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DOSSIER : Le bac philo est-il une loterie ?

L’épreuve de philo est-elle juste ? Les 486.713 candidats au bac 2010 qui ont passé l'épreuve le 17 juin se demandent si leur note dépendra seulement de leur capacité à maîtriser le programme de terminale, ou si elle relèvera surtout de la subjectivité du correcteur. Pour en avoir le cœur net et les aider à comprendre comment ils sont évalués en philo à l’examen, l’Etudiant a demandé à 10 enseignants de noter la même copie. Résultat : l’équité n’est pas garantie. Non seulement les notes vont de 6 à 14, mais surtout, les commentaires sont parfois contradictoires.

Bac philo : les secrets de fabrication des notes

 

Pour notre expérience de "multicorrection", chaque professeur de philosophie a noté la même copie de terminale de son côté, sans aucune concertation avec les autres correcteurs… et les écarts de notes ont été importants (de 6 à 13 !). Il en va en principe autrement pour le bac : les correcteurs se consultent à deux reprises avant d’attribuer une note définitive à chacune de leurs copies. Explications à travers la procédure telle qu’elle se déroule à Paris.

Une première "réunion d’entente"

Cette année comme les années précédentes, les correcteurs de philo de l’académie se retrouveront au lycée Carnot (situé dans le XVIIe arrondissement) pour assister à ce qu’on appelle une réunion d’entente. Nous serons 2 jours après l’épreuve de philo. Tous arriveront dès le matin pour ne repartir que le soir, se succédant à l’entrée de l’établissement, avec sous le bras des paquets de copies à corriger. Ils auront déjà pris le temps de les regarder et auront pu voir "la tendance" de la saison.

Les notes dans un chapeau

L’habitude ce jour-là veut que les professeurs se répartissent dans les classes vidées de leurs élèves selon les séries du bac. Dans chaque salle, les bureaux sont disposés en cercle, l’assemblée est présidée par un inspecteur général de philosophie (qui passera de salle en salle tout au long de la journée) et par un professeur expérimenté, généralement aussi formateur à l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres).
Un des enseignants lit alors une copie au hasard, puis chacun donne anonymement la note qu’il aurait attribuée, en glissant un petit papier dans un chapeau. Celui qui a mis une note beaucoup plus basse que les autres (il doit se désigner) est aussitôt questionné. On lui demande d’expliquer sa notation et comment il a compris le sujet. Objectif : s’accorder sur une interprétation commune. “Parfois, les correcteurs ont la même interprétation du sujet, mais une grille d’évaluation différente, explique Élisabeth Durand-Colson, inspectrice générale de philosophie. Certains notent plus sévèrement, mais, après discussion, on essaie de s’accorder sur une même évaluation pour un même type de copie.” Fin de la journée, les correcteurs se séparent sur le trottoir, désormais fixés sur la manière dont ils devront corriger la fournée de l’année.

Deuxième rendez-vous avant les notes finales

C’est de nouveau au lycée Carnot que les correcteurs se retrouvent quelques jours plus tard, après avoir attribué une note à chaque copie qui leur a été confiée. Réunis à nouveau dans une salle de classe, ils donnent un à un à l’assemblée la note moyenne, la note médiane, la note la plus basse et la note la plus haute. La médiane est la note charnière : la moitié des copies a une note inférieure, l’autre moitié une note supérieure. C’est un indicateur plus important encore que la moyenne : il permet de connaître de façon plus précise la répartition des notes.

Lecture à voix haute des copies à problème

C’est à ce moment-là que les correcteurs lisent à voix haute les copies des devoirs qui leur ont posé problème. Chacun met sa note sur un bout de papier, pendant qu’un chapeau tourne. Un professeur lit toutes les notes attribuées. “Un jour, tous voulaient mettre 14, alors que moi, je n’aurais mis que 6 à la copie. J’ai cru qu’ils étaient devenus fous !” se souvient un enseignant parisien. Dans ce cas, la majorité va essayer de persuader le correcteur “déviant” de remonter sa note, d’autant plus si un écart est constaté avec le dossier scolaire de l’élève.

"S’efforcer d’être indulgent"

Ce système joue en quelque sorte sur la culpabilité des profs. “Nous nous efforçons d’être indulgents, car nous savons qu’une sévérité excessive ne peut que nuire à notre discipline”, affirme Laurence Hansen-Love, professeur de philosophie. Tout est fait pour que les élèves ne souffrent pas d’un excès de nos exigences, car nous sommes conscients de notre manque de fiabilité.”

Sophie de Tarlé
17 juin 2010

Merci à Marc-Henri Arfeux, Serge Cosperec, Carole Diamant, Jean-Jacques Guinchard, Laurence Hansen-Love, François Jourde, Charles Pépin, François Pépin, Simon Perrier, Sylvain Reboul, Gilles Vervisch.
 

Dans ce dossier "le bac philo est-il une loterie ?" :
L'évaluation de la philo au bac : juste ou pas ?
10 correcteurs face à une même copie de philo : des écarts de résultats
1 copie de philo, 10 correcteurs : ce qu’en pensent les profs
Bac philo : les secrets de fabrication des notes
Les corrections de 10 professeurs pour la même copie
Correction 1 : 6/20
Correction 2 : 6-7/20
Correction 3 : 8/20
Correction 4 : 11/20
Correction 5 : 11-12/20
Correction 6 : 12/20
Correction 7 : 12/20
Correction 8 : 12/20
Correction 9 : 12-13/20
Correction 10 : 13/20

Et discutez de ce sujet sur nos forums : pensez-vous que la correction de la philo est subjective ?

jeudi 17 juin 2010

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