DOSSIER : Le bac philo est-il une loterie ?
- Le bac philo est-il une loterie ?
- Dans les coulisses des commissions de correction du bac
- L’évaluation de la philo au bac : juste ou pas ?
- 10 correcteurs face à une même copie de philo : des écarts de résultats
- 1 copie de philo, 10 correcteurs : ce qu’en pensent les profs
- Bac philo : les secrets de fabrication des notes
- Corrections d'une même copie de philo : un prof note 11/20
- Corrections d'une même copie de philo : un prof note 12/20
- Corrections d'une même copie de philo : un prof note entre 6 et 7
L’épreuve de philo est-elle juste ? Les 486.713 candidats au bac 2010 qui ont passé l'épreuve le 17 juin se demandent si leur note dépendra seulement de leur capacité à maîtriser le programme de terminale, ou si elle relèvera surtout de la subjectivité du correcteur. Pour en avoir le cœur net et les aider à comprendre comment ils sont évalués en philo à l’examen, l’Etudiant a demandé à 10 enseignants de noter la même copie. Résultat : l’équité n’est pas garantie. Non seulement les notes vont de 6 à 14, mais surtout, les commentaires sont parfois contradictoires.
Vous avez passé votre bac, vos copies ont été corrigées et les résultats sont tombés. Nous avons voulu savoir comment travaillaient les différentes commissions sur les notes. Et si le correcteur pouvait décider seul de celle qu’il vous avait donnée.
Dans les coulisses des commissions de correction du bac
Non, le correcteur du bac n’est pas seul ! Avant qu’ils ne s’attaquent à leur paquet de copies, les correcteurs d’une même discipline et d’une même série se réunissent pour une commission d’entente. « Une ou deux copies corrigées spécialement pour l’occasion par chacun – des exemples – sont photocopiées pour que tous les profs présents puissent échanger sur leur évaluation, explique Philippe Watrelot, professeur de SES (sciences économiques et sociales), correcteur de la session 2010. Ensuite, il y a beaucoup de passion dans les discussions autour de la notation. » La méthode choisie par la commission à laquelle a participé le prof de SES a consisté à définir ce que serait la copie moyenne, celle à laquelle on mettrait un 10/20, puis de raisonner en bonus/malus, en spécifiant les éléments susceptibles d’apporter ou d’ôter des points.
Commission d’harmonisation par matière : surtout dans les matières littéraires
Depuis qu’il corrige l’épreuve de sciences économiques et sociales (soit depuis 30 ans), Philippe Watrelot n’a quasiment jamais participé à une commission d’harmonisation, qui suit parfois la commission d’entente. La différence entre les deux ? En commission d’harmonisation, les professeurs d’une même discipline et d’une même série reviennent avec tout leur paquet de copies corrigées. « En général, il n’y a qu’une commission : la commission d’entente avant la correction », témoigne Philippe Watrelot. « En français et philosophie, en revanche, les commissions d’harmonisation sont systématiques, assure le directeur de la Maison des examens d’Ile-de-France. Elles permettent de gagner en cohérence et de faire en sorte que le professeur ne soit pas seul devant sa copie. En SES, comme dans les matières scientifiques, des PIT (permanences d’information téléphonique) ont été mises en place en Ile-de-France. Elles se substituent aux commissions d’harmonisation. Pour que le correcteur, qui est généralement dans une posture de doute par rapport à sa notation, puisse dialoguer avec ses collègues », ajoute-t-il.
