DOSSIER : JEUNES DIPLÔMÉS HANDICAPÉS EN RECHERCHE D’EMPLOI : DES OPPORTUNITÉS À SAISIR

Désormais obligées d’employer un minimum de 6 % de travailleurs handicapées, de plus en plus d’entreprises se dotent d'une Mission handicap et multiplient les campagnes de communication pour attirer les populations concernées. Avis aux candidats en situation de handicap : le marché de l’emploi est porteur, en particulier pour les plus diplômés.

Emploi : les entreprises en quête de travailleurs handicapés diplômés

Travailleuse handicapéeDepuis 2005, les entreprises qui n’emploient pas un minimum de 6% de travailleurs handicapés doivent verser une compensation financière à l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle de personnes handicapées). Un cadre légal qui a dynamisé les actions en faveur de l’intégration de personnes handicapées.

Durcissement de la loi à l’encontre des entreprises qui ne respectent pas le quota

Début 2010, nouvelle onde de choc pour les entreprises. La pénalité annuelle est passée à 1.500 fois le smic horaire brut (soit environ 13.000 €) par personne handicapée manquante dans leur effectif, contre 400 à 600 fois auparavant. Ainsi, une société de 6.500 salariés qui emploie 2% de travailleurs handicapés doit verser plus de 3 millions d’euros à l’Agefiph.

“Malgré la crise, cette perspective a incité bien des patrons à faire des efforts. Aujourd’hui, 70% des entreprises emploient au moins une personne handicapée, et la proportion atteint 95% dans les grandes structures”, constate Sébastien Bompard, associé du cabinet de recrutement Taste, spécialisé dans le recrutement des cadres.

Pénurie de candidats titulaires d’un bac+5

Une entreprise sur 2 atteint le quota de 6 %. Parmi les bons élèves, des entreprises recrutant à des postes peu qualifiés, comme les hypermarchés Carrefour, qui réussissent à employer 6,5% de personnes handicapées. Celles qui embauchent des profils cadres se heurtent toutes au même obstacle : la pénurie de hauts potentiels. Et pour cause, seuls 12% des handicapés sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

“Le demandeur d'emploi handicapé moyen a 45 ans, un niveau
CAP (certificat d’aptitude professionnelle) ou bac pro et est chômeur de longue durée. Le problème c’est que nos postes d’entrée se situent dans les réseaux d’agences à bac+2/3”, ironise Lydia David-Duluc, responsable du département RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) pour le groupe bancaire BPCE, qui emploie environ 3% de travailleurs handicapés.

Même son de cloche chez Dassault Systèmes. “Nous recrutons principalement des ingénieurs qui parlent couramment l'anglais, ça ne facilite pas l’embauche de travailleurs handicapés, explique Marie-Noëlle Bordier, responsable de la Mission handicap. Nous avons recruté 6 collaborateurs en 2003 et 20 en 2010, cela progresse. Malheureusement, notre campus a déménagé de Suresnes (92) à Vélizy (78) et la distance n'est pas toujours compatible avec le handicap des candidats.”

Les grandes entreprises comme les PME de plus en plus sensibilisées

Un vent de panique souffle dans les grandes entreprises, qui mesurent leurs risques financiers. “La tension s'est accrue, car les entreprises s'arrachent les jeunes en situation de handicap”, observe Marie-Noëlle Bordier. Au point que la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) a dû rappeler dans une délibération, en juin 2010, que la discrimination positive est interdite. Une entreprise ne peut en aucun cas réserver un poste à un travailleur handicapé.

“Elles font appel à nous, car elles se retrouvent au pied du mur, ajoute Sébastien Bompard, associé du cabinet Taste. Si une entreprise ne peut en aucun cas demander à un cabinet de recruter une personne handicapée, en revanche, elle peut agir sur son ‘sourcing’ [processus ayant pour objectif d’identifier des candidats correspondant aux profils recherchés, NDLR] et travailler avec des associations dédiées au monde du handicap. Et sur 2 candidats à compétences égales, elle a le droit de privilégier le profil handicapé.”

Les mentalités sont toujours en cours d'évolution, mais les grands groupes sont moteurs du changement, les PME (petites et moyennes entreprises) commencent même à leur emboîter le pas. “C’est une bonne période pour les personnes en situation de handicap, résume Sébastien Bombard. À leur place, je ne le cacherais pas.”

Pas si simple au niveau opérationnel

Attention à ne pas verser pour autant dans un optimisme béat quand on est candidat. “Malgré la bonne volonté des entreprises, le recrutement des handicapés n'est pas toujours simple. Si la déclaration du handicap peut accélérer le processus au niveau RH, ça peut être un frein au niveau de l'opérationnel, qui vise l'efficacité”, souligne Marion Sebhi, responsable du pôle développement chez Hanploi, site Internet spécialisé dans le recrutement des personnes handicapées.

“On dit que les personnes handicapées diplômées sont des perles rares mais c'est faux, nous rencontrons toujours des difficultés à accéder à des postes à forte valeur ajoutée”, lâche Diane, une diplômée de l'École polytechnique, coanimatrice du réseau HEVAH (Hautes études et vie active avec un handicap). “Les entreprises proposent aux handicapés des postes en bureau, sous-dimensionnés et pas adaptés. Ça leur fait peur de nous donner des responsabilités, surtout en début de carrière. C'est seulement une fois que nous avons réussi à dépasser le plafond de verre, particulièrement lourd pour nous, que ça devient plus simple.”

Programme Handimanagement : pour sensibiliser les futurs managers
Companieros, organisme de formation spécialisé dans la RSE (Responsabilité sociétale de l'entreprise), a mis en place le programme pédagogique Handimanagement, déployé dans 45 grandes écoles et universités, dont l’objectif est de favoriser l'intégration professionnelle des personnes handicapées. “Dans chaque établissement, nous formons une équipe de 5 à 10 étudiants, chargée de sensibiliser les autres étudiants et de les convaincre d’assister à 3 temps forts : formation aux notions clés du handicap, rencontre avec des intervenants et mises en situations managériales”, explique Isabelle Ortiz, responsable du programme. “Les participants qui ont validé ces 3 étapes passent ensuite une épreuve individuelle sur le site Companieros pour valider leur engagement et leur compréhension du sujet. Ceux qui réussissent cette étape finale reçoivent le label Handimanager. C’est un plus sur le CV, car les grandes entreprises connaissent ce label”, conclut Isabelle Ortiz. En 2009, 1.200 étudiants ont été labélisés.
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Marie-Anne Nourry
Mars 2011

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