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Réalité virtuelle, sport, afterwork : pour vous recruter, les entreprises se prêtent au jeu

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Quand une course de bobsleigh virtuelle devient une session de recrutement... // © plainpicture/Tamboly
Quand une course de bobsleigh virtuelle devient une session de recrutement... // © plainpicture/Tamboly

L'entretien d'embauche, bientôt dépassé ? Pour toucher de nouveaux profils, notamment les plus jeunes, certaines entreprises n'hésitent pas à tester d'autres formes de recrutement, davantage centrées sur le savoir-être et censées être plus attractives. Trois exemples récents qui devraient vous aider à savoir à quoi vous attendre.

Si vous avez toujours trouvé qu'envoyer un CV par mail était impersonnel, ces initiatives devraient vous intéresser… Pour attirer de nouveaux profils ou recruter rapidement un grand nombre de collaborateurs, certaines entreprises testent des méthodes de recrutement plus ludiques et plus simples. En voici quelques-unes, pour vous donner un aperçu de ce qui peut vous attendre.

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La réalité virtuelle

"Le métier de consultant est mal connu. Nous souhaitons notamment attirer l'attention des ingénieurs ou des profils financiers", explique Isabelle Bastide, la présidente de PageGroup France, qui vient de tester un jeu en réalité virtuelle pour recruter sur un salon d'ingénieurs. Développé par une start-up au sein du "lab' RH" de l'entreprise, cet outil propose une course de bobsleigh virtuelle, en solo, qui dure environ cinq minutes.

S'il faut faire un bon chrono, l'objectif est, casque sur le nez et manettes en main, de récupérer des pièces qui apparaissent au fur et à mesure du parcours. "En fonction des pièces que vous attrapez, le jeu dévoile les valeurs de l'entreprise et du métier sous forme de mots-clés ou d'expressions comme 'never give up' ou 'be passionate'", explique Isabelle Bastide. À l'arrivée, pas de perdant : le joueur est assuré d'être sur le podium.

L'expérience permet surtout d'entamer ensuite la conversation avec les consultants présents sur le stand, en s'appuyant sur les impressions laissées par la partie. "À la fin, le candidat dépose son CV ou non, mais l'important est d'orienter la discussion sur les sujets qui sont les nôtres grâce au jeu et de faire parler de nous, notamment sur les réseaux. Nous voulons aller au-delà des jobboards et des forums d'écoles", indique la présidente.

En deux ans, PageGroup a recruté quelque 180 consultants et continue d'avoir des besoins importants. L'objectif pour l'entreprise est aussi de tester une solution qui pourra ensuite être proposée à ses clients. "Certains, comme Airbus, pourraient être intéressés par ce type d'innovation pour le recrutement", assure Isabelle Bastide.

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Des ateliers sportifs

"Viens en short pour une embauche !" C'est bien avec cet improbable slogan que Decathlon organise depuis une dizaine d'années des opérations de recrutement de vendeurs et de responsables de rayon à l'échelle locale, en magasin. Ici, le CV est laissé de côté, ou presque, puisque l'idée est de proposer aux candidats des ateliers sportifs, afin d'observer leurs qualités et de leur faire découvrir la "culture de l'entreprise".

Le 13 janvier 2018, l'enseigne spécialisée dans l'équipement sportif passera à la vitesse supérieure en organisant le même type d'opération, mais à plus grande échelle. Ce "Jobathlon" rassemblera environ 300 candidats au magasin de Mérignac (Gironde). "Nous avons entre 500 et 600 postes de responsable de rayon et de vendeur à pourvoir au niveau national, mais l'événement couvrira surtout les besoins des régions Poitou-Charentes-Vendée, Quercy-Limousin et Aquitaine", explique Vincent Laliche, manager en ressources humaines.

Pour les besoins de l'organisation, les participants seront présélectionnés par un cabinet de recrutement spécialisé. Mais ici, pas question d'insister sur le diplôme, c'est la passion du sport et la pratique sportive qui sont privilégiées. "C'est le cœur de notre métier et nous avons du mal à le faire savoir", souligne Vincent Laliche, qui précise que l'opération vise toutes les générations.

