Quel avenir pour les métiers de l'immobilier ?

Dorian Kelberg, délégué général de la FSIF (Fédération des sociétés immobilières et foncières) et président du COPI (Comité des organisations patronales pour l’emploi et la formation professionnelle de l’immobilier).
Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à 5 ans ?
"En phase de croissance, les métiers les plus porteurs sont ceux liés à la transaction et à l’investissement, alors qu’en période de récession, ce sont plutôt ceux concernant la gestion de biens. À côté de cela, de nouvelles exigences font apparaître de nouvelles professions. Nous rechercherons ainsi des spécialistes du développement durable, mais également des experts. Ce, pour répondre à une demande croissante de transparence de la part des différents acteurs et à leur besoin permanent de se rassurer sur la valeur de leur investissement. C’est une petite révolution, car l’immobilier, ­longtemps perçu comme un placement à long terme, évolue aujourd’hui vers une approche à moyen terme."

Quel choix d’études aujourd’hui ?
"Aujourd’hui, le meilleur potentiel de développement se trouve au niveau master. Lors de sa création, le BTS (brevet de technicien supérieur) PI (professions immobilières) se voulait une formation de cadres débutants. Il est désormais trop limité et nous avons développé des années post-BTS sous forme de CQP [certificats de ­qualification professionnelle], des formations qualifiantes mais non diplômantes. Enfin, à diplôme égal, ce qui fait la ­différence, c’est la personnalité. Nous recherchons avant tout des jeunes qui ont une formation leur assurant une certaine technique, mais aussi de la personnalité pour bien l’utiliser."


Françoise Faligan, dirigeante d’Aures Conseil, cabinet conseil spécialisé dans le secteur immobilier.
Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à 5 ans ?
"Notre cabinet recrute des profils cadres et cadres dirigeants, avec au minimum 5 ans d’expérience. La tendance est à la fois à la continuation de la financiarisation de l’immobilier et à l’européanisation des fonctions. Nos clients peuvent aujourd’hui être des fonds d’investissements anglo-saxons, néerlandais, allemands… Ce qui implique la création de directions immobilières européennes situées en France ou ­ailleurs en Europe, et, en termes de gestion de carrière, des possibilités de mobilités européennes intéressantes."

Quel choix d’études aujourd’hui ?
"Il y a encore 10 ans, lorsqu’on parlait d’immobilier, on avait en tête les métiers d’agent et de promoteur. Aujourd’hui, il s’agit aussi de gérer des actifs financiers. Cette financiarisation change l’image des métiers. Les diplômés des grandes écoles ne jugeaient pas le secteur aussi porteur que la banque et la finance ; désormais, il les intéresse. Ces changements impliquent, outre la maîtrise de l’anglais, des formations qui combinent immobilier et finance, comme les masters en ingénierie immobilière de l’université de Paris-Nanterre, de Paris-­Sorbonne ou de Paris-Dauphine, par exemple, ou bien des masters en droit de l’immobilier ou en ingénierie financière."


Pascal Tardivel, responsable du pôle immobilier à l’ISTER (organisme d’enseignement privé à Rennes) et consultant spécialisé dans l’immobilier.
Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à 5 ans ?
"Notre métier phare est celui du négociateur immobilier, qui doit être un bon technico-commercial, non seulement formé à la vente mais ayant aussi un bon bagage juridique, financier, fiscal, et connaissant les techniques immobilières et du bâtiment. Il faut savoir que l’agent immobilier n’est pas un simple commerçant mais est assimilé aux professions juridiques. Les structures sont souvent très petites, le négociateur a donc vocation à devenir chef d’entreprise s’il souhaite rester dans l’univers de la transaction, notamment en relation avec les particuliers. Actuellement, 42% des ventes sont réalisées par des professionnels de l’immobilier et 10% par les notaires, les autres ont lieu entre particuliers. Il y a donc des parts de marché à gagner pour des personnes sérieuses et formées."

Quel choix d’études aujourd’hui ?
"Actuellement, nous poussons nos étudiants de BTS PI à continuer leurs études, au moins pour une 3ème année. Les cursus master conduisent à un niveau bac+5 et permettent d’intégrer des entreprises plus importantes, dans les secteurs bancaires, des assurances ou les quelques très gros acteurs de l’immobilier, notamment de l’immobilier d’entreprise, avec des opportunités de carrière en interne."


René Pallincourt, président de la FNAIM (Fédération nationale de l’immobilier).
Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à 5 ans ?
"Nous continuons et continuerons à embaucher sur les métiers de la gestion de biens et de la gérance locative. Il faut cependant savoir que ce sont des professions contraignantes, avec des assemblées générales le soir, par exemple, mais où l’on peut obtenir de très bons salaires et mener de belles carrières. Du côté des fonctions commerciales, il faut penser en termes de formation tout au long de sa vie, si l’on souhaite y faire carrière et bien y réussir."

Quel choix d’études aujourd’hui ?
"Nous avons développé des formations spécifiques à travers l’ESI (école supérieure de l'immobilier), et la plupart des jeunes qui se ­forment chez nous le font en alternance. En moyenne, ils trouvent du travail en moins de 80 jours. L’alternance est un excellent passeport pour l’emploi dans nos professions, et ce du BTS au master."


Michel Decobecq, responsable pédagogique des licences à l’ESPI (École supérieure des professions immobilières, à Paris et Nantes) et professeur de fiscalité.
Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à 5 ans ?
"Selon qu’un étudiant sort de licence ou de master 2, les métiers ne sont pas les mêmes. Au sortir de la licence, ce sont les secteurs de la transaction et de la gestion qui embauchent le plus. Pour nos étudiants qui ont un M2, les métiers les plus porteurs sont ceux de la promotion immobilière. La finance immobilière recrute aussi beaucoup, de même que l’expertise immobilière et l’immobilier d’entreprise. Enfin, nous venons de créer un master 2 montage d’opérations en logement social, qui nous semble un domaine d’avenir."

Quel choix d’études aujourd’hui ?
"Actuellement, beaucoup d’étudiants viennent chez nous pour compléter leur BTS par une licence. Ce niveau de diplôme permet de viser des emplois plus qualifiés. Sur notre programme master, l’année de M1 est en alternance et le M2 est le moment de la spécialisation. Nous recherchons avant tout des étudiants capables d’embrasser un très large spectre de connaissances. Ils doivent être capables d’appréhender le droit sans devenir des juristes pour autant, d’appréhender la fiscalité sans être fiscalistes, de bien connaître l’architecture, l’ingénierie du bâtiment… tout en ayant de vraies qualités relationnelles."

En savoir plus sur l'immobilier :
Les métiers de l'immobilier
Le BTS professions immobilières

Propos recueillis par Gabrielle Blanchout-Busson

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