1. 7 pistes pour surmonter les discriminations à l'embauche
Enquête

7 pistes pour surmonter les discriminations à l'embauche

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La discrimination à l'embauche constitue un délit pénal. // © plainpicture/Design Pics
La discrimination à l'embauche constitue un délit pénal. // © plainpicture/Design Pics
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Se faire parrainer, démarrer sa carrière à l'international, créer son entreprise... Voici 7 voies possibles pour surmonter les discriminations à l'embauche.

1. Se faire parrainer

“Le tutorat, c'est magique ! sourit Amadou Diallo, 31 ans, chef de projet informatique et télécoms chez BNP Paribas. Grâce à un tuteur de chez SFR, j'ai pu découvrir pendant mes études une grande entreprise et les possibilités de carrière qui s'y présentaient, notamment les postes correspondant à ma formation.”

Le parrainage facilite l'insertion professionnelle pour les jeunes qui ont des difficultés d'accès à l'emploi : manque de réseau, difficile maîtrise des us et coutumes de la vie en entreprise... Un bénévole, professionnel en activité (ou retraité), partage son expérience et ses réseaux avec le diplômé.

Le gouvernement a lancé au printemps 2016 une plate-forme pour candidater au parrainage. Du côté des jeunes diplômés, divers réseaux existent et ont fait leurs preuves. Passeport Avenir, par exemple, a accompagné plus de 20.000 jeunes de milieux populaires issus de la diversité depuis 10 ans pour leur ouvrir les portes des entreprises. De son côté, l'association NQT (Nos quartiers ont des talents) a accompagné 5.457 jeunes diplômés en 2015 grâce à 3.600 parrains et marraines. “71 % de ces jeunes ont trouvé un emploi pérenne et qualifié en 7 mois en moyenne”, se réjouissent les deux fondateurs, Raynald Rimbault et Yazid Chir.

2. Cibler les entreprises impliquées dans la diversité

“Le fait d'être une fille d'origine étrangère a certes joué en faveur de mon recrutement, mais j'ai réussi tous les tests au même titre que les autres, confie Gamra Al Habbo, jeune ingénieure (INSA Toulouse) de 24 ans, originaire du Tchad et récemment embauchée chez Gemalto, une entreprise de sécurité numérique. Les ressources humaines ayant des objectifs de recrutement de personnes issues de la diversité, j'ai bien conscience que mon embauche avait quelque chose d'artificiel...” ajoute-t-elle.

Prenez au mot ces grandes entreprises qui se vantent d'avoir signé la charte de la diversité ou décroché les labels Égalité ou Diversité. “Nous n'avons pas de quotas. Nous recrutons des profils issus de la diversité parce que cela augmente la performance de l'entreprise”, assure ainsi une responsable ressources humaines de la Française des jeux.

Attention toutefois : “Beaucoup d'entreprises ont mis en place une politique et des process en faveur de la diversité mais il y a souvent un écart dans les pratiques”, remarque Benjamin Blavier, le fondateur de Passeport Avenir. Certaines soignent leur “marque employeur” en s'affichant en faveur de la diversité, ce qui ne les empêche pas de continuer à recruter les mêmes profils dans les mêmes viviers. Les responsables de RH interrogés par l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) le reconnaissent eux-mêmes :  le bénéfice attendu de leur pratique en faveur de la diversité est en priorité l'image de marque de l'entreprise (à 37 %), loin devant l'amélioration du recrutement (27 %). En clair : jouez le jeu, profitez des objectifs fixés aux RH en matière de recrutement mais ne soyez pas dupe !