Concrètement, la journée aura lieu en trois phases : présentation de l'entreprise, ateliers sportifs, et sessions de "speed recrutement" sur la base du volontariat. Concernant la partie sportive, les candidats seront invités, par équipes de huit, à découvrir des disciplines ludiques comme le tchoukball, le soccer encordé ou le frisbee. Les responsables des ressources humaines et les directeurs de magasin présents observeront alors "leur capacité à s'intégrer dans un collectif" et "leur détermination à mettre en place une stratégie". Ceux qui auront enchaîné avec un entretien pourront avoir une proposition d'embauche à l'issue de la journée.

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Afterwork ou cocktail party

Casser les codes du forum de recrutement classique et améliorer l'efficacité des rencontres entre recruteurs et candidats : c'est l'ambition des "soirées de recrutement" proposées par Dogfinance, réseau social spécialisé dans le secteur de la finance. Organisés pour une seule entreprise ou pour une dizaine, ces événements ciblent des jeunes diplômés ou des jeunes professionnels, en fonction des demandes des recruteurs.

Ces soirées "cocktails et petits fours" accueillent quelque 300 candidats dans des lieux remarquables. "Pour notre prochaine édition, le 14 novembre, les jeunes diplômés seront exclusivement issus des 16 écoles de commerce et d'ingénieurs les plus prestigieuses", assure Héloïse de Touchet, chargée des relations presse chez Carrévolutis, la société propriétaire de Dogfinance. "Nos équipes de ressources humaines font, en plus, une présélection selon les CV."

Une réunion très "sélect", donc, censée permettre aux entreprises de recruter plus vite un plus grand nombre de collaborateurs. De fait, le dispositif comprend une appli qui permet aux candidats de s'inscrire et de se renseigner sur les entreprises présentes, et aux recruteurs d'avoir accès, une semaine avant l'événement, au CV des participants. Entre 18 h 30 et 21 h 30, recruteurs, opérationnels et candidats se rencontrent : "Il n'y a pas de stands, les recruteurs ont seulement un badge et, comme les CV sont en ligne, pas besoin de déposer sa candidature" de façon formelle, poursuit l'organisatrice.

Dans un état d'esprit moins sélectif, certaines entreprises proposent également des événements de ce type. Groupama a récemment organisé une série de rencontres entre candidats et recruteurs, baptisées "afterworks", qui se voulaient des occasions d'échanges informels pour découvrir les métiers de l'assurance et éventuellement postuler. Si vous vous sentez suffisamment à l'aise à l'oral et en société, à vous de vérifier sur le terrain si les échanges sont plus décontractés dans ces soirées que dans des entretiens "classiques" ! La tendance devrait quoi qu'il en soit s'installer durablement dans le paysage du recrutement.

Une appli pour faire des heures sup'
L'innovation ne concerne pas que le recrutement externe. En octobre 2017, le groupe Etam a lancé une appli pour smartphone à destination de ses hôtes et hôtesses de vente à temps partiel, dont les jeunes représentent une part importante. Objectif : proposer à ces salariés en CDI (contrat à durée indéterminée) d'augmenter leur temps de travail en fonction de leurs disponibilités. D'un côté, "60 % de nos vendeurs à temps partiel aimeraient travailler plus, de l'autre, nos magasins traversent souvent des périodes où ils ont besoin de renforts", explique Caroline Bour, chef de projet sur SquadShift, l'application en question. Grâce à un système croisant les plages horaires, les magasins et les disponibilités, l'application répond à ces besoins ponctuels par le recrutement interne, en misant sur la fidélisation des employés. Rémunéré en heures majorées (de 15 %), ce temps de travail supplémentaire permet aux salariés d'arrondir leurs fins de mois, mais aussi de découvrir d'autres magasins et d'autres enseignes du groupe. Face au succès rencontré par l'outil, l'entreprise planche sur son éventuelle ouverture aux anciens salariés (ayant déjà effectué des CDD dans le groupe).