Corrigé du Bac STL : le sujet de Philosophie sujet 1

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Le sujet de Philosophie sujet 1  :


Les échanges sont-ils toujours intéressés ?

Le corrigé de Philosophie sujet 1, Bac STL


Les échanges sont-ils toujours intéressés ?


Problématisation possible :

il y a échange quand on donne ou cède quelque chose contre quelque chose. Il apparaît logique de penser que si on accepte de se défaire de quelque chose que l’on possède, c’est parce que nous avons besoin ou envie de ce que l’on va obtenir en retour. Donc les échanges semblent être de fait intéressés dans le sens où c’est l’intérêt qui fait qu’on accepte de perdre ce qu’on a en échange de ce qu’on n’a pas. C’est particulièrement clair dans les échanges économiques ou marchands, où l’intérêt est le moteur de l’échange. Mais dire que l’échange est intéressé, c’est aussi prononcer un jugement de type moral sur l’échange en disant qu’il est nécessairement égoïste et qu’il doit automatiquement se solder par un gain, qui ne tient pas compte de l’intérêt des autres ou d’autres valeurs.

Si l’échange était uniquement intéressé pourquoi  acheter des produits issus du commerce équitable par exemple, pourquoi une exigence de justice dans l’échange, l’inégalité pouvant m’être parfois plus avantageuse. On peut donc penser que l’échange peut être guidé par d’autres valeurs ou priorités que le seul intérêt égoïste. L’intéressé s’opposant au désintéressé, le sujet invite à envisager la possibilité d’un échange gratuit, comme un échange de paroles, de signes d’affection qui semble ne pas répondre à un intérêt, mais  être fait pour le plaisir même d’échanger ou pour l’autre. En somme le sujet invite à s’interroger sur la raison d’être de l’échange et à se demander si tout échange doit être réduit à l’échange de type économique, marchand essentiellement fondé sur l’intérêt.

 

Un plan possible parmi d’autres :

 

1. L’échange semble avoir pour raison d’être l’intérêt, il serait toujours intéressé car l’intérêt serait une caractéristique essentielle, constitutive  de l’échange.

-       si l’échange existe c’est parce que chaque individu ne peut pas se suffire à lui-même, donc c’est parce qu’il a besoin de ce qu’il n’a pas et que l’autre a, qu’il y a échange.

-       Même si l’échange est favorable à la prospérité de la société, il reste motivé par l’intérêt personnel, « Sur un marché, ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage. »  Adam Smith (1723-1790)

-       Si l’échange produit « un sentiment de justice exacte » comme le dit Montesquieu, c’est parce que chacun ne voit que son intérêt et ne veut pas être lésé, d’où une stricte égalité attendue.

 

Cependant, même si l’intérêt est à l’origine et au cœur  de l’échange, on peut penser que l’échange n’est pas seulement intéressé, dans le sens où il peut prendre en compte certaines valeurs ou qu’il peut y avoir des échanges dont l’intérêt n’est pas la cause.

 

2. Il semble possible d’envisager l’existence de quelques échanges qui ne soient pas seulement guidés par l’intérêt. L’échange semble pouvoir être  parfois désintéressé.

-       dans le sens où on peut ne pas voir que son intérêt dans l’échange. L’échange peut être accompagné d’exigences qui ne relèvent pas de l’intérêt, comme des convictions éthiques, morales, politiques.  On peut ici penser au commerce équitable qui exprime un souci de justice qui dépasse notre intérêt égoïste, qui se contenterait du prix le plus bas et serait indifférent aux conditions de vie des producteurs.

-       dans le sens où il peut y avoir des échanges par devoir, par tradition. On peut penser que l’échange intéressé n’existe que quand la communauté n’existe  plus, que c’est la fin du partage d’une production collective où chacun fait sa part comme membre d’un tout qui  se doit de prendre soin de chacun.

-       dans le sens où on peut penser comme Hume, que « quoique ce commerce intéressé́ commence à prendre place et à prédominer dans la société́ », il existe encore des  actes de générosité, des relations d’amitié où on peut Je rendre service aux personnes que l’on aime et que l’on  connaît plus particulièrement « sans avoir en vue un avantage et ces personnes peuvent me rendre le même service en retour sans autre intention que celle de récompenser mes services passés. » Il n’y a pas ici de calcul, de logique de perte et de gain, mais l’idée d’une volonté altruiste de faire plaisir, d’aider ou de remercier.

 

Donc les échanges ne sont pas toujours intéressés dans le sens où l’intérêt n’est pas le seul paramètre des échanges et où les échanges entre les hommes ne se réduisent pas au modèle de l’échange marchand, ni l’homme à un homo oeconomicus. Il semble donc  possible d’envisager des échanges désintéressés.

 

Mais pour finir on pouvait malgré tout se demander :

 

-       si ce désintéressement est bien réel, si l’homme est bien capable de se défaire du souci de son intérêt. Si le service rendu ne l’est pas dans l’attente d’un retour, n’est-ce pas aussi le plaisir personnel de faire plaisir, d’aider qui le motive ? Un acte moral avec une intention pure, tel que l’exige la morale de Kant par exemple, est-il envisageable ? Dans l’échange de cadeaux n’y a-t-il pas un plaisir d’offrir, d’être  reconnu, voire d’endetter ? Dans ce cas, les échanges seraient toujours intéressés car l’intérêt est à la racine même de la volonté de l’homme, qui ne peut être animé que par ce motif pathologique.

 

-       si l’esprit de commerce en s’étendant et en se propageant n’a pas fini par corrompre les « mœurs pures » et par nous éloigner des « vertus morales  qui font qu’on ne discute pas toujours ses
intérêts avec rigidité, et qu’on peut les négliger pour ceux des autres » comme le pensait Montesquieu, moins optimiste que Hume.

 

-       si cette présence de l’intérêt dans l’échange et dans les relations humaines est vraiment à condamner, le souci de soi n’est pas nécessairement égoïsme fermé sur soi et si l’amour propre, la « fureur de se distinguer » sont condamnables et nous opposent aux autres, l’amour de soi, le souci de sa conservation n’est pas condamnable et même selon Rousseau, "modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu"

 

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