1. Violence au lycée : le bilan

Violence au lycée : le bilan

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Janvier 2011 : un élève de 17 ans du lycée polyvalent Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) reçoit un coup de cutter à la joue à la sortie des cours. Quelques jours après, une bagarre éclate devant le lycée Louis-Armand de Yerres (Essonne). Plusieurs coups de feu sont tirés, un jeune est tabassé. Scènes de violence qui font toujours grand bruit dans les médias. Depuis une quinzaine d’années, les plans se succèdent pour enrayer la montée des actes violents en milieu scolaire. En moyenne, on en compte environ un par an.

La mort d’Hakim précipite l'organisation des états généraux

Les idées se multiplient notamment depuis 2006-2007. En général, de nouvelles mesures choc sont proposées après un nouveau fait divers marquant : portiques de sécurité à l'entrée du lycée, policiers intégrés à l’établissement, fouille des sacs, cagnotte pour élèves assidus... Ainsi, à la suite de la mort d’Hakim, 18 ans, poignardé au sein-même de son lycée par un autre élève il y a un an, et de deux autres agressions d'élèves en Seine-et-Marne, Luc Chatel, le ministre de l’Éducation nationale, organise "des états généraux de la sécurité à l’école". Pendant 2 jours, en avril 2010, des experts et des représentants de la communauté éducative débattent sur les mesures les plus appropriées… Tout en étant conscients qu’il n’existe pas de solutions à court terme. « Rien ne se fera en un jour », reconnaît Eric Debarbieux, président de l’Observatoire international de la violence à l’école et président du comité scientifique des états généraux. Et finalement les recettes miracles ne font pas effet ou sont vite abandonnées.

Des actes violents en hausse

D’après la dernière enquête SIVIS publiée par le ministère de l’Éducation nationale*, les violences scolaires dans le secondaire ont augmenté en 2009-2010. 11,2 incidents graves ont été recensés pour 1000 élèves contre 10,5 ‰ l’année précédente. 17,2 ‰ se sont déroulés dans les lycées professionnels (qui ne représentent pourtant que 9 % des élèves français). Soit une augmentation de 4,2 ‰ par rapport à 2008-2009. 4,3 ‰ des faits se sont passés dans les lycées généraux et technologiques (environ un tiers des élèves) et 12,2 ‰ dans les collèges (57 % des élèves), des chiffres stables. À noter : la part des actes de violence physique a bien diminué. Elle passe de 38,8 % en 2008-2009 à 30 % en 2009-2010. Les actes de violence verbale ont, eux, en revanche, augmenté de 2,6 % (37,9 % des actes de violences en 2009-2010).

Concentré de violence

Environ la moitié des incidents ont lieu dans 10 % des établissements. Un quart d’entre eux concentre près de 70 % des faits au cours d’un trimestre. Plus grave : 5 % des établissements concentrent une part variant de 25 à 31 % des incidents selon les périodes d’enquête. Mais ce recensement ne prend en compte que les faits « graves » (c’est-à-dire ayant une qualification pénale ou ayant occasionné des soins physiques ou psychologiques) en compte. « Au-delà des faits marquants, il existe une violence ordinaire », souligne Eric Debarbieux. Incivilités, insultes, menaces, insolences… tout cela n’est comptabilisé dans aucune étude.

*Note d’information 10.00 de novembre. Le SIVIS (système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire) a été lancé en 2007. Il permet de recueillir de façon anonyme des données sur la violence grave et le climat en milieu scolaire auprès d’un panel d’établissements représentatif. L’enquête SIVIS, départementalisée depuis la rentrée 2010, va devenir trimestrielle. Une enquête nationale de « victimation » (sur les victimes de violence), menée tous les deux ans, a également été lancée le 14 mars 2011, de même qu’une réflexion sur le harcèlement entre élèves.

 

De l’influence du critère géographique

« La violence scolaire date de longtemps, et elle a été présente toujours et partout (y compris dans les établissements les plus huppés), même si elle peut prendre des formes et des intensités quelque peu variables dans le temps et selon les secteurs scolaires », assure l’historien de l’éducation Claude Lelièvre dans son livre « Histoires vraies des violences à l’école ».
Selon l’enquête SIVIS 2009, parmi le décile des établissements les plus violents, environ 40 % relèvent de l’éducation prioritaire. Dans les lycées de centre-ville, notamment les lycées généraux et technologiques, la sécurité est un problème moins prégnant. « Nous venons de remplir le dossier « diagnostic de sécurité » qui permet de lister les points faibles dans les établissements [une idée de Nicolas Sarkozy de 2009, NDLR ]. Mais nous sommes dans un lycéen napoléonien, de centre-ville, donc ce n’est pas notre priorité, déclare Patrick Fournié, proviseur du lycée Henri-Poincaré à Nancy. Certaines zones géographiques bien précises (Ile-de-France, zones périurbaines des grandes agglomérations) sont davantage concernées, de même que les collèges et les lycées professionnels ». Même son de cloche au lycée Pasquet, à Arles : « Arles est une ville sereine, le lycée est situé en centre-ville. Il n’y a pas de souci majeur, pas d’intrusion, pas de trafic dans le lycée, un peu autour mais c’est facile à gérer vu la taille de la ville. Les forces de l’ordre sont disponibles. À Marseille, elles ne venaient jamais quand je les appelais ! », témoigne Christian Rousselot, le proviseur du lycée.

 

Virginie Bertereau
 

Violences scolaires : courez-vous des risques en allant au collège ou au lycée ?
* Violence au lycée : le bilan

* Violences : ce que vous risquez (statistiquement) au lycée
Les mesures proposées ou envisagées pour y remédier :
* Sécurité au lycée : la vidéosurveillance
* Les équipes mobiles de sécurité au lycée
* Sécurité au lycée : les policiers et gendarmes référents
* Violences au lycée : les portiques de sécurité et la fouille des sacs
* Sécurité à l'école : les proviseurs qui « font la grille »
* Violences au lycée : les médiateurs
* Lutter contre la violence scolaire : la pédagogie
* Sécurité à l'école : les dispositifs anti-absentéisme
* Lycée : les mesures contre le trafic de substances illicites
* Violences au lycée : les ERS (établissements de réinsertion scolaire)

 

Sommaire du dossier
Retour au dossier Violence au lycée : le bilan Violences : ce que vous risquez (statistiquement) au lycée Sécurité au lycée : la vidéosurveillance Les équipes mobiles de sécurité au lycée Sécurité au lycée : les policiers et gendarmes référents Violences au lycée : les portiques de sécurité et la fouille des sacs Sécurité à l'école : les proviseurs qui « font la grille » Violences au lycée : les médiateurs Lutter contre la violence scolaire : la pédagogie Sécurité à l'école : les dispositifs anti-absentéisme Lycée : les mesures contre le trafic de substances illicites Violences au lycée : les ERS (établissements de réinsertion scolaire)