Harmonisation improvisée entre collègues
Ce doute, Soizic Guérin-Cauet, correctrice de l’épreuve d’anglais depuis 7 ans, l’a éprouvé cette année. Et comme elle n’avait ni commission d’harmonisation, ni PIT, elle a improvisé une harmonisation informelle avec 4 autres collègues d’anglais qui planchaient sur la même épreuve. « Parce que je trouvais un peu bizarre de n’avoir que deux notes sous la moyenne après avoir corrigé 20 copies », précise la correctrice d’anglais, finalement rassurée par les réponses de ces alter egos qui avaient également mis de bonnes notes. Trop facile l’épreuve d’anglais en STI (sciences et techniques industrielles) de la session 2010 ? « Il faut resituer les choses. C’est une épreuve d’anglais dans une série technologique, où les élèves ne sont pas destinés à devenir linguistes. L’épreuve consistait surtout à répondre vrai ou faux ou à justifier sa réponse en citant le texte. Le candidat n’était pas amené à rédiger ses réponses, comme c’est le cas dans un bac général. Je pense que mes élèves de seconde générale qui se destinent à une première ES, S ou L seraient capables de la réussir », explique-t-elle.
Le prof souverain, au nom de la liberté pédagogique
D’après Philippe Watrelot, « la commission d’harmonisation manque parce que l’on connaît les biais de la notation depuis les travaux très anciens sur ce sujet qui datent de 1925. Et aussi parce qu’elle est une très bonne occasion de parler de pédagogie entre profs de la même discipline qui se réunissent rarement ». De son expérience de salle des profs, Soizic Guérin-Cauet avance une explication à cette absence d’harmonisation après correction. Pour elle, « le prof est réticent par nature et n’apprécie pas facilement qu’on puisse remettre en cause sa notation ». Selon le professeur de SES, cette question pourrait même déclencher des passions au nom de la liberté pédagogique. En guise d’anecdote, Philippe Watrelot évoque le cas de l’un de ses meilleurs élèves admis en prépa sanctionnée d’un 1/20 à l’épreuve de SES au bac. Après avoir effectué sa propre enquête, le professeur a constaté que le correcteur concerné avait mis cette note aux trois quarts des copies de bac, et qu’aucune commission d’harmonisation n’avait eu lieu. « Penser qu’un correcteur puisse mettre 8 ou 18/20 à toutes les copies pour être dispensé de correction l’année suivante, comme je l’ai entendu, relève de la légende urbaine », certifie Stéphane Kesler, directeur de la Maison des examens d’Ile-de-France. Le médiateur de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur est sollicité chaque année par des parents d’élèves qui estiment avoir été injustement notés au bac. Son rapport 2007 détaille cette problématique et insiste sur la nécessité de rendre la commission d’harmonisation obligatoire par décret précisant les modalités des épreuves du baccalauréat.
Copies et livrets convoqués pour le jury
Toutefois, l’harmonisation se fait quand même le jour du jury, où tous les profs qui ont corrigé les épreuves d’un même groupe de 100 ou 200 candidats se retrouvent. « Mais demander à revoir une note n’est jamais une injonction. Rien n’est obligatoire », nuance Philippe Watrelot. Reste que c’est au moment du jury qu’un correcteur peut être amené à vous accorder le point supplémentaire qui vous permet de passer l’oral de rattrapage alors que vous n’atteigniez pas les 8/20, d’être admis au premier tour lorsque vous frôliez la moyenne ou d’avoir une mention que vous auriez pu rater de deux dixièmes. « Au jury, c’est le livret scolaire qui fait la différence. On peut considérer que le bac a été un accident pour un élève dont la note moyenne est 9,5/20 alors qu’il a eu 12 toute l’année et de bonnes appréciations. Dans ce cas, on va le faire passer », note Soizic Guérin-Cauet. Les cas litigieux sont passés en revue par le jury la veille des résultats du bac. A ce moment là, vos copies ne sont plus tout à fait seules. Et votre livret fait la différence.
Isabelle Maradan
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Les corrections de 10 professeurs pour la même copie
Correction 1 : 6/20
Correction 2 : 6-7/20
Correction 3 : 8/20
Correction 4 : 11/20
Correction 5 : 11-12/20
Correction 6 : 12/20
Correction 7 : 12/20
Correction 8 : 12/20
Correction 9 : 12-13/20
Correction 10 : 13/20
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jeudi 08 juillet 2010







