1. Pour réussir ses études, peut-on se passer des groupes Facebook de classe ?
Décryptage

Pour réussir ses études, peut-on se passer des groupes Facebook de classe ?

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Le groupe Facebook est souvent un lieu d'échange d'informations de première importance concernant la vie de la classe. // © iStockphoto
Le groupe Facebook est souvent un lieu d'échange d'informations de première importance concernant la vie de la classe. // © iStockphoto

Les groupes Facebook se sont multipliés dans le cadre de la vie scolaire et étudiante. Échanges de cours, informations sur la vie de la classe, groupes de travail, ces communautés ont rapidement trouvé leur place. Mais si elles paraissent de plus en plus indispensables à leurs utilisateurs, attention aux dérives.

Chaque année, le même rituel. Quelques jours à peine après la rentrée, un groupe Facebook réunissant les membres de la classe ou de la promo est créé. Une utilisation de cette fonction du réseau social devenue très répandue. Et si elle se révèle de plus en plus comme incontournable, c'est bien sûr pour les nombreux bénéfices qu’elle offre.

Échanges d'informations sur la vie de la classe

Rappel des devoirs à rendre, changements d'horaires, professeurs absents, voire partage de cours entiers… Le groupe Facebook est avant tout un lieu d'échanges d'informations de première importance sur la vie de la classe. C'est la raison première pour laquelle Sarah a lancé le groupe de sa promo à la faculté de sciences politiques de l'UPEC : "Au début de l'année personne ne se connaît, chacun est tout seul. Pas top pour faire circuler l'information. Du coup j'ai demandé la liste de classe à l'un des profs, et j'ai créé le groupe sur Facebook".

Pour l'administratrice dudit groupe, ce dernier est "carrément indispensable". Et d'ajouter que ce partage en ligne permet de compenser d'éventuels manquements administratifs : "Je ne sais pas combien de modifications horaires on aurait pas eu sans ça. L'information passe très mal à l'université, mais grâce à ce genre de groupe, on rattrape ce retard plutôt bien". Yaël, une étudiante de la même classe, se souvient de cette fois où la communauté virtuelle lui a évité la catastrophe, elle qui n'avait pas eu vent de la dissertation à rendre pour son TD : "Il ne me restait plus que deux jours avant la deadline, mais j'aurais eu un bon zéro si j'avais pas vu ce commentaire. Sur mon plus gros coefficient en plus !"

La plupart du temps réservés aux étudiants et excluant les professeurs, ces groupes servent à relayer des informations sans passer par la case administration, comme le rapporte Mathilde, lycéenne : "Les professeurs donnaient parfois un document à un élève chargé de le faire circuler à la classe." Le corps enseignant a dans l’ensemble un regard bienveillant sur ces pratiques, comme Bruno Dondero, qui professe le droit à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne : "Un des écueils de la vie étudiante est de se retrouver en situation d'isolement, alors si le réseau social leur permet de travailler ensemble, c'est une très bonne chose".

Un moyen de s'intégrer ?

Aussi, les étudiants esseulés peinant à s’intégrer au début de l'année scolaire ou universitaire peuvent trouver là un moyen de sociabiliser. De manière indirecte, surtout, comme en témoigne Sarah : "Les groupes ne sont pas magiques mais permettent au moins de mettre un nom sur un visage, de se mettre en groupe pour des travaux… ça peut parfois déboucher sur des amitiés. Et puis, ils servent aussi à tenir au courant des soirées étudiantes, des week-ends d'intégration, des événements des BDE et des associations".

Mattéo, en master de e-business dans une promo d'une quarantaine de personnes, va aussi dans ce sens : "Quand tu es timide, que tu n'oses pas aller vers les gens, il suffit que tu fasses un commentaire un peu marrant sur le groupe pour que tes camarades te remarquent, ça aide à se faire des potes". Une technique ne fonctionnant pas forcément dans les promos plus nombreuses, où "les conversations en ligne n'aboutissent que rarement sur des amitiés hors ligne", nuance Yaël.

Les groupes ne sont pas magiques mais permettent au moins de mettre un nom sur un visage.

Attention toutefois à ne pas confondre groupe Facebook de classe et site de rencontre. Un écart qu'ont tendance à commettre certains membres, comme le regrette Yaël : "Il y a pas mal d'étudiants, surtout des mecs, qui "stalkent" un peu ces groupes, et si ils y trouvent des filles mignonnes, ils n’hésitent pas à essayer de te retrouver dans la fac et venir vers toi ou t'envoyer un message Facebook pour te demander une info."

Des usages parfois abusifs

Y a-t-il une ombre au tableau au milieu de tant d'avantages ? Le fonctionnement des groupes, tout d'abord, peut surprendre : ce sont souvent les mêmes têtes, les "bons Samaritains" comme les appelle Louis (HEC) qui font l’effort de partager les renseignements utiles, leurs fiches et leurs cours. "Les étudiants ne sont pas forcément reconnaissants, et ont tendance à considérer que c’est un dû d’avoir toutes ces infos sans fournir d’effort", se désole Yaël. Quant à Elsa, en terminale à Toulouse, elle déplore, en exagérant un peu, le partage des devoirs maison sur le groupe de sa classe : "Le lendemain, la moitié des élèves rend la même copie !"

De même dispenser à l’échelle d’une promo des cours entiers n’est pas sans risque, et peut flirter avec l’illégalité. Étudiant en droit à Bordeaux, Eva estime que "les profs voient d’un mauvais œil que leur cours soient partagés sur Internet, parce que des personnes qui ne sont pas leurs étudiants peuvent y avoir accès". À cet égard, la loi garantit aux professeurs d’université leurs droits d’auteur sur leurs cours, y compris si ceux si sont donnés oralement. "Lors des derniers examens, raconte Clara, étudiante en droit à Assas, un professeur de l'université a menacé d'agir en justice contre les administrateurs du groupe pour non respect de ses droits d'auteurs, car ses cours avaient été diffusés sur le groupe sans son autorisation."

Enfin, les groupes Facebook peuvent, à l’instar de tout lieu social, être le théâtre de railleries, voire de harcèlements. Du moins, au collège et au lycée, comme le dénonce Elsa, lycéenne : "Les "victimes" de la classe y sont souvent critiquées". Des comportements cependant marginaux.

Malgré ces inconvénients, le groupe Facebook s’est imposé comme un service indispensable. De quoi handicaper les irréductibles anticonformistes qui n’utilisent pas le réseau social. Mais même pour eux, des solutions existent. À commencer par avoir un ami dans la promo qui, lui, a Facebook.

Trois conseils pour maîtriser l'utilisation des groupes Facebook

– Ne diffusez jamais de cours sans l'autorisation du professeur, au risque de poursuites.

– Méfiez-vous des cours partagés sur votre groupe. L'étudiant l'ayant diffusé est-il fiable ? Quel est son niveau ? Tâchez de veiller à la provenance des documents, privilégiez les personnes de confiance, de préférence que vous connaissez.

– Ne vous contentez pas d'une utilisation passive, celle qui consiste à attendre que les informations vous tombent dessus. Au contraire, impliquez vous, commentez, partagez vos renseignements avec ceux qui en ont besoin. Vos camarades s'en souviendront quand vous serez à leur place.