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Robots recruteurs : comment ils vous chassent

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Les RH ont ouvert la porte aux robots de recrutement. // © plainpicture/Millennium/David Rehor
Les RH ont ouvert la porte aux robots de recrutement. // © plainpicture/Millennium/David Rehor

De plus en plus d'entreprises recourent à des algorithmes pour choisir le candidat idéal à l'emploi. Comment faire en sorte que ces robots recruteurs vous repèrent ? Conseils et mises en garde.

Serez-vous embauché demain par des robots ? Si ce scénario n'est encore qu'une vue de l'esprit, l'usage d'algorithmes de recrutement se répand dans le monde des RH (ressources humaines). Plus fiables que l'intuition, ces outils élimineraient les éléments parasites et prendraient en charge les tâches chronophages des recruteurs. Nommés "logiciels de gestion des candidatures", ils interviennent donc de plus en plus dans certaines phases du recrutement, en particulier celle de pré-sélection, dite de "sourcing" : c'est-à-dire l'identification des candidats qui vont intéresser un recruteur.

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Des robots chasseurs de têtes

Parmi ces systèmes de gestion des candidatures, une certaine catégorie de logiciels, les "Applicant Tracking System" (ATS), sont en première ligne. Le principe ? À la manière de filtres, ils retiennent certaines candidatures, en écartent d'autres. Leurs requêtes vont balayer des bases de données pétries de CV, mais aussi d'informations glanées sur Internet, pour en sortir une "short list" des profils jugés les plus aptes. 

C'est comme cela que fonctionne par exemple le moteur de recherche Yatedo. "Comme d'autres logiciels, nous envoyons des robots "crawlers" sur l'ensemble du Web pour identifier et indexer les profils correspondant à une offre d'emploi. Ils acquièrent une expertise profonde leur permettant de trouver les meilleurs candidats, non seulement pertinents par rapport à la recherche, mais qui pourraient être intéressés par le poste proposé", explique Saad Zniber, le cofondateur du site.

Ces logiciels vendus clé en main n'agissent pas qu'après la réception des CV. Ils peuvent également écumer Internet à la demande, lors d'une création de poste, pour rechercher la perle rare sans même qu'une offre d'emploi n'ait été émise. Le candidat est alors sollicité directement.

Insérez les mots-clés adéquats dans votre CV

Comment appâter ces robots qui rebattent les cartes du recrutement ? Aux yeux des spécialistes des RH, il existe une astuce : répandre les bons mots-clés dans votre CV. Les algorithmes y sont extrêmement sensibles. Il suffit d'utiliser les mêmes termes que ceux figurant dans l'offre d'emploi. Par exemple, si une entreprise recherche un "chef de projet numérique doté d'un bon relationnel", ces termes doivent apparaître dans le CV afin que le programme puisse les lire.

"Je conseille d'indiquer ses compétences précises dans le titre du CV, qui est la ligne la plus scannée par les logiciels de matching. Si vous êtes manager digital, précisez dans quel domaine : le big data, l'e-commerce, le business intelligence...", conseille Claire Romanet du cabinet de recrutement Elaee, dans le "Journal du net".

Des pratiques "limites" pour tromper le robot

D'autres ont des tactiques un peu plus retorses. Comme l'explique Thomas Vilcot dans l'ouvrage "Recrutement responsable" (éditions Afnor, 2013), certains candidats envoient un CV composé de deux pages. La première contient les mentions d'un CV classique. La seconde est vierge. Mais il y ont écrit en blanc, sur fond blanc, les mots-clés de l'offre d'emploi, pour tromper les programmes informatiques. Quelques candidats vont encore plus loin : ils mentionnent dans leur CV, toujours en blanc, des formations comparables à la leur qu'ils n'ont pas suivies mais qui sont requises dans l'annonce. Par exemple, diplômés en commerce, ils inscrivent HEC parce que le diplôme de l'école est demandé. Pour se démarquer ensuite à l'entretien.

Attention, le filon commence à être connu. "Contre la palanquée de mots-clés que mettent les candidats, on a trouvé une parade : des algorithmes qui identifient et minorent ce type de pratique et les renvoient en queue de peloton", assure François Greuze, du site e-RH.org.

Affiner sa présence en ligne

Les robots recruteurs ont une marotte : le Web. Étant leur terrain de chasse, les candidats qui veulent les séduire doivent impérativement y être présents, notamment via les réseaux sociaux. "Pour la plupart des postes, les robots recruteurs lancent des recherches sur les réseaux professionnels ou grands publics", indique Saad Zniber. Sur Twitter, LinkedIn, Viadeo, Facebook, le cofondateur de Yatedo recommande d'insérer des hashtags et mots-clés dans vos descriptions de profil. Et d'être actif. Alimentez les sujets de discussion sur Twitter ou "laissez transparaître vos passions, qui sont des signes de bonne santé mentale : le sport, la photo..." Quitte à mener une vie numérique entièrement orientée vers l'emploi ?

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Pour ces "algos", il est important d'avoir à disposition des CV en ligne étoffés. "Beaucoup de candidats ont la flemme de compléter leur CV numérique. C'est dommage. Il faut au moins indiquer les principales expériences professionnelles, dire si vous avez fait de la gestion de projet, travaillé sur telle ou telle technologie... Cela permet aux algorithmes d'avoir plus d'informations sur l'évolution de vos carrières", estime Saad Zniber. De son côté, François Geuze recommande de privilégier les "CV augmentés", dans lesquels on glisse des liens hypertextes.

Toujours une main humaine

Malgré tout, quelle que soit l'ingérence des algorithmes, au bout la de chaîne de recrutement, il y a des hommes. "Les recrutements sont loin d'être dépersonnalisés. J'avoue qu'en tant que recruteur, j'apprécie de recevoir un mail de candidats qui me remercient et réaffirment leur intérêt pour le poste", souligne François Greuze. Choyez sans complexes.