DOSSIER : LA GUERRE DES EMBAUCHES AURA BIEN LIEU

Pour une partie des jeunes diplômés, la conjoncture est au beau fixe. Résultat : les entreprises redoublent d’énergie pour attirer et fidéliser cette nouvelle génération, pleine d’envies et… d’exigences. Que veut-elle ? Comment répond-on à ses attentes ? Réponses dans notre dossier.

Les entreprises déroulent le tapis rouge pour les jeunes diplômés

Séduire, conclure et fidéliser. Le mieux et le plus rapidement possible. Une mission délicate pour les entreprises. Aujourd’hui, avec la pénurie de main d’œuvre (lire l'article : "Jeunes diplômés en force"), plus question de poster une petite annonce sur Internet et d’attendre passivement les retours. Les employeurs doivent aller chercher à la source les jeunes diplômés (c’est-à-dire à l’école) et déployer beaucoup d’énergie pour les garder. Car recruter coûte cher en temps, en accompagnement, en argent…
De manière assez classique, les entreprises misent sur la proximité en organisant des manifestations (forums, salons, conférences…) au sein même des écoles ou des universités. "Pour notre part, nous avons noué des partenariats avec une cinquantaine d’établissements. Nous assurons certains cours, nous programmons des interventions sur certains thèmes (comme le développement durable), nous organisons des journées portes ouvertes dans nos locaux et des visites pour les professeurs", détaille Claire de Franclieu, directrice du développement et de l’animation des ressources humaines du groupe Vinci énergies. Et c’est comme cela que l’on "ferre" des stagiaires… A l’ENSTA (École nationale supérieure de techniques avancées), les étudiants sont ainsi hyper sollicités. "Depuis un ou deux ans, les groupes se pressent pour proposer des événements aux élèves… Mais pour les attirer, il vaut mieux organiser des conférences sur des sujets grand public qui titillent leur curiosité (comme l’Airbus A380 ou le viaduc de Millau) que des présentations d’entreprises...", témoigne Jean-Baptiste Hoffmann, chargé des relations extérieures de l’école.

Des appâts classiques…

Au-delà des stages, les employeurs misent beaucoup sur l’alternance. Ce qui n’était pas forcément le cas il y a encore cinq ans… "A la BRED, nous accompagnons les jeunes alternants pour les garder ensuite en CDI et nous leur offrons un niveau de rémunération supplémentaire car ils ont déjà une expérience professionnelle", témoigne ainsi Elisabeth Conte, directrice du développement des ressources humaines de la BRED Banque Populaire..
Une fois harponnés, les employeurs déplient le tapis rouge aux jeunes embauchés : formations, tutorat, contrats d’intéressement, primes de cooptation (ou parrainage), possibilité de faire du télé-travail un jour par semaine… tous les moyens sont bons pour impliquer les salariés, leur offrir une certaine reconnaissance et les moyens d’évoluer. "Les jeunes font partie de la communauté. Ils connaissent le projet de l’entreprise, ses difficultés, ses clients, ses enjeux", assure Claire de Franclieu. Et les salaires ? Ils évoluent (très) doucement à la hausse.

…ou plus originaux

Pour toucher les jeunes, les entreprises recourent également à des procédés plus originaux. Certaines sponsorisent des associations d’étudiants ou des campagnes BDE (bureau des élèves). D’autres organisent des jobs dating (ce qui revient à des speed dating mais version recrutement). Des multinationales proposent même des week-ends (à Courchevel ou autres destinations trendy) pour observer des candidats potentiels dans une ambiance moins convenue. Dans le même état d’esprit, de plus en plus de business games sont créés, à l’instar des jeux d’entreprise internationaux organisés par L’Oréal (lire l'article : "Les étudiants américains, champions du marketing"). Ludiques et concrets. Et pour surfer encore plus sur la vague, les grands groupes investissent le Web 2.0. Ils ouvrent des chats emplois sur des sites spécialisés pour communiquer sur leurs métiers. Ils lancent des blogs pour garder le contact ("Trust Circle" par Danone). Ils créent des groupes sur Facebook ("Work with me" de L’Oréal). Ils chassent des profils sur les réseaux sociaux professionnels Viadéo et LinkedIn. Et désormais, ils recrutent même virtuellement sur Second Life (L’Oréal, Caisse d’Epargne, Axa, Air France…). "Ces campagnes de séduction, ce sont surtout des effets de mode. Les jeunes ne mélangent pas les genres…", affirme, sceptique, Rose-Marie Ponsot, directrice générale chez le cabinet Mercuri-Urval. Pour preuve, selon l’étude Quatre Vents sur les attentes des jeunes vis-à-vis de leurs futurs employeurs (1), 60 % des sondés utilisent les sites Internet des entreprises lors de leur recherche d’emploi... contre 1 % pour les réseaux virtuels. Mais la pub est faite… et, mine de rien, les groupes présents – comme… L’Oréal – se hissent en haut du classement Universum (2) des entreprises rêvées des jeunes diplômés.

Juste du marketing ?

Une fois intégrées, les recrues sont chouchoutées et bien occupées. Pour les garder, certains employeurs leur proposent de participer à des projets, comme donner des cours d’alphabétisation à des enfants ou construire un village d’éco-tourisme. Elles organisent des manifestations extra-professionnelles inter-salariés (un tournoi de foot, de bowling, de pétanque ?). Encore plus fort : elles offrent des voyages à ceux qui réussissent à faire embaucher un certain quota de copains de promo. Enfin, elles mettent en place des services (crèche, pressing, salle de sport…) pour faciliter la vie quotidienne. "On a du mal à mesurer si cela compte beaucoup et si les entreprises proposent vraiment ce genre de choses. Mais quand on entend que cela se passe quelque part, on est attiré", Maurice Thévenet, professeur de management à l’ESSEC (École supérieure des sciences économiques et commerciales) et au CNAM (Centre national des arts et métiers). Là encore, tout est une question de marketing…


1) Enquête Quatre Vents (cabinet de conseil en marketing et communication ) "Recrutement 2008" sur les attentes des jeunes menée auprès de 20.000 étudiants et jeunes diplômés issus des 120 "meilleures écoles de commerce et d’ingénieurs françaises".
(2) Enquête Universum 2008 sur les employeurs les plébiscités par les étudiants français (14.000 interrogés).


Virginie Bertereau

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