3. Tabler sur les PME

“Quand je passe des entretiens avec des entreprises de taille humaine, je peux plus facilement être moi-même, en portant mon foulard par exemple”, témoigne Nubia, 28 ans, diplômée du programme grande école de l'Inseec. Les PME (petites et moyennes entreprises) sont-elles plus ouvertes à la diversité ? “La réalité des discriminations en leur sein est très disparate. Tout dépend du dirigeant de l'entreprise qui, souvent, recrute lui-même, faute d'avoir un service ressources humaines”, estime Benjamin Blavier. Au contraire des grandes entreprises, les PME peuvent être plus conciliantes pour pourvoir à leurs besoins en recrutement et privilégier les compétences.

4. Se faire recruter dans la fonction publique

Le secteur public serait-il moins discriminant que le privé ? Les employeurs y recrutent principalement sur concours. Donc, les talents priment. Néanmoins, “les épreuves peuvent être indirectement discriminantes, pointe Benjamin Blavier. Il suffit de rehausser le niveau exigé de culture générale ou d'anglais. Si vous n'avez pas eu des parents assez cultivés pour vous emmener tout petit au musée ou assez riches pour vous payer des séjours linguistiques, vous vous retrouvez éliminé.”

De fait, le secteur public peut mieux faire. La preuve : depuis quelques mois, le gouvernement a demandé aux différents ministères de revoir leur processus de gestion des ressources humaines afin d'être en mesure de candidater au label Diversité d'ici à la fin de l'année 2016.

5. Démarrer sa carrière à l'international

“Je pense que j'aurais eu plus de facilité à m'intégrer dans le monde du travail anglo-saxon”, confie Gamra Al Habbo. La jeune femme a goûté à la variété au travail lors d'un stage effectué à Montréal, dans un laboratoire de recherche. “La diversité y était nettement plus visible. En France, beaucoup d'ingénieurs sont des hommes blancs issus des mêmes écoles, voire de la même promotion.” Mais Gamra Al Habbo estime que son métier et son domaine d'activité sont tellement porteurs que son insertion professionnelle en France ne lui a pas posé de gros problèmes. “Ingénieur en développement informatique est une compétence très recherchée. Les employeurs se montrent alors moins regardants sur l'origine sociale ou la couleur de la peau. Ils cherchent avant tout des candidats compétents et capables d'innover.” La jeune femme confie néanmoins que son recrutement a été perçu comme moins légitime par certains collaborateurs...

6. Créer sa start-up

“Depuis le BEP (brevet d'études professionnelles), je rêve d'être entrepreneur. Aujourd'hui, je le suis, tout en terminant mon master 2 dans une grande école de commerce. C'est un aboutissement pour moi”, se réjouit Vanelson Valerus, 24 ans. Cet étudiant entrepreneur à Montpellier Busines School a lancé une start-up, Stud'Rent, qui propose des packs de location d'électroménager aux étudiants. La création d'entreprise peut représenter une alternative au salariat, un ascenseur social. L'avantage d'être son propre boss ? “Je n'ai pas à me plier aux codes culturels existants de l'entreprise”, explique Vanelson. L'entrepreneur crée lui-même la culture de son entreprise.

7. Défendre ses droits

Beaucoup de victimes de discrimination à l'embauche hésitent à poursuivre leur employeur. Or, cela constitue un délit pénal puni de 3 ans d'emprisonnement et de 45.000 € d'amende (articles 225-1 et 225-2 du Code pénal).

Que faire si vous êtes victime de l'un des 20 motifs prohibés de discrimination ?

- Connaître vos droits et vous faire accompagner. Vous pouvez vous tourner vers stop-discrimination.fr, un site du gouvernement, pour trouver le bureau d'aide aux victimes du tribunal de grande instance près de chez vous, une maison du droit et de la justice en zone urbaine sensible ou zone reculée ou le réseau d'associations d'aide aux victimes.

- Conctacter l'inspecteur du travail, les organisations syndicales et les associations de lutte contre les discriminations. Ils vous informeront de vos droits et recours et pourront appuyer vos démarches.

- Saisir le défenseur des droits qui a des délégués en région.

- Porter plainte auprès des services de gendarmerie ou de police.

- Adresser un courrier au procureur de la République.