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Enquête

Jeunes diplômés recherchent convention de stage

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C’est un serpent qui se mord la queue. Pour de nombreux jeunes diplômés, le seul moyen d’accéder à un emploi, c’est de commencer… par un stage. Et ce, même s’ils en ont déjà plusieurs à leur actif. Mais pour trouver un stage, il leur faut une convention, désormais réservée aux étudiants… qu’ils ne sont plus !

"J'essaie désespérément de trouver un moyen de faire un stage", écrit un jeune diplômé sur un forum intitulé "Obtenir un stage sans être étudiant (convention)" (!). Et il est loin d’être le seul. "Je suis vraiment dans la m... : pas de revenus, pas de travail, en revanche j’ai trouvé un stage rémunéré", raconte un autre.

Le stage, faute d’emploi, quitte à payer pour une convention…


Une autre internaute : "Je suis jeune diplômée (bac+5) en recherche active d'emploi. Malheureusement, je ne trouve rien en CDD [contrat à durée déterminée] ni de CDI [contrat à durée indéterminée]. En revanche, je tombe sur plein d'offres de stages très intéressantes. Si quelqu'un a une solution pour obtenir une vraie convention (6 mois) sans payer, je prends !"

"Sans payer" : c’est que certains organismes privés délivreraient des conventions de stage aux élèves inscrits à leurs formations payantes, bien que ces jeunes ne suivent aucun cours. Et les jeunes diplômés, en détresse sur un marché de l’emploi saturé dans certains secteurs, n’hésitent pas. Comme Jean, 27 ans, à la recherche d’un emploi stable depuis bientôt trois ans, malgré un bac+4 en communication et 10 ans d’expérience en milieu associatif. "Je suis prêt à payer 400 € pour pouvoir faire un stage de 6 mois si je trouve l’organisme qui accepte de signer ma convention, explique le jeune homme. Cela me permettra de trouver un vrai boulot ensuite. C’est bien pour mon CV et c’est la seule façon de sortir de cette situation pourrie. Alors c’est peut-être illégal, mais ça ne me dérange vraiment pas, surtout si c’est pour bosser."

… voire à être déclassé, provisoirement


Et ce, même si cela signifie être mal payé ou déclassé par rapport à son niveau de diplôme et même si "psychologiquement, il n’est pas facile de reprendre un statut d’étudiant " comme l’avoue Jean, qui occupe un job provisoire de surveillant dans une école.

Au départ, il n’était pas prêt à faire cette concession. "Avec des amis dans la même situation, nous nous refusions à répondre aux offres de stages. Nous trouvions cela humiliant. Mais après un certain temps, on revient sur sa position", explique Jean, qui ne passe pas 2 jours sans aller sur un site de petites annonces et envoyer au minimum une candidature par semaine.

Tout vaut mieux que le chômage. "Je n’aime pas ce mot, raconte Marine, diplômée d’un BTS communication il y a 3 ans et qui depuis enchaîne stage sur stage, via des inscriptions bidon à la faculté. Je préfère travailler plutôt que de ne rien faire chez moi. Même si ce n’est qu’un stage." Une conviction également partagée par les employeurs, qui préfèrent le stage à un blanc sur le CV.

Une stratégie pas forcément payante


Le collectif Génération précaire déplore cette situation, même s'il prend la mesure du désarroi des jeunes. "Je comprends ces jeunes diplômés qui sanglotent ; j’ai été dans la même situation, explique Ophélie, 27 ans, porte-parole. On me proposait des stages géniaux et aucun boulot. Mais je ne pouvais pas me permettre, financièrement, de rester étudiante à l’université. C’est totalement injuste : seuls les jeunes qui ont les moyens, notamment de vivre encore chez leurs parents, peuvent continuer à faire des stages. Et les entreprises en profitent pour ne plus proposer d’offres d’emploi junior. Les stages des jeunes diplômés aboutissent à détruire l’emploi des jeunes."

Reculer, mais pas (toujours) pour mieux sauter. Après presque 4 ans d’expérience professionnelle, Ophélie, diplômée de Sciences po Paris et titulaire de deux masters 2 (management et droit), se voit encore proposer des stages, tandis qu’elle termine son CDD. « Désormais, c’est 30 ans la moyenne d’âge pour trouver un emploi fixe !, s’insurge-t-elle. Un système d’autant plus dangereux que la stratégie d’enchaîner les stages n’est pas payante. Les jeunes qui cherchent du travail doivent accepter des emplois parfois moins qualifiés plutôt que faire 4 ans de stages. Car quand ils arrêteront les stages, ils devront de la même manière accepter un job déclassé."

12 % des jeunes diplômés trouvent leur premier emploi à la suite d’un stage

 
Comment les jeunes diplômés trouvent-ils leur premier emploi ? Plus de la moitié d’entre eux grâce à une approche directe (candidature spontanée) ou une offre d’emploi, 20 % via leurs réseaux, et tout de même 12 % à la suite d’un stage. À noter : la situation se dégrade en 2010. Il est de plus en plus difficile de trouver un emploi, surtout le premier. Ainsi, 30 % des jeunes diplômés de la promotion 2009 déclarent, 8 mois après la fin de leurs études, être encore à la recherche du premier emploi, contre 25 % en 2009 (promo 2008) et 18 % en 2008 (promo 2007).
Source : Enquête APEC (Association pour l'emploi des cadres, "Jeunes diplômés de 2009 : situation professionnelle en 2010", enquête menée auprès de 4.000 sortants de l’enseignement supérieur).

Retrouvez les drôles de dessins de Yatuu


C'est sous ce pseudo qu'une jeune fille, qui enchaîne depuis bientôt trois ans des stages dans des agences de publicité, raconte son quotidien de stagiaire, sous forme de petites bandes dessinées. Drôle et fin, à ne rater sous aucun prétexte ! [voir illustration de l'article ci-dessus].
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Obtenir une convention de stage via une inscription bidon à la fac : c’est toujours possible