’envisager sereinement de nouvelles possibilités d’orientation pour l’après-bac.

Recadrer ses centres d’intérêt initiaux…

Faire un bilan, envisager autre chose, bifurquer : cela reste une étape délicate, mais indispensable. « À la fin de mes deux premières années de médecine ratées, j’ai regardé quelles matières me motiveraient vraiment, se souvient Guillaume. Et j’ai carrément choisi autre chose. J’ai envisagé, difficilement, des études littéraires. Aujourd’hui, je suis en master d’archéologie, spécialisé dans la période médiévale. »
Guillaume a-t-il agi par dépit ? Dans une certaine mesure, oui, puisqu’il a opéré un choix à l’opposé de ses études de médecine. Mais il a su surmonter sa déception et revenir doucement à ses centres d’intérêt initiaux. Enfin, il les aborde différemment et sereinement, en consacrant ses recherches à la chirurgie médiévale.

… ou saisir l’occasion pour un nouveau départ

Séverine, 18 ans, s’est retrouvée recalée pour de simples problèmes administratifs, alors qu’elle venait de décrocher le bac. «J’avais demandé les deux facs d’arts plastiques de Paris. Mon premier choix est refusé, je me retrouve affectée dans la fac de mon second choix, à une heure et demie de chez moi. Le lendemain, pire : cette seconde fac m’informe que mon inscription a été refusée, en raison d’un sureffectif ! »
La situation n’est pas à proprement parler humiliante : les capacités de Séverine n’ont pas été prises en compte ni contestées. Une fois le sentiment de colère passé, la jeune fille s’est plongée dans une réflexion sur son avenir. Et le constat est sans appel : « À quoi la fac d’arts plastiques m’aurait-elle vraiment menée ? Je ne voulais pas devenir prof d’arts plastiques ni artiste. Mise au pied du mur, j’ai été obligée de chercher d’autres solutions. Aujourd’hui, j’ai découvert une école spécialisée qui forme des décorateurs spécialistes de l’étalage et des vitrines. Un métier auquel je n’aurais pas pensé auparavant… »

* Les prénoms des personnes qui témoignent ont été modifiés afin de respecter leur anonymat.
** Note d’information 03-14 du ministère de
l’Éducation nationale : « Les étudiants en économie-gestion et AES à l’université en 2001-2002 ».

Géraldine Dauvergne

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