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Témoignage

Volontariat international en entreprise : ils ont décroché leur premier job grâce à leur VIE

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En VIE, Viken gagnait environ 2.500 € nets par mois. Les indemnités allouées aux volontaires sont fixées par un barème composé d’une indemnité fixe et d’une indemnité géographique. Depuis octobre 2016, elles s’étalent de 1.500 € à 4.800 €. // © Photo fournie par le témoin
En VIE, Viken gagnait environ 2.500 € nets par mois. Les indemnités allouées aux volontaires sont fixées par un barème composé d’une indemnité fixe et d’une indemnité géographique. Depuis octobre 2016, elles s’étalent de 1.500 € à 4.800 €. // © Photo fournie par le témoin

Marie-Charlotte et Yoann venaient de finir leurs études quand ils ont décidé de partir à l'étranger dans le cadre d'un VIE (volontariat international en entreprise). Viken a démissionné de son poste "pour voir d’autres horizons". Grâce à l’expérience acquise, tous trois sont aujourd’hui de retour en France, et en CDI.

"Après neuf mois de VIE [volontariat international en entreprise], on m'a parlé d'embauche", se rappelle Marie-Charlotte. À 28 ans, la jeune femme est spécialiste produits chez Amundi, acteur mondial de la gestion d'actifs. Depuis novembre 2015, son bureau se situe à Paris. Mais avant de fréquenter le boulevard Pasteur, c'est au 21e étage d'un gratte-ciel japonais qu'elle se rendait chaque jour, dans le quartier de Shimbashi, à Tokyo. "J'ai effectué ma deuxième année de master finance - contrôle des risques bancaires, sécurité financière et conformité en alternance à la Sorbonne et à la Société générale, à Paris. J'ai refusé une proposition d'embauche au Luxembourg, pour un poste de gestion de portefeuilles à Tokyo, en VIE".

De 6 à 24 mois à l'étranger

Sous cet acronyme se cache un contrat de travail passé entre Business France, l'organisme étatique qui gère le dispositif, et le jeune volontaire pour le compte d'une entreprise française implantée à l'étranger. Créé par la loi du 14 mars 2000, le volontariat international en entreprise permet ainsi "aux entreprises françaises de confier des missions professionnelles (commerciales, techniques, marketing, finance, etc.) à l'étranger pour une durée de 6 à 24 mois à des jeunes âgés de 18 à 28 ans", indique Business France. Depuis sa création, 62.000 Français ont réalisé une mission de VIE dans l'une des 7.600 entreprises agréées à travers le monde. En septembre 2016, l'agence recensait 9.200 jeunes en poste.

Civiweb, un "Pôle Emploi international"

Comme Marie-Charlotte, Yoann a commencé ses démarches sur Civiweb, une plateforme de mise en relation entreprises-candidats. Une sorte de Pôle Emploi international. "Je me disais qu'un volontariat en entreprise devait être vraiment dur à décrocher", se rappelle Yoann. Diplômé du CESEM de Reims et de l'EM Lyon, ce jeune analyste marketing n'a pourtant pas eu longtemps à chercher pour trouver un contrat. Après deux candidatures en Amérique du Sud restées vaines, c'est chez Safran Helicopter Engines Germany, à Hambourg, qu'il a été embauché. "Je connaissais bien l'Allemagne pour y avoir étudié deux ans, et déjà fait un stage." Alors, sur le terrain, Yoann est à l'aise. "Il m'a fallu deux heures pour m'adapter ! Administrativement, il y a une différence pour les ressources humaines, mais j'avais les mêmes missions et je partageais les mêmes bureaux qu'un employé "normal" !"

Au bout de 18 mois, il passe d'un poste de support à l'activité commerciale à celui de Fleet Data Manager, et d'un VIE à un contrat de travail allemand. "Le poste qu'on me proposait m'offrait des compétences techniques et me permettait d'évoluer dans le groupe. C'était une manière pour moi de sécuriser mon emploi", souligne Yoann, qui est revenu en France en novembre 2016, après une mobilité interne.

Un peu de Tokyo à Paris

De son côté, Marie-Charlotte a profité d'un programme de recrutement, baptisé Odyssée, pour rejoindre officiellement le groupe Amundi. Après une série de tests (sensiblement les mêmes que ceux qu'elle avait dû passer pour décrocher son VIE), elle est retournée sur le terrain japonais, "avec plus de contact clientèle", avant de rentrer à Paris. "Nous souhaitons permettre à nos jeunes recrutés une gestion dynamique de leur début de carrière, intervient Isabelle Coquelle-Ricq, responsable RSE chez Amundi. Un profil comme celui de Marie-Charlotte nous permet d'avoir une connaissance du terrain client. Lorsqu'on passe un coup de fil, Tokyo nous semble un peu moins loin !"

Expérience professionnelle express

Les recruteurs sont friands des profils internationaux. Depuis son VIE en Guinée, en tant que responsable déploiement chez Orange, Viken, 32 ans, a changé trois fois de postes... et d'entreprises. En faisant à chaque fois jouer son réseau et en ayant le luxe de pouvoir choisir. "Après mon volontariat, Orange m'a proposé un contrat local, en Guinée. En parallèle, j'avais été contacté par Camusat (un sous-traitant du groupe de télécommunications) pour une mission en Haïti. L'offre était plus intéressante, j'ai accepté", se rappelle ce diplômé de l'ESSEC. Six mois plus tard, le voilà de retour en Guinée, dans un contexte politique tendu, en tant que directeur opérationnel. "Je gérais de 150 à 200 personnes. En France, il faudrait 30 ans d'expérience avant d'accéder à ce type de poste !", plaisante Viken, revenu dans l'Hexagone depuis près d'un an.

Un constat partagé par Yoann et Marie-Charlotte. "Le volontariat international en entreprise est un vrai tremplin. Contrairement au stage, il légitime une expérience professionnelle", défend Yoann. Les entreprises saluent, elles, la complémentarité des profils sur leurs terrains internationaux. "On mêle un sourcing de stagiaires locaux avec des profils qui passent par Paris", précise Isabelle Coquelle-Ricq. Un point très formateur, selon Marie-Charlotte, qui s'amuse d'autres avantages. Par exemple : celui d'avoir été l'une des invités de l'ambassade lors de la venue du ministre des Finances français à Tokyo !

Le VIE, un tremplin vers l'emploi

La dernière étude sur l'employabilité des jeunes partis en VIE remonte à 2014. Il en ressortait alors que 97 % d'entre eux avaient occupé un emploi depuis la fin de leur mission, et que 92 % étaient toujours en poste un an après. Plus précis encore : six jeunes sur dix déclaraient avoir trouvé un emploi directement à l'issue de leur expérience et près de sept jeunes sur dix s'étaient vus proposés un poste par l'entreprise qui les avait recrutés. C'est près de 10 points de plus qu'en 2011.
Deux ans plus tard, la dynamique se poursuit. Et si le dispositif a longtemps été méconnu ou malconnu, il en est tout autrement aujourd'hui. "Il ne faut pas que les candidats s'autocensurent. Il faut arrêter de penser que le VIE est un dispositif élitiste. J'ai un ami garagiste qui est aujourd'hui en poste en Russie", témoigne Marie-Charlotte.