1. Spécial filles : vous avez les moyens de vous imposer en entreprise !
Interview

Spécial filles : vous avez les moyens de vous imposer en entreprise !

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"Les codes de l'entreprise restent pensés par les hommes pour les hommes" : partant de ce constat, Anne-Cécile Sarfati, rédactrice en chef adjointe au magazine Elle s'est entourée de coachs, psychologues et recruteurs pour prodiguer des conseils concrets dans son ouvrage " Etre femme au travail : ce qu’il faut savoir pour réussir mais qu’on ne vous dit pas". Interview et extraits.

L’entreprise ne serait-elle pas faite pour les femmes au point qu’elles aient besoin d’un mode d’emploi spécial ?


Oui. Alors que les étudiantes réussissent mieux leurs études que leurs camarades masculins, elles n’accèdent pas, encore aujourd’hui, au même niveau de salaire et de responsabilité. Ce n’est pas le résultat d’un grand complot des hommes contre la gente féminine, mais du fait que l’entreprise n’est toujours pas adaptée à la montée en puissance des femmes sur le marché du travail survenue voilà une bonne trentaine d’années. Elle reste régie par des codes définis par les hommes pour les hommes.

Quels sont les principaux obstacles à la progression des femmes dans l’entreprise ?


La première difficulté est le "présentéisme". Pour être bien vu au boulot, il faut être vissé à son bureau du matin au soir. Un comportement qui n’est pas forcément gage d’efficacité, mais qui laisse du temps pour faire son "marketing personnel" et tisser un réseau…

Mais, les femmes qui condensent leurs journées pour partir plus tôt chercher leurs enfants à l’école ne peuvent guère se le permettre…Viennent s’ajouter à ces comportements le manque de modes de garde et le fait que les hommes, malgré de réels progrès, sont encore loin d’assumer 50 % des tâches ménagères ! A la tête d’une véritable "PME" familiale, les femmes ont moins de temps pour gérer leur carrière.

Alors la situation est désespérée…


Non, car dans ce contexte difficile, les femmes disposent d’une petite marge de manœuvre individuelle : elles doivent apprendre à lutter contre leur tendance naturelle à faire profil bas et à se laisser distancer.

Dès l’enfance, à la maison comme à l’école, on s’adresse différemment aux garçons et aux filles. On apprend aux garçons l’esprit de compétition et aux filles à rester à leur place. Résultat, elles ont tendance à s’autocensurer, comme par exemple en se détournant des filières scientifiques où elles anticipent d’avance les difficultés auxquelles elles vont être confrontées.

Comment faire pour dépasser ces blocages ?


Elles devraient se débarrasser de ce côté "bonne élève" qui les handicape. Je m’explique : lorsqu’elles décrochent leur diplôme, les filles qui ont souvent été des étudiantes sérieuses, reconnues par leurs professeurs, pensent que cela va être pareil dans l’entreprise. Qu’il suffira de faire un bon travail pour être promue et être augmentée…

Or, c’est faux : sauf exception, ça ne se passe jamais comme ça dans l’entreprise ! Au travail on n’est vraiment pas chez les "Bisounours", surtout en temps de crise ! C’est un univers compétitif où la progression passe non seulement par le savoir-faire, mais aussi par le faire-savoir. En résumé : bien faire son travail, ne suffit pas. Il faut que cela se sache !

Quels conseils donner à une étudiante ou une jeune diplômée pour déjouer ce piège ?


Primo, se débarrasser le plus tôt possible de sa naïveté et connaître les règles du jeu.

Secundo, apprendre à s’affirmer. Cela passe dans son rapport à soi-même, par un effort de valorisation : en se fixant des objectifs raisonnables, en se satisfaisant de petites réussites, en prenant le risque de se tromper, etc.

Dans son rapport aux autres, il s’agit d’apprendre à faire des compliments ou à remercier, mais aussi à demander quelque chose, à dire "non" ou à répondre aux critiques de manière calme sans se laisser démonter… Dans mon livre, les meilleurs experts de l’affirmation de soi donnent une méthode très facile pour y parvenir.

Tertio, ne pas être trop perfectionniste et garder un peu de temps pour faire son "marketing personnel"  (en anglais, le "personal branding"). En gros : savoir mettre en avant de manière subtile votre travail auprès de vos responsables afin de leur montrer à quel point vous êtes professionnelle.

Mon livre est truffé de conseils dispensés par des coachs et autres spécialistes de la carrière pour mieux se "marketer", comme se porter volontaire, en séminaire ou en réunion, soigner son image, préparer soigneusement ses entretiens avec ses boss, etc.

Quarto : développer son réseau. Dès le début de votre carrière, il est essentiel de nouer des contacts à l’intérieur et à l’extérieur de votre entreprise. Prenez le temps d’aller boire des cafés ou de déjeuner avec les "bonnes personnes". C’est aussi un moyen d’avoir accès à des informations dont vous ne disposerez pas si vous mangez en tête à tête tous les jours avec la même collègue !

Enfin, apprendre à demander, y compris en matière d’argent ! Souvenez-vous qu’il ne suffira pas de bien travailler pour être "récompensée" !

Justement, comment s’y prendre ? Vous expliquez bien la réticence des femmes à parler d’argent…


Pour une augmentation, choisissez le bon moment pour vous adresser à votre N+1 et argumentez en vous appuyant sur vos réussites concrètes. Attention à trouver le ton juste !

Une demande de promotion requiert un peu plus de subtilité… Le tout est de réussir à signaler à son patron qu’on est intéressée par un poste sans donner l’impression de vouloir piquer la place de celui qui l’occupe… Pas facile mais primordial.

Vous insistez également sur l’importance de demander conseils à des aînés…


Oui, je pense qu’il est important, dès le début de se choisir des "mentors". Des personnes plus âgées qu’on admire un peu, susceptibles de nous faire profiter de leur expérience. Personnellement, j’ai beaucoup pratiqué cette méthode… Vous n’êtes pas obligée de choisir quelqu’un de votre entreprise. Vous pouvez opter pour une personne de votre entourage personnel, le tout étant de vous sentir à l’aise.

Vous pouvez aussi adhérer à l’un des nombreux réseaux professionnels de femmes qui ont vu le jour ces dernières années. C’est un moyen de prendre un peu de recul par rapport à son travail, de partager des expériences et d’élargir son réseau. Il est important de le faire dès le début, quand on n’a pas encore d’enfant et davantage de temps libre : en tant que jeune, vous risquez de vous faire rapidement repérer parmi ces groupes constitués essentiellement de quadra et de quinqua !

Quels conseils donner plus spécialement à une jeune ambitieuse ?


Pour commencer, être chef le plus jeune possible ! C’est certes plus de responsabilités, mais aussi davantage de souplesse dans la gestion de son emploi du temps et un salaire plus confortable. Deux paramètres qui peuvent paraître sans importance à 25 ans mais qui sont très appréciables lorsque plus tard on souhaite fonder une famille.

Par ailleurs, lorsqu’on encadre une équipe, il faut être capable de s’adapter à la diversité des personnalités, y compris les plus difficiles. Mon livre est aussi un outil.

Mais finalement, avec ce livre, ne donnez-vous pas ses conseils aux femmes pour rentrer dans le moule ? Ne vaudrait-il mieux pas les inciter à militer ?


Ce sont deux démarches différentes qui ne s’excluent pas. Les femmes n’ont pas toutes le temps ni l’envie de militer. Mais en livrant des clefs aux femmes pour accéder à la hiérarchie, je leur donne l’occasion de changer les choses. Plus il y aura de femmes dans le monde du travail et plus il évoluera. Rien n’est perdu ! D’ailleurs, certaines grandes entreprises, qui ont compris qu’elles ne pouvaient pas se passer des talents féminins, mettent en place des programmes pour les attirer et les aider à s’épanouir au travail.
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Marketing de soi : 9 conseils pour être plus visible en entreprise